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26 août 2017
par Christophe Jacquemin

Musique et IA : bientôt Fahrenheit 451 pour tous les musiciens ?

Vous connaissez sûrement tous le film Fahrenheit 451 de François Truffaut (sorti en 1966) basé sur le roman de science-fiction de Ray Bradbury, ce dernier ayant été publié en 1953 aux États-Unis. Le titre fait référence au point d'auto-inflammation, en degrés Fahrenheit, du papier soit 232,8° Celsius (mais en fait, il paraît que Ray Bradbury se soit trompé et que le point d'auto-inflammation serait plutôt de 480 degrés Fahrenheit).

L'histoire nous plonge dans une société future où la télévision est une «famille» et où la lecture est un acte interdit. Dans cette société un peu totalitaire, les pompiers ont pour mission de traquer les gens qui possèdent des livres, et de brûler tout ouvrage en leur possession. Réduire tout cela en cendres, faire de beaux bûchers en place publique.

Farheinheit 451


Mais il existe des résistants qui décident de partir loin de cet enfer : chacun mémorise par coeur un livre et en porte le nom. Cette communauté devient en quelque sorte la mémoire humaine d'une bibliothèque.... (enfin de ce qu'il en reste). Et faire alors perdurer cette mémoire, en récitant ensuite les livres aux enfants, afin qu'ils les apprennent et permettent la survivance dans le temps.
Farhenheit 451 pour tous les musiciens ?

Aujourd'hui, l'IA envahit la musique et cela n'est pas sans poser nombre de questions. Ne sommes-nous pas déjà à l'orée de voir bientôt les partitions des maîtres brûlées en place publique ? Pas par le feu, mais par le développement incroyable de certaines technologie, développement moins dicté par un désir de "progrès pour l'humanité" que par un intérêt mercantile dans un monde où la valeur boursière des GAFAM (Google, Apple, Facebook,Amazon et Microsoft) s'élève aujourd'hui à 140% du PIB de la France ; ces sociétés ne représentant d'ailleurs, en chiffres cumulés que près de 600.000 salariés.

Peut-être n'est-ce que conjectures, mais il n'est pas forcément idiot de déjà se les poser ces questions, bien en amont.
Les enfant joueront-ils par exemple encore du piano au siècle prochain ? D'ailleurs existera-t'il encore de véritables pianos (et pas seulement des numériques) en vente dans les magasins ? On pourra d'ailleurs se poser la question pour tout instrument... Les musiques de films, documentaires, publicités, jeu vidéos, etc. seront elle encore composées par des humains ? (et donc que vont devenir les compositeurs ?).

Mais plus profondément, que va devenir l'enseignement de la musique puisque maintenant, tout peut-être assisté par ordinateur... Quelle perception de la musique auront les enfants dans un siècle ? (même bien avant). Pour eux, est-ce que jouer ou composer sera intéressant ? Ou plutôt sera considéré comme du temps perdu, puisqu'un simple logiciel dans une machine le fera mieux qu'eux...

On peut toujours se rassurer en se disant que jamais une machine ne pourra atteindre le millième de milliardième de l'émotion que peut nous transmettre un interprète humain... Que le domaine de la création n'appartient d'ailleurs qu'à ce dernier... Mais à la vue de l'état de l'art, et fort de ce qu'on pouvait déjà dire dans d'autres domaines et dont on voit maintenant les résultats, on peut commencer à en douter.
Toutes ces innovations nous sont présentées comme quelque chose qui va décupler nos possibilités. Prenez une IA couplée au cerveau d'un compositeur (via un logiciel) et vous allez voir ce que vous allez voir !! Sauf que la question est alors : aura-t-on vraiment encore besoin du compositeur ? Les musiques que n'importe qui peut obtenir en maniant juste le logiciel (et donc sans vraiment de connaissances musicales) seront de plus en plus "valables" aux yeux des acteurs économiques.

Allons plus loin : est-on vraiment sûr qu'une machine, un système avec des doigts robotisés par exemple (mais on peut penser à bien d'autres choses), ne pourra pas jouer aussi bien que ne le ferait un maître ? Il me serait très long de développer ici, mais je suis sûr que ce sera vite le cas. Enfin, ce sera l'illusion du jeu d'un maître.Quand à savoir si on aura envie d'aller voir ce genre de spectacle, où c'est une simple machine qui "concertise"... là est aussi la question.

En espérant que ce ne sont que simples conjectures, que l'humain aura encore toute sa place artistique à jouer dans un tel monde, lisez ce qui suit...

Musique et vidéo créées par une IA
Regardez et écoutez bien cette vidéo, le clip visuel et la musique ont entièrement été produits par une IA. L’instrumentation a été réalisé par Amper, un ordinateur intelligent, qui a "cherché" et composé, utilisant ici un algorithme capable de suivre les goûts du public en matière de musique.
Bon il y a encore de l'humain là-dedans : Taryn Southern a composé les paroles et chante "Break Free ".
Mais à qui doivent aller les droits d'auteurs pour la musique ?

Plus fort encore
Exemple d’une musique composée à l’aide d’AIVA, pour illustrer un film, présentée lors de la GPU Technology Conference 2017
GPU est un terme qui veut dire que le système inclut des milliers de cœurs dans le hard informatique pour effectuer efficacement les calculs en tâches parallèles et mieux abreuver les neurones artificiels de cet IA développée par une start-up française (AIVA Technologies). Ces "neurones" utilisent le deep learning, méthode d’apprentissage automatique fondée sur des modèles de données, avec des bases de données dans laquelle figurent bien sûr Bach, Mozart, Beethoven…, mais aussi bien d'autres. Et c’est comme cela que le système apprend la composition de la musique classique occidentale. Et la machine apprend de ce qu'elle apprend. Ici, ce qui avait été demandé était une "musique de film".
Et là, pas banal : ce système d'apprentissage approfondi a acquis la reconnaissance juridique en tant que compositeur. Tous ses travaux ont désormais un droit d'auteur sur son propre nom. A quand le compte en banque pour une IA ?

C'est toujours pareil, l'idée au départ, "c'est pour faciliter les choses :"Pour faciliter les travaux des compositeurs et leur permettre de se recentrer sur leur créativité" comme l'explique par exemple la start-up française Hexachords qui, elle aussi, a développé une intelligence artificielle capable de composer de la musique orchestrale. "Cela ne remplacera jamais les musiciens"..., affirme-t-on. Mais en est-t-on vraiment certains ?
Uber, c'était pareil : "on ne trouve jamais de taxi quand on en a besoin... créons une plateforme pour faciliter les choses, ce qui permettra de mettre instantanément le client en rapport avec des chauffeurs"... Sauf que le vrai projet maintenant dans la tête d'Uber, c'est de se passer complètement du chauffeur humain (ça coûtera moins cher)...
La voiture autonome n'est pas loin. Méfiance, méfiance.

Aiva, pour revenir à elle, a bien sûr commencé à toucher aussi à la composition pour piano (nb : ce qui m'intéresse en premier lieu car je suis moi-même pianiste)... La première est sortie en février 2016. Pas forcément terrible, mais ce n'est qu'un début. Après plusieurs mois d’apprentissage, Aiva ne cesse d'apprendre d'elle même : un exemple ici
"Notre vision de la création de Aiva et notre volonté de la rendre capable d’atteindre le génie de Mozart ou Beethoven relève de la science fiction pour certains", explique Pierre Barreau, pdg d'Aiva. Il faut savoir que l'idée qui l'a porté dans la réalisation de tout cela, c'est rien moins que de "pouvoir terminer les morceaux inachevés de musique classique les plus emblématiques en respectant le style et le génie des compositeurs qui n’ont pu terminer leurs œuvres."

Des start-ups comme celles-ci commencent à éclore partout sur la planète. Certaines machines commencent à explorer Chopin, apprenant de sa musique, pour composer dans son style...
Bon, là aussi, ce sont les débuts, mais on peut en reparler dans quelques temps. Et imaginez cela couplé à un piano avec un super son (on l'entend ici, c'est la machine qui a composé, et un homme joue). Mais on peut aussi aller plus loin dans la prospective : imaginez une machine ayant appris aussi via une gigantesque base de données de toutes les interprétations de tous les meilleurs concertistes ayant joué les oeuvres... Un dispositif qui justement apprend à émouvoir par l'interprétation... Enfin, nous trompant sur l'émotion.. car nous faisant croire qu'elle même en ressent, de l'émotion en jouant... Ce qui, par association d'idées, me fait penser à ce livre que nous avions édité dans la collection Automates Intelligents : "Les machines apprivoisées : comprendre les robots de loisir", par Frédéric Kaplan.

Citons ici le début de l'ouvrage :
"Les enfants du XXIe siècle naissent dans un monde habité par la magie. Dans ce monde, la technologie, pourtant omniprésente, semble avoir disparu. Elle est devenue cachée. Seuls les effets sont observables. Des machines informatiques, nous ne percevons bientôt plus que des interfaces, parties émergées d'un immense iceberg dont la complexité reste dans l'ombre. Pour les enfants ce cette nouvelle génération, l'essentiel sera d'abord d'apprendre les chemins pour naviguer dans cet univers surnaturel (...). Mais vivre dans ce monde, ne signifie pas être magicien soi-même." Puis, l'auteur parlant de lui : "Avec les progrès de l'informatique, avec les avancées de l'intelligence artificielle, tout semblait possible. La machine était en train de conquérir des territoires où elle ne s'était jamais aventurée. (...) C'est ici que notre histoire commence. En décembre 1977, nous reçûmes la visite de Masahiro Fujita, un collègue japonais. Il venait nous présenter la recherche que lui et son équipe menaient depuis 5 ans à Tokyo au sein d'un laboratoire au nom énigmatique de D21. Il ne parla pas beaucoup et se contenta de nous passer une cassette vidéo. Sur le film, nous vîmes un robot quadrupède qui jouait avec une balle. Sur ce prototype sans carapace, on pouvait voir les fils, la carte-mère, la caméra. Pas de doute, c'était un robot. Pourtant, par ses mouvements, il était clair que c'était un robot d'un type nouveau. Il avait l'air vivant. Il avait l'air d'agir de son propre chef".(...) Ces machines, en créant l'illusion de la réalité contribuaient à rendre flou les différences entre le naturel et l'artificiel. Face à ces nouvelles machines, il n'y avait bien sûr pas de réactions de défiance. Je rencontrais souvent des personnes enthousiasmées par nos recherches et par les perspectives technologiques qu'elles ouvraient. "

Pour finir, voici un menuet composé par une IA, dans le style de Bach
(Voir aussi ce film)

En 2012, le scientifique François Pachet travaillant au laboratoire Sony CSL avait conçu un système basé sur des chaînes de Markov qui faisait que, quand vous commenciez à jouer du piano, la machine continuait le morceau, dans le style ou vous l'aviez commencé (voir la vidéo ainsi que cette conférence).
Aujourd'hui, on n'en est plus là : plus besoin d'un vrai pianiste pour mettre la machine sur la voie... Elle sait le faire toute seule.


© Automates Intelligents 2017

 





 

 

 

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