Plan du site Aide Abonnement Nous Contacter


Actualité
Editorial
Interviews
Démocratie
Visites virtuelles
Art. Imaginaire
Du côté des labos
Le feuilleton
Manifestations
Biblionet
CD Rom
Echanges
Liens Utiles

 

Accueil > Editorial
Automates Intelligents s'enrichit du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue.
 
Archives
La guerre mondiale du cerveau. Riposte américaine
Human Brain Project, un grand projet européen sur le cerveau humain
Relancer la coopération scientifique entre la France et l'Afrique

20 Septembre 2001
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin

Le combat de la science contre l'obscurantisme

Voir aussi dans ce numéro: Sur l'esprit scientifique par Alain Cardon
et sur le site d'Admiroutes: Editorial: Peut-on combattre intelligemment les nouveaux terrorismes


Faut-il accepter aveuglément la formulation de George W. Bush, selon laquelle s'ouvre la 1ère guerre du 21e siècle, sous le signe de la lutte du Bien contre le Mal? Si guerre il y a, elle n'est pas nouvelle. Sur fond d'une inégalité de plus en plus dramatique entre riches et pauvres, qui générera de plus en plus de manifestations de désespoir, la guerre en question oppose science et connaissance, malheureusement encore apanage des riches, aux différentes formes de l'obscurantisme, religieux ou politique, qui profitent de la pauvreté pour s'imposer.

La nuance est importante car dans cette guerre ceux qui se réclament de l'Occident doivent proposer un message qui ne s'adresse pas seulement aux Occidentaux mais à tous les hommes. Sinon on obtient le scénario de la catastrophe, l'affrontement du Nord contre le Sud, ou plus exactement encore celui des riches contre les pauvres, dans lesquels tous se perdront.

L'intégrisme présent au Nord comme au Sud s'affirme détenteur du bien et combat l'autre dénoncé comme porteur du mal. La science oppose à ce message simpliste celui de la complexité du monde et la nécessité de comprendre cette complexité par l'étude afin d'échapper aux déterminismes mécanistes qui instrumentent les hommes et les dressent les uns contre les autres.

Mais lorsque les Occidentaux parlent de science, les exclus du tiers et du quart-monde associent ce mot aux technologies et à l'accumulation capitaliste qui profite principalement aux favorisés tant du Nord que du Sud. On ne peut condamner les technologies qui sont les outils permettant de concrétiser les découvertes de la science au profit des hommes. Il faut par contre se désolidariser du jeu capitaliste libéral, qui utilise principalement la science et les technologies au service d'un modèle de pouvoir et de consommation réservé de fait à une minorité exploitant a son profit les ressources humaines et matérielles du monde.

Aujourd'hui la science telle qu'elle était conçue au 20e siècle, laïque et politiquement neutre, apparaît à beaucoup comme une duperie. Chacun s'en sert pour affirmer sa propre domination : entreprises et Etats occidentaux, mais aussi minorités en quête de prise de pouvoir, y compris par le terrorisme. Elle n'offre plus assez de perspectives aux hommes ayant besoin de dépassement et de mythe. Sans devenir elle-même une mythologie, il est urgent qu'elle ouvre de nouveau des ambitions permettant à tous les hommes de s'unir dans l'attribution d'un sens à l'univers ?

Le message de la science ne sera reçu que s'il propose deux objectifs liés: comprendre la complexité du monde et en tirer des outils permettant de rapprocher l'ensemble des hommes dans des objectifs communs de développement.

Quelle image la science pourrait-elle proposer dans ce but ? Ce serait celle du scientifique désintéressé consacrant sa vie à la recherche et à l'éducation - tel Giordano Bruno acceptant la mort pour témoigner de ce qu'il estime être la vérité scientifique (la vérité discutée collectivement par la science et non une vérité révélée). L'image est naïve mais correspond on veut le croire encore, dans tous les pays du monde, aux vocations des chercheurs et enseignants qui ont choisi ces voies plutôt que celles du business et du pouvoir politique.

A cette image, il faut opposer celle de l'obscurantiste militant, qui détruit les laboratoires, les livres et les biens matériels les plus nécessaires, non pas pour le bénéfice des pauvres mais pour s'imposer parmi les puissants du monde au nom d'une vérité soi-disant révélée. C'est le progrès des connaissances qui a toujours menacé l'obscurantiste et contre lequel il a toujours lutté. L'obscurantisme est principalement le fait des fanatismes religieux, mais certaines formes de pensée unique du discours libéral occidental, comme le modèle hyper-consommateur et jouisseur des couches favorisées, s'en rapprochent souvent.

