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18 Mai 2001
Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin
Faut-il déjà
des comités d'éthique en matière de robotique
?
Certains correspondants s'étonnent de ne pas
nous voir évoquer les questions d'éthique en matière
de robotique ou de vie artificielle ? Ce point, qui n'a pas fait
en France, que nous sachions, l'objet de réflexions "institutionnelles",
relève encore de la conscience de chacun. Faudrait-il aller
plus loin ?
Sur le fond, il est évident que les recherches
intéressant la robotique pourront poser, au fur et à
mesure qu'elles se développeront, des questions d'ordre moral
ou politique. Les auteurs de Science-fiction en font un de leurs
thèmes préférés. Mais, compte tenu de
la jeunesse de telles recherches, ces questions ne semblent pas
encore d'actualité, du moins en comparaison de celles que
posent aujourd'hui les développement de la médecine
ou de la génétique.
Il est pourtant possible d'imaginer que des chercheurs
ou des industriels développent des automates pouvant présenter
des dangers pour l'homme, que ce soit dans le domaine civil ou militaire.
On peut penser que, dans cette perspective, le cadre légal
s'imposant à la science et à la technique dans les
pays occidentaux suffira quelques années encore à
éviter d'éventuelles tentations de dérapage.
Toutes les activités dangereuses relèvent de la loi,
et l'opinion n'exige pas qu'elles soient soumises à la censure
d'éventuels comités d'éthique. Ceux-ci seraient
plus utiles dans le secteur des armes à feu ou celui de l'automobile.
Ce sera lorsque les symbioses entre vivants et systèmes
automates se développeront, en rendant plus floues les limites
entre l'artefact, le vivant et l'humain, que la question se posera
vraiment. Mais il faudra s'efforcer à ce moment de ne pas
défendre des conceptions archaïques du vivant et de
l'humain, qui correspondraient à un éventuel conservatisme
intellectuel ou moral, sinon à la protection d'intérêts
professionnels s'estimant menacés par les nouvelles sciences.
L'éthique, malheureusement, comme le droit plus généralement,
permet l'intervention de personnes ou organismes sans légitimité
particulière, recherchant là une façon de se
faire connaître, voire entretenir par la collectivité.
La tendance peut être alors d'inventer des problèmes
ou risques qui ne se posent pas, en cherchant à alerter l'opinion
par des images spectaculaires. Ce n'est d'ailleurs pas d'aujourd'hui
que la peur des robots humanoïdes, par exemple, est exploitée
à divers titres.
Notre expérience de l'Internet est significative.
Nous voyons en permanence s'exprimer des philosophes, sociologues
ou juristes dénonçant les risques inouïs, selon
eux, des réseaux, souvent dans le seul but d'être invités
à venir parler dans les médias, toujours friands de
mises en garde spectaculaires, fussent-elles infondées. Il
en résulte que des populations déjà spontanément
effrayées par la technique (comme nous n'en avons que trop
en France) en profitent pour se recroqueviller sur des positions
passéistes, qui risquent d'entraîner progressivement
une inadaptation mortelle.
Il ne faudrait pas que le même phénomène
se produise en ce qui concerne les développements extrêmement
prometteurs, y compris en termes philosophiques et moraux, des sciences
et techniques de la vie et de l'intelligence artificielles.
Le meilleur gage en matière de protection contre
d'éventuels risques, en dehors de faire confiance aux réflexes
éthiques des chercheurs et développeurs, consiste
pour le moment en la transparence des recherches. La transparence
rend possible les dialogues, les questionnements, les contestations.
Elle pourra le moment venu, espérons-le, lorsque des solutions
de plus grande ampleur seront proposées à nos sociétés,
permettre que celles-ci aient acquis suffisamment de maturité
démocratique pour en assurer la maîtrise collective.
C'est à cette transparence que, dans sa modeste
sphère, s'efforce de contribuer notre revue.
Concernant l'éthique et la philosophie morale, on pourra
lire avec avantage "L'inquiétude morale et la vie humaine",
livre de Monique Canto-Sperber, directeur de recherche au CNRS,
sorti au PUF en 2001, ainsi d'ailleurs que tous les autres ouvrages
de cet auteur http://puf.ornis.fr/livres/22417246a.html.