Plan du site Aide Abonnement Nous Contacter


Actualité
Editorial
Interviews
Démocratie
Visites virtuelles
Art. Imaginaire
Du côté des labos
Le feuilleton
Manifestations
Biblionet
CD Rom
Echanges
Liens Utiles

 

Accueil > Editorial
Automates Intelligents s'enrichit du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue.
 
Archives
La guerre mondiale du cerveau. Riposte américaine
Human Brain Project, un grand projet européen sur le cerveau humain
Relancer la coopération scientifique entre la France et l'Afrique

20 Septembre 2001
Alain Cardon, professeur des Universités

Sur l'esprit scientifique

La science n'est pas une occupation comme une autre, un supplément d'âme dont on se dote de temps à autre pour suivre les affaires de son siècle et pouvoir en parler dans les salons C'est une appréhension du monde, et c'est même la seule qui place l'homme dans sa posture effective, tel qu'il est réellement. C'est un enjeu lui permettant d'être libre ou infirme, définitivement.

Nous vivons dans un monde à l'évidence très compliqué, mêlant des structures archaïques, des visions du monde archaïques, des comportements archaïques, et contre lesquels tente de se développer le progrès scientifique. Le jeu est bien inégal. La science se pratique, à son niveau effectif d'expression en France, essentiellement dans les Facultés des Sciences des Universités et dans les Ecoles d'Ingénieurs. On enseigne son esprit et son exigence, encore un peu, dans les collèges et dans les lycées. Cet esprit, cet exigence sont ceux de la liberté que confère la connaissance des faits et des lois de la nature. Il s'agit de la maîtrise de la matière dans l'espace et le temps. C'est considérable. Mais la science n'existe pratiquement pas dans la culture commune, familière, dans la vie de tous les jours, dans la politique, dans les médias, dans les pratiques religieuses multiples. Elle est peu répandue et peu pratiquée.

L'homme est par nature craintif, dominé par l'appréhension de sa mort qu'il connaît et redoute, dominé par la société et des événements venus de loin, écrasé par la technologie formidable et les jeux du système ultra-libéral. Il vit encore aujourd'hui sous tutelle, réduit, incroyablement diminué.

L'homme naît sans cesse et absolument partout sur la planète, engendré par l'acte très simple de la reproduction bisexuée. Il naît, et puis se développe dans des cultures très souvent archaïques et misérables, à l'ombre du mouvement formidable des marchandises qui se font et se déplacent. Il naît aussi en occident, héritier de puissances financières immenses. Il naît, vit et meurt, et sa mort est une disparition, qu'il le veuille ou non.

L'homme, biologiquement, est tout simplement une sorte de singe qui est sorti de la forêt primaire il y a six millions d'années pour envahir la savane herbeuse, cessant de sauter d'arbre en arbre pour se dresser horizontalement sur ses jambes, pour marcher debout, pour libérer ses mains, pour fabriquer et manier des outils, pour vivre dans des groupes et accumuler ses expériences, pour construire sa mémoire collective par le développement du langage. Les crânes que les paléontologues découvrent actuellement dans le rift africain, sont des crânes d'hominidés datant de plus de quatre millions d'années. On reconstituera la généalogie de l'homo sapiens sapiens actuel, et la filiation ne fait pas de doute. L'homme est le produit d'une évolution, tout simplement, mais d'une évolution très complexe.

L'homme comprend le monde par la science, par ce langage extraordinairement sophistiqué qui lui permet de situer tout événement de l'espace et du temps. La science permet de se représenter effectivement le monde tel il est connaissable, au delà de l'intuition immédiate ou du dogme. La science permet de comprendre pourquoi nous, humains, comprenons le monde comme nous le comprenons. La science est exigeante, difficile. Elle s'appréhende par des études longues et dures. Elle est un signe évident du progrès humain, dans sa pratique, dans ses résultats et très souvent dans ses conséquences.

La science n'est pas une mode, ni une mode des temps nouveaux ni une forme de la connaissance parmi d'autres qui lui seraient équivalentes. Ceux qui voudraient s'en passer peuvent retourner tailler des bifaces et vivre guère plus de vingt-cinq ans de vie sommaire dans une nature écrasante. Il est très facile de s'en passer. Il suffit de croire en un ordre immanent des choses, de nier le réel si complexe, de croire que le monde est prédéterminé et infléchi par des forces obscures, de se rassurer à l'occasion en se prétendant immortel, et cela tout simplement, sans effort aucun. La science engage à la responsabilité, absolue, de l'homme devant soi et le monde, avec effort, et cela est lourd, extrêmement lourd à porter. C'est la voie la plus difficile.

La science est née de luttes féroces contre la bêtise, contre la malhonnêteté, contre l'obscurantisme et la peur. Aujourd'hui, la science est sur la voie de l'appréhension de la majorité des phénomènes du monde. Elle explique la nature au niveau minimal, celui de la micro-physique, au niveau du vivant local et global, tel il se fait et tel il est, et au niveau cosmologique, au niveau de l'univers. Elle pose l'homme en questionnement dans le temps de sa vie, dans la durée si brève de son existence, mais également dans le parcours de ses civilisations, en lui proposant une explication de lui-même et de tout son environnement. Une explication parfois bien dérangeante.

