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6 Décembre
2001
Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin
De la difficulté
d'innover en recherche fondamentale
Les exemples abondent
montrant que les découvertes importantes viennent parfois de
chercheurs non enfermés dans des disciplines ayant pignon sur
rue, capables de faire apparaître de ce fait non seulement des
réponses nouvelles mais avant cela, des questions nouvelles
que leurs collègues ne peuvent simplement pas se poser. Le
cas d'école, souvent cité, est celui de Pasteur, qui
a révolutionné la médecine parce que non influencé
par les certitudes de cette dernière.
Les entretiens que nous avons avec divers chercheurs, ces temps-ci,
nous conduisent à faire la même constatation. La robotique,
notamment dans le domaine de la vie artificielle "fondamentale"
(si l'on peut dire), ne pourra progresser de façon sensible
que si de nombreux chercheurs venant des sciences de la vie ou des
sciences humaines s'y investissent. Mais comme il s'agit d'un domaine
nouveau, les jeunes se seront pas très attirés pour
tenter d'y obtenir des diplômes, qui risqueraient d'être
difficiles à décrocher, peu reconnus pour une suite
de carrière universitaire, et pas davantage valorisés
dans le secteur privé. Il en est de même, nous confiait
récemment le professeur Gilbert
Chauvet, dans le domaine dont il se fait le promoteur en France,
la physiologie intégrative. On trouvera évidemment bien
d'autres cas analogues (nous aimerions d'ailleurs que nos lecteurs
nous aident à les recenser, s'ils le jugent utile).
Un autre problème est que ces travaux nouveaux exigent des
outils informatiques et mathématiques qui n'existent pas encore
ou mériteraient d'être adaptés. Ce n'est pas non
plus facile de trouver des scientifiques pour s'en occuper. L'informatique
est de plus en plus considérée comme une technique et
non comme une science. Son amélioration est laissée
aux développeurs d'applications de production. Les mathématiques,
au contraire, sont l'apanage d'une élite justement fière
d'elle, mais pas toujours prête à prendre en considération
les besoins des scientifiques.
En amont de tout cela, les domaines nouveaux, du fait de leur nouveauté,
sont généralement maltraités par les comités
et autres organismes dispensateurs des crédits de recherche.
Dans le même temps, les financements privés, soucieux
de rentabilité immédiate, ne s'y intéressent
pas non plus.
Que faire ? D'une discussion avec le professeur Escande*, dont nous
vous reparlerons, nous avons retenu l'idée qu'en amont de tous
les domaines vraiment innovants, il conviendrait que ceux convaincus
de mener un combat utile à l'avancement des sciences fassent
le maximum pour attirer l'attention sur leurs projets de recherche,
par le bouche-à-oreille d'abord, par la communication et le
relationnel ensuite. Ce sont de véritables comités de
soutien associant la société civile, face notamment
aux contempteurs de plus en plus nombreux de la science, rebaptisée
techno-science pour mieux la paralyser, qu'il conviendra de monter.
Notre revue, pour sa modeste part, s'efforcera d'y contribuer, avec
votre aide.
*Professeur de dermato-vénérologie à l'hôpital
Cochin-Tarnier