Pour aller plus loin et rendre crédible ce que nous appelons le combat de la science contre l'obscurantisme, il faut démontrer en quoi les sciences permettent effectivement de mieux comprendre le monde et d'améliorer par cela le statut intellectuel et matériel de tous. Ceci est plus difficile car, de plus en plus, ceux qui financent la recherche et l'éducation se désintéressent des sciences fondamentales et exigent des retombées immédiatement profitables. Mais c'est encore possible.

Les scientifiques ont pour devoir d'en appeler à l'opinion et tenter de se désolidariser des objectifs pervertissant le message humaniste de la science, au profit d'intérêts corporatifs ou de puissance qui renforcent la course à l'inégalité et au chaos environnemental.

Comme cette prise de distance ne pourra se faire sans un soutien des populations toutes entières, à qui on demandera finalement de supporter par l'impôt le travail des chercheurs, il faudra que les scientifiques et les hommes politiques qui les soutiennent soient capables de montrer aux populations démunies ce que leur apportera le travail de la science et de l'éducation. Une remise en question publique et permanente de la science est donc nécessaire, non pas pour l'arrêter mais pour la réorienter si besoin était. Elle doit s'accompagner d'une critique politique elle-même permanente, destinée à favoriser la mise en place de structures étatiques aussi ouvertes et démocratiques que possible.

Nous ne pouvons dans le cadre de cet éditorial faire le tour des orientations de recherche qui pourraient s'inscrire en illustration de ce modèle de la science à opposer au modèle de l'obscurantisme et du fanatisme destructeur. Mais, dans les disciplines qui sont celles auxquelles nous nous intéressons plus particulièrement ici, intelligence artificielle, robotique, virtuel, réseaux, le besoin de la critique et de l'évaluation, comme dans les domaines associés de la génétique et des neuro-sciences cognitives, s'impose peut-être plus encore qu'ailleurs aux chercheurs et aux citoyens. Ces sciences, par leur caractère nouveau, leur puissance, les mystères qu'elles laissent deviner, attireront nécessairement la peur et les procès d'intention. Il sera facile de montrer qu'elles pourraient, en des mains malintentionnées, répandre la déshumanisation, la surveillance policière et la guerre presse-bouton, tout autant que des formes nouvelles de terrorisme nihiliste.

Ceci veut dire qu'il faudra s'interroger à nouveau sur leur rôle possible dans un monde plus harmonieux qu'aujourd'hui, et travailler principalement en faveur de ce rôle. Il ne s'agit pas d'un message simple, facile à faire partager aux plus pauvres de ce monde. Mais il faudra le faire.

L'Intelligence Artificielle évolutionnaire, en coopération étroite avec les neuro-sciences cognitives, la biologie, les sciences sociales et humaines, a commencé à donner du monde des descriptions extraordinairement novatrices, permettant une meilleure compréhension de la complexité des systèmes dynamiques, matériels, biologiques, humains et environnementaux. Il ne s'agira pas de produire seulement des robots, mais des modèles permettant de mieux comprendre ces mégasystèmes naturels et sociétaux qui aujourd'hui nous conditionnent sans même que nous nous en rendions compte. Ces modèles à leur tour devraient intervenir comme des agents permettant à l'évolution naturelle de mieux prendre en compte ce que nous estimerons être les valeurs à développer. Philosophies, politiques, militances devraient y trouver des références de pensée plus intelligentes, plus adaptées aux besoins de la survie à long terme de l'humanité. Les politiques publiques comme les contestations démocratiques de celles-ci au sein de la société civile pourraient établir grâce à elles des outils plus pertinents d'aide à la décision et à l'action.

Ainsi, dans l'immédiat, un rééquilibrage du développement pourrait en découler, apportant une amélioration sensible de la situation des plus pauvres. A terme, de nouvelles aventures pour l'humanité, notamment dans le cosmos, deviendraient possibles.

Voici sans doute, l'essence de l'apport que ces sciences pourraient faire à la lutte contre les obscurantismes.

( Voir suite de l'édito )

© Automates Intelligents 2001

 

Collection Automates Intelligents

Sciences de la complextié et vie politique -Tome I , Editions Automates Intelligents
- acheter nos ouvrages
-
proposer vos manuscrits



 

 

 

Qui sommes nous ? Partenaires Abonnement Nous Contacter

© Association Automates Intelligents