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03 Mai 2001
Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin
Le super-cerveau
artificiel, mythe ou enjeu de puissance ?
Une information, dont nous cherchons comme d'autres
à valider la source, circule actuellement dans les milieux
de l'Intelligence artificielle, à partir d'une dépêche
de l'agence Interfax. Elle concerne le mise au point par des chercheurs
russes d'un cerveau artificiel ayant les mêmes possibilités
que le cerveau humain (voir notre
article). On sait que par ailleurs qu'Hugo
de Garis, chercheur controversé mais confortablement
financé par l'organisation belge Starlab, poursuit des travaux
dans le même domaine. Il a d'ailleurs été invité
par le Sénateur Trégouët pour participer à
la journée du 27 juin 2001 consacrée à la robotique
que celui-ci organise au Sénat. Enfin, un certain nombre
de spécialistes de l'informatique et de l'intelligence artificielle
estiment aujourd'hui à la portée d'un investissement
relativement modeste la réalisation d'un tel cerveau, pourvu
que les bases méthodologiques adéquates aient été
mises au point (voir à ce sujet le livre de Alain
Cardon dont nous avons fait la présentation récemment
: Conscience
artificielle et systèmes adaptatifs).
Faut-il voir derrière ces diverses informations
une illusion collective relativement à la faisabilité
de ce qui resterait encore pour longtemps hors de portée
de la science ?(1).
Nous ne le pensons absolument pas. Les progrès conjugués
de la neurologie, de la génétique et de l'intelligence
artificielle évolutive sont si rapides que ce qui paraissait
hors de portée il y a seulement deux ou trois ans, la réalisation
d'une conscience artificielle connectée à un système
robotique disposant de milliards d'informations, change brutalement
de statut. Le projet se présente désormais comme pouvant
constituer, de même que la conquête de la Lune dans
les années 1970, et mieux que celle de Mars, une nouvelle
frontière susceptible de mobiliser les énergies des
grandes puissances, et de milliers de chercheurs. La compétition
Est-Ouest manque comme stimulant, sauf précisément
si elle se réinstallait, soit entre les USA et la Russie,
soit entre ces deux nations et l'Europe.
On peut penser qu'un tel projet, s'il était
entrepris officiellement sous la pression d'un gouvernement visionnaire
décidé de se donner la maîtrise de l'intelligence
de demain, coûterait bien moins cher que l'on imagine. Il
devient en effet possible de travailler en réseau, sur le
modèle du Datagrid du Cern (voir notre
article) de façon à mobiliser les ressources
de milliers d'ordinateurs répartis et des chercheurs associés.
Nous ne connaissons pas les projets précis du
gouvernement fédéral américain dans ce domaine.
L'appui important donné aux Etats-Unis par la communauté
scientifique et institutionnelle toute entière aux travaux
de robotique et de neurologie laisse présager cependant que
les stratèges ne se tiennent pas à l'écart
d'une telle perspective.
Il serait dommage que la France, si possible au sein
de l'Europe, n'entreprenne pas pour sa part un programme identique.
Nous en verrions certainement les retombées dans d'innombrables
secteurs de la recherche et des applications sociétales.
Pourquoi ne pas lancer sans attendre chez nous une Action Concertée
"Conscience Artificielle", qui regrouperait les nombreuses compétences,
malheureusement sous-employées actuellement faute de crédits
pour recruter des chercheurs, dont nous disposons(2).
Ceux que cette idée intéresserait peuvent éventuellement
s'adresser à nous pour que nous établissions ensemble
une pétition en ce sens.