Automates
Intelligents s'enrichit du logiciel
Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront
alors définitions, synonymes et expressions constituées
de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi
d'accéder à la définition du mot dans une
autre langue.
Pour les évolutionnistes darwiniens, aucune filière
évolutive antérieure, aucune "montée" vers
la complexité et la cérébralisation n'obligeait
l'homme à apparaître sous la forme d'un primate doté
d'un cerveau capable de se donner des représentations de
l'environnement, de prendre conscience de son existence au sein
de celui-ci et d'entreprendre de le modifier avec succès.
On ne peut donc pas parler d'un stade quasi obligé de l'évolution,
susceptible de se poursuivre en s'amplifiant sur notre terre et
de se produire sur toutes les planètes disposant d'un environnement
favorable à la vie. L'intelligence dont l'homme s'est trouvé
doté est aussi contingente que les cuirasses des stégosaures
ou les termitières et fourmilières fabriquées
par les insectes sociaux . L'évolution des êtres vivants
terrestres n'imposait en rien l'arrivée d'homo sapiens, dont
elle se serait d'ailleurs bien passé, si elle avait été
capable de réflexion, considérant le grand nombre
d'espèces que ce dernier contribue à faire disparaître.
Si l'homme à son tour disparaissait, l'évolution se
poursuivrait, jusqu'à ce qu'à son tour la vie sur
terre soit anéantie par le vieillissement du soleil.
Cela pose évidemment la question du statut de
la science, production du cerveau contingent de l'homo sapiens.
Nous attribuons généralement à celle-ci, englués
que nous sommes dans les aveuglements propres à notre espèce,
une sorte de mission ineffable : révéler en quelque
sorte l'univers à lui-même, dévoiler les lois
profondes qui paraissent le régir. Mais s'il ne s'agissait
que d'une illusion? Si la science n'était qu'une excroissance
d'homo sapiens, plus récente et peut-être moins
durable à terme que la pratique de construction des termitières?
Cette conclusion serait si déprimante que, sans
cesse, de nouvelles tentatives seraient faites pour redonner à
l' "homo scientificus" une place plus importante, sinon transcendante
dans l'histoire du monde. Il faut dire que la science en fournit
quotidiennement le prétexte. Ses succès, l'incontestable
progrès qu'elle paraît proposer à l'humanité
(en dépit de quelques effets pervers attribués à
un mauvais usages de certaines techno-sciences) sont pour beaucoup
la preuve d'une indéniable marche en avant. Mais un évolutionniste
convaincu comme Stephen
Jay Gould a raison de veiller à ce que de telles tentatives
ne soient pas acceptées sans précautions par un discours
scientifique s'illusionnant sur sa propre portée. Il nous
rappelle une boutade de Freud selon laquelle la scientificité
d'une théorie se mesure à la perte d'importance du
rôle et de la place de l'homme qu'elle postule.
L'homme existe cependant, ainsi que la science par
laquelle il prétend donner une représentation de l'univers.
Mais cette constatation ne doit pas nous enivrer d'auto-satisfaction,
et ne nous interdit pas de nous interroger sur le statut de la science
au regard de l'évolution, y compris en prenant en compte
les perspectives de l'intelligence artificielle.
Deux questions se posent :
la science est-elle un processus spécifique
au sein de l'ensemble des processus évolutifs?
la science nous ouvre-t-elle des fenêtres
privilégiés pour connaïtre l'univers?
Sur le premier point, il est évident que l'homme
s'est trouvé doté, à la suite de mutations
effectuées au hasard, probablement minuscules, de la capacité
d'associer aux représentations et catégorisations
inconscientes de l'environnement, dont il disposait à l'instar
de nombreuses espèces animales, des méta-représentations
ou symboles susceptibles d'être échangées par
le langage. Il a ensuite appris par essais et erreurs à traduire
au travers de méta-méta-représentations de
plus en plus puissantes ce qu'il percevait du réel grâce
à ses sens. Des constructions langagières rationnelles,
puis scientifiques, à partir en Europe du siècle des
Lumières, en ont résulté, qui ont permis aux
générations successives de construire un milieu spécifique
de plus en plus complexe.
Aucune espèce animale n'a bénéficié
de circonstances aussi favorables, parce qu'à la loterie
des mutations au hasard, aucune n'a jamais tiré à
ce jour un lot aussi chanceux. Ce gros lot a incontestablement permis
à l'humanité de se déployer à travers
le monde, en se donnant des conditions de survie globalement de
plus en plus satisfaisantes. Mais l'avantage peut se retourner.
Il suffit de penser à ce qui se passerait en cas de guerre
nucléaire généralisée. D'autres risques
environnementaux demeurent, suite à des développements
techniques mal contrôlés. Le stégosaure évoqué
plus haut a duré quelques dizaines de millions d'années
au moins, les hominiens n'ont guère derrière eux que
deux à trois millions d'années (6 à 8 si on
tient compte des dernières découvertes?).
Ceci dit, rien ne nous autorise à dire que les
pratiques constructivistes humaines, fussent-elles rationalisées
par la science, sont différentes de celles des autres espèces.
Dans tous les cas, on trouve à l'oeuvre des automates auto-adaptatifs
simples, qui finissent par construire du complexe par le mécanisme
de la compétition darwinienne, mutation, sélection,
amplification, répété le nombre de fois nécessaire.
Si nous reprenons le cas des termites ou des fourmis évoqué
ci-dessus, nous constatons que ces insectes disposent aussi de mécanismes
générationnels constructivistes susceptibles d'évoluer
dans certains espaces, à partir desquels émergent
des constructions complexes constituant un nouvel environnement
au sein duquel et avec lequel ils continuent à co-évoluer
- non sans un certain succès puisqu'ils sont encore répandus
sur terre (il paraîtrait que la bio-masse équivalent
à la totalité des fourmis terrestres serait égale
à celle de la totalité de l'humanité).
Sur la seconde question, c'est-à-dire le pouvoir
qu'aurait la science de s'approcher, quitte à ne jamais l'atteindre,
des lois profondes censées régir l'univers en-soi,
le débat est beaucoup plus difficile. Notons d'abord que,
lorsque nous parlons de science ici, nous convenons d'évacuer
la question particulière des mathématiques.
Plus exactement, nous ne prétendons pas que celles-ci représentent
un langage privilégié pour accéder aux lois
de l'univers. Bornons nous à voir en elles un outil générationnel
puissant, qui associé à l'informatique aujourd'hui,
permet de produire des structures nouvelles en générant
des hypothèses à partir des anciennes, en les testant
et en recommençant - un peu comme le termite construit sa
termitière en ajoutant une boulette de terre à celle
de son prédécesseur, guidé par les traces qu'a
laissées ce dernier.
Ainsi comprise, il est indéniable que la science
permet de construire tout un monde artificiel qui semble tenir debout,
comme d'ailleurs le fait la termitière à plus petite
échelle. Nous pouvons donc supposer que ce monde artificiel
est, jusqu'à nouvel ordre, compatible avec les supposées
lois de l'univers. On peut aller plus loin en disant que, pour nous,
il en dessine d'une certaine façon la marque en creux.
Tant que, répondant à l'invention scientifique, le
monde créé par l'homme ne s'écroulera pas,
il ne faut donc pas se poser, c'est le cas de le dire, de questions
métaphysiques, mais continuer à inventer, tester,
intégrer les nouveaux acquis et s'étendre dans les
filières qui résistent à l'épreuve des
faits.
L'homme voit le monde à travers les moyens que
lui fournit son corps et les instruments prolongeant l'action de
celui-ci. La science est un processus évacuant le plus possible
les différences d'appréciations subjectives entre
individus et groupes sociaux, pour établir un corpus de connaissances
valables, autant que possible et à un moment donné,
pour tous les hommes. Mais ce corpus est lié aux capacités
du corps humain. Les méta-représentations les plus
complexes atteignent vite aux limites de capacité du cerveau
des théoriciens. Appliquées à des aspects de
l'univers révélés par l'expérimentation
moderne, qui sont de plus en plus loin des données immédiates
de l'expérience, elles semblent ne plus pouvoir progresser,
même au sein de cerveaux mis en réseau et relayées
par les moyens de l'informatique classique.
Mais si on dit cela, on oublie précisément
la spécificité du développement évolutionnaire,
qui est constructiviste, et que vont bientôt relayer puissamment
les réseaux d'agents intelligents artificiels auto-adaptatifs,
dont rien (sauf les préjugés éventuels des
comités d'archéo-éthique) ne devrait limiter
les possibilités d'invention par petits pas. Ni les termites
ni les fourmis n'ont à leur disposition (pour le moment,
et en attendant que quelques chercheurs audacieux les connectent
à des systèmes d'IA évolutionnaire) d'outils
leur permettant de développer leurs nids par d'autres techniques
que celles génétiquement acquises. Ce n'est plus le
cas pour les hommes, depuis disons quelques années. Si tout
se passe bien, l'invention humaine, appuyée sur celle des
systèmes d'IA évolutionnaires, devrait pouvoir explorer
l'univers tous azimuts, y compris dans des dimensions que nous ne
soupçonnons pas encore.
Les hypothèses restent permises. En voici trois,
relatives à l'avenir de la science et consécutivement
l'avenir de l'humanité :
une nouvelle mutation fait apparaître dans
le cerveau humain une organisation neuronale innovante nous
permettant de comprendre ce qui jusqu'ici nous échappe
dans la logique des faits observés ou de leur traitement
mathématique. Ceci paraît improbable dans l'immédiat
(sauf éventuelles manipulations génétiques,
ou symbioses entre circuits neuronaux et circuits électroniques),
mais n'est pas à exclure. D'où l'importance à
attacher à la survenance dans notre descendance de "mutants"
hyper-doués.
L'observation scientifique expérimentale
et la théorie continuent à évoluer ensemble,
comme ce fut le cas jusqu'à présent, et vaille
que vaille. Certaines limites resteront infranchissables, d'autres
non. C'est l'hypothèse la plus probable, mais la moins
excitante.
La troisième hypothèse, à
la fois probable et excitante, est celle à laquelle nous
nous rallions. Dans un futur plus ou moins proche, l'humanité
sera capable de générer des robots dotés
de cerveaux artificiels qui apprendront seuls à se débrouiller
dans l'univers(1).
En élargissant de plus en plus le champ de la tutelle
et des prescriptions scientifiques des humains, et à
force de reconfigurer leurs composants et leurs concepts au
contact de l'univers, ces robots pourraient élaborer
des modèles de celui-ci s'approchant progressivement
de l'une ou de plusieurs des logiques encore inconnues de ce
dernier. Cette perspective serait d'autant plus intéressante
que, contrairement aux hommes, ces robots seront de moins en
moins liés aux contraintes de vie et de survie de l'humanité,
de plus en plus aptes à s'adapter à d'autres mondes
et à d'autres acteurs, et finalement de plus en plus
aptes à favoriser l'apparition de formes d'univers jusqu'ici
pour nous inimaginables. Il resterait évidemment aux
hommes à comprendre leurs messages.
Si ceci était vrai, il y aurait alors un bel
avenir pour la science et les scientifiques, sur la terre comme
ailleurs (y compris bien entendu pour les intelligences artificielles).
(1)Ceci
impliquant aussi que l'homme aura su trouver notamment comment
donner au robot les moyens de se régénérer,
y compris en énergie.