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14 Juin 2001
Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin
Le nouveau département
STIC
du CNRS
Le Directeur du dernier-né des huit départements scientifiques
du CNRS, Francis Jutand, a présenté celui-ci à la presse le 7 juin
2001 (voir notre interview).
La création de ce département, intitulé Sciences et Technologies
de l'Information et de la Communication (STIC)(1),
avait été évoquée depuis le Comité Interministériel pour la recherche
scientifique et technique de 1999. Elle s'est faite effectivement
en octobre 2000. Après quelques mois consacrés à la mise en place
et à un premier développement, il a paru souhaitable au CNRS de
présenter l'ensemble du département, et la politique qu'il appliquera.
Au cours d'un exposé remarquable de plus d'une heure
(mais le sujet était loin d'être épuisé...) M. Jutand, lui-même
ancien directeur scientifique de France Télécom R&D(2),
a rappelé les enjeux des STIC pour la France, priorité économique,
priorité sociétale, priorité de recherche scientifique et technique,
sur fond du paysage français des STIC, au CNRS et chez les partenaires
de celui-ci.
Il a ensuite présenté l'organisation du département STIC, selon
deux dimensions. La première dimension est disciplinaire, en quatre
grands domaines : informatique et traitement de l'information ;
systèmes, signal et composants ; micro et nano technologies ; interactions
humaines et cognition. La seconde dimension est structurée par finalités,
au sein de programmes thématiques pluridisciplinaires, eux-mêmes
au nombre de vingt-quatre. Une attention spéciale sera portée à
l'animation : actions spécifiques pour la prospective et l'innovation,
dispositif Jeune, équipe, mobilité, Projet-Equipe Multilaboratoire...
L'exposé s'est poursuivi par la présentation des cinq actions stratégiques
du STIC : développer des communautés interdisciplinaires, construire
des plates formes technologiques en rupture pour la recherche technologique
de base (par exemple pour la réalité virtuelle, pour les systèmes
d'informations du futur, etc.), encourager des projets européens,
poursuivre les partenariats et l'essaimage, assurer une politique
de recrutement.
Les ressources, enfin, ont été résumées : ressources humaines (90
laboratoires et 7800 personnes pour un premier cercle), ressources
budgétaires hors salaires (138 MF)(3).
La nouvelle politique du CNRS dans le domaine des STIC,
compte tenu de ce qui a été dit et des discussions ayant suivi l'exposé
de son directeur, nous paraît appeler les observations suivantes
- qui sont, précisons-le, les nôtres et ne représentent pas nécessairement
celles de nos hôtes.
Il était de toute évidence absolument urgent de mettre
en place un dispositif capable - avec ménagements - d'identifier
et de coordonner les ressources nationales dans le secteur STIC.
Ces ressources, notamment au plan des laboratoires, sont loin d'être
négligeables. Malheureusement, face à la concurrence des Etats-Unis,
elles apparaissent bien dispersées, et peu capables d'entraîner
des retombées économiques et sociales d'importance. De plus, comme
nous n'avons pas l'équivalent des grandes politiques fédérales américaines,
défense, espace, santé, pour ne citer que ces domaines, les donneurs
d'ordre publics manquent pour imposer des stratégies de percée.
Le STIC ne pourra pas tout faire pour se substituer à de telles
politiques industrielles et scientifiques, mais il pourra aider
à éviter un excès de dispersion et à favoriser l'obtention de résultats
concrets.
Mais alors, il devient absolument indispensable de ne
pas ménager les appuis et les crédits à l'équipe
qui vient de se mettre en place. Or il faut bien reconnaître,
vu de l'extérieur, que les crédits - et peut-être
aussi les appuis politiques hors ceux du ministre de tutelle - semblent
bien minces. Les laboratoires manquent du minimum de moyens de fonctionnement
permettant par exemple de voyager et se faire connaître. Quand
il s'agit d'acquérir un matériel quelque peu coûteux,
la recherche, comme nous l'avons souvent constaté, doit attendre
sinon s'arrêter faute de ressources. Les thésards et
étudiants en général manquent dans les domaines
un peu difficiles... Bref, si le CNRS n'obtient pas davantage de
moyens pour concrétiser les objectifs légitimement
ambitieux qu'il vient de se donner, ses laboratoires se décourageront
- au plus grand bénéfice des sciences et techniques
étrangères.
Or les crédits, qu'ils proviennent de contrats
privés ou de budgets publics, ne se présentent pas
sur simple demande, même si ces demandes sont parfaitement
fondées. Il faut faire un effort tout à fait important
et spécifique pour vendre les thèmes de recherche.
Vendre un thème signifie le présenter et en parler
de telle sorte que, par exemple, les hommes politiques le perçoivent
comme un enjeu concernant leur avenir, les enseignants puissent
s'en servir comme matière pédagogique, les créateurs
puissent en tirer des thèmes d'inspiration et le grand public
puisse y rêver. Or il faut bien reconnaître que, contrairement
à ce que sait réaliser la société américaine,
nos chercheurs et même nos industriels, sont peu capables
de valoriser auprès de l'opinion ce qu'ils font ou cherchent
à faire. Si on y réfléchit, les recherches
stratégiques concernant par exemple le cerveau ou les robots
intelligents (dont à peu près personne en France n'entend
parler, hors des médias américains) mériteraient
une mise en scène véritablement professionnelle, qui
nous manque encore. Rien qu'en utilisant le web, en mettant en place
des dossiers thématiques comportant des références
scientifiques, des présentations de vulgarisation, des séquences
vidéo, on pourrait constituer à peu de frais un fond
de médiathèque qui contribuerait beaucoup à
populariser et à "dramatiser" les thèmes
les plus ardus. Ce sera sans doute une telle politique de communication-diffusion
que l'on attendra du STIC dans les mois qui viennent.
Lui seul, par sa position centrale privilégiée, sera
en mesure de le faire. Il s'agit d'un atout propre au CNRS dont
notre pays ne devrait pas se priver.