Le barbare, lui, est celui qui fait l'économie absolue de la science et de l'esprit scientifique. Le barbare est un homme mutilé qui dévale dans l'ignorance. Bâti par des idéologies sombres, manipulé dès que né, façonné à l'effroi et à la haine, il tente et tentera toujours de détruire le monde qui ne lui est pas strictement semblable. C'est son enjeu existentiel, sa réduction définitive. Il est limité strictement, il n'a ni durée ni espace évalués, il a des croyances saugrenues qui lui font nier le présent et le futur, il refuse l'ampleur de sa vie et surtout celle de l'autre. Il peut tuer, avec une haine organique, détruire, mais il ne sait pas vivre ni faire vivre. Il est le produit dénaturé de la société humaine.

La science offre, et elle est la seule à pouvoir faire cela, la liberté existentielle à l'homme. Elle ouvre au questionnement. Elle ouvre nécessairement au questionnement sans limite. Elle présente l'homme telle une créature très particulière, douée de capacités de raisonnement exceptionnelles, de sensations subtiles et de sentiments profonds, et surtout capable d'évaluer le temps de son existence et celui des autres, des autres hommes. Elle présente l'homme telle une exception fragile. La science engage au respect de la vie, car elle pose l'homme comme singulier, bien seul, absolument mortel, devant faire l'effort immense de vivre avec la contradiction de se savoir à la fois mortel et amoureux de la vie, de se savoir si limité dans l'immensité du réel.

Les croyances et mythologies, très étonnantes pour les temps actuels avec la richesse des connaissances scientifiques, croyances dans des paradis ou des enfers extraordinaires, dans des conduites inspirées par des forces à distance, sont des archaïsmes qui conduiront, en fin de compte, nécessairement, la civilisation à sa mort. Avec ces croyances, les guerres de religions, les chocs de cultures, ces guerres qui durent depuis le début de l'histoire, n'ont aucune chance de cesser car elles refusent de voir le monde tel qu'il est. Le monde est complexe, organisationnellement complexe et la trajectoire ne peut probablement plus être infléchie. Les scientifiques apprennent en premier lieu, avant que de résoudre quantité de cas simples, que beaucoup des problèmes sont insolubles, définitivement. Mais ils savent très exactement pourquoi, et c'est la différence avec l'ignorance.

Le monde actuel est soumis à des règles sociales et culturelles venues du fond des âges et dépassées. L'enseignement scientifique est rare, ponctuel, dissout dans un bruit de fond technologique et idéologique envahissant et annihilateur. La société actuelle n'est pas scientifique, elle est strictement technologique, marchande, engagée dans une course sans fin à des productions sans véritables clients, au mépris des vrais besoins des populations. Les royaumes de droit divin sont légion, les classes politiques sont cyniques, furieuses et ce sont des castes. Les tueries et les meurtres sont la règle, indéfiniment et de manière dense. La vie sur la planète est de moins en moins facile.

On ne détruit l'intégrisme ni le fanatisme qu'avec des écoles où l'on y enseigne la science et l'esprit scientifique, la modération et l'humilité devant l'être et la complexité des choses. Il n'y a pas eu, il n'y a pas et il n'y aura pas dans un avenir proche de ces écoles partout, il n'y a pas et il n'y aura pas partout les scientifiques formés pour y enseigner. Tous les problèmes ne sont pas solubles, messieurs les politiques qui se disent responsables de l'état des choses du monde !

Alors, il reste une invraisemblable lutte frontale du bien, dénoté Bien, contre le mal, dénoté Mal, affectations symétriques d'ailleurs et indispensables l'une à l'autre. Réduction absolue et absolument non scientifique d'une situation profondément complexe. Et il reste enfin la guerre, la plaie récurrente de la civilisation humaine, civilisation qui n'a jamais connu un jour de paix sur la Terre depuis la dernière confrontation mondiale …

Une race humaine faible, dominée par des brutes et des imbéciles, et la chute dans la misère, l'horreur et l'irrationalité, continûment, avec opiniâtreté.

Chaque homme n'a qu'une vie, unique, exceptionnelle sans doute dans l'univers, une vie unique lui offrant la conscience d'être au monde parce qu'il est doté d'un cerveau lui permettant d'être conscient. Il peut aimer les siens et ses semblables, aimer les hommes, œuvrer pour le développement de la société, pour l'approfondissement de la connaissance, le développement de la culture. Mais, dès que naissant, il est immergé dans la société locale qui le fait être tel il devient. Et il commence à mourir, le sachant déjà, jouant sa vie en vivant.

Quel invraisemblable gâchis, sans doute.

Que valent donc, alors, des recherches sur l'intelligence et la conscience artificielles, auxquelles nous faisons allusion sur ce site, des recherches sur le statut et la compréhension ultime du fait que l'homme pense, se poste en situation de préhension des choses de son monde, comprend, ressent, évalue, connaît, imagine ? Et pourquoi montrer que ce fait d'être conscient des choses n'a rien de miraculeux ni d'inspiré, mais est tout simplement un fait connaissable, et même reproductible, artificiellement, sur des machines ?

Dans l'état actuel des choses, une telle recherche ne vise pas à remplacer le cerveau humain par une machine, contrairement à ce qu'en disent les détracteurs. C'est une croisade, une croisade ultime visant à poser l'homme tel il est, parmi les siens avec lesquels il partage la vie sur cette planète, fragile, faible, si souvent fou et dangereux, et donc devant se cultiver, continûment, avec raison, pour qu'il finisse par se connaître, par se comprendre, par s'apprécier et peut-être respecter ses semblables.

© Automates Intelligents 2001

 

Collection Automates Intelligents

Sciences de la complextié et vie politique -Tome I , Editions Automates Intelligents
- acheter nos ouvrages
-
proposer vos manuscrits



 

 

 

Qui sommes nous ? Partenaires Abonnement Nous Contacter

© Association Automates Intelligents