Automates
Intelligents s'enrichit du logiciel
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7 Janvier 2001
Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin
Réaliser un
cortex cervical mondial?
Cela fait longtemps que l'idée était dans
l'air. Comment utiliser intelligemment les immenses ressources réparties
que sont les PC et autres machines reliées à Internet,
les capacités de traitement surabondantes de ces machines,
les centaines de pages disponibles sur chacune d'elle et les milliards
de pages sur les serveurs, et finalement les humains qui sont derrière
ces machines, piaffant d'impatience à leurs claviers ? Il
n'est pas besoin d'être ingénieur-système pour
se rendre compte que l'humanité dispose là d'un énorme
ordinateur réparti, capable de traiter n'importe quelle tâche,
sérielle ou parallèle, à des coûts dérisoires.
Il n'est pas davantage besoin d'être neurologue pour voir
dans ce schéma quelque chose ressemblant un peu-beaucoup
à l'architecture du cerveau, avec ses milliards de neurones,
et ses millions de milliards de connexions, déjà mémorisées
ou prêtes à se former pour constituer de nouveaux ensembles
fonctionnels.
Manque direz-vous, le chef d'orchestre susceptible de faire travailler tout
cela de façon cohérente. Là vous avez tout faux. Il
n'y a pas de chef d'orchestre dans le cerveau, et il n'est ni possible ni
souhaitable qu'il y en ait un au niveau de l'humanité, ou d'une quelconque
de ses sous-parties. Par contre, il est nécessaire qu'existent des
logiciels permettant à tous ceux qui le veulent de mettre leurs ressources
en commun pour générer du nouveau.
Ces logiciels existent déjà, mais ils
ne sont pas encore très utilisés. Il y a les programmes
dits collecticiels (groupware) permettant de travailler à
plusieurs sur des textes communs. De même de plus en plus
de jeux en ligne réunissent des participants s'affrontant
en temps réel de différents endroits du monde. Mais
il y a un an, quelques jeunes internautes partageux avaient réussi
un gros coup en créant Napster, permettant d'accéder
sur les ordinateurs des uns et des autres à des fichiers
MP3, au détriment du droit d'auteurs évidemment. L'affaire
a tourné différemment (l'accès à Naptster
sera désormais taxé). Voir pour information la LPDN,
Ligue pour la défense de Napster http://www.lpdn.ift.cx/
Une autre tentative, paraissant beaucoup plus généralisable,
voit le jour. C'est Mojo Nation. Qu'il soit bien clair que nous
ne faisons ici aucune publicité, ni ne formulons aucune recommandation
en faveur des promoteurs de la chose. C'est le principe seul qui
nous intéresse, car il est reproductible. Citons le journal
Le Monde du 6 Décembre 2000 : "pour faire partie de Mojo
Nation, l'internaute télécharge un logiciel gratuit,
qui met ainsi son ordinateur en partage... contribuant à
créer un ensemble d'une puissance inégalable. Les
documents sont cryptés, les liaisons anonymes... A chaque
demande de téléchargement, les données fractionnées
en milliers de paquets envoyées sur des milliers d'ordinateurs,
se regroupent... Mais Mojo Nation n'a pas de centre... Les membres
gagneront des unités de compte virtuelles, quand ils fourniront
des ressources, et les dépenseront quand ils utiliseront
ces ressources. Le promoteur Jim Mc Coy servira de courtier et prendra
une commission sur ces échanges". http://www.mojonation.net
Inutile de développer, tout le monde aura compris
qu'avec de tels logiciels, la collectivité des internautes
dispose d'innombrables possibilités. Des formes d'intelligence
et de conscience réparties pourraient en émerger,
valorisant non seulement l'intelligence humaine des internautes
connectés, mais l'intelligence des contenus informationnels
créés ou mis en commun, avec le tissu épais
des liens associatifs renvoyant l'influx nerveux des uns aux autres.
Qu'en résulterait-t-il? Peut-être de nouveaux contenus
d'intelligence collective ou individuelle. Peut-être aussi de nouvelles
formes d'intelligences totalement inédites...surtout si les
spécialistes de l'intelligence artificielle connectent des robots
intelligents à de tels réseaux.
Qu'est-ce qui nous empêche de tester, ici même,
l'intérêt de telles formules. Rien du tout, mesdames
et messieurs. Faisons un club, pour voir?