Automates
Intelligents s'enrichit du logiciel
Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront
alors définitions, synonymes et expressions constituées
de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi
d'accéder à la définition du mot dans une
autre langue.
Un
changement radical dans l'approche des sciences de la vie et des neurosciences
semble aujourd'hui se dessiner, qu'il s'agisse d'ailleurs de la biologie
proprement dite ou même aussi de la vie et de l'intelligence
artificielles.
C'est du moins ce qu'on peut se dire à la lecture de "Quantum
Evolution, The new science of life" - livre du docteur Johnjoe McFadden
("Reader" en biologie moléculaire à l'université
du Surrey, UK).
En effet, que voyons-nous tout au long de ses 315 pages -d'une lecture
particulièrement agréable- sinon s'amorcer ici une réconciliation
"historique" entre la mécanique quantique et la biologie ?
Jusqu'à présent, la mécanique quantique relevait
purement du domaine des physiciens et des cosmologistes. La biologie,
pour sa part, ne descendait pas sensiblement au-dessous de la molécule.
Il est vrai que le progrès des techniques commence à
imposer des rapprochements. C'est le cas avec les nanotechnologies
qui obligeront de plus en plus à manipuler la matière
atome par atome, sinon particule élémentaire par particule
élémentaire. Or les nanotechnologies trouvent des
applications immédiates en biologie, puisque les artefacts
envisagés interagiront avec les cellules et les organelles
des cellules, à des niveaux là encore où les
liaisons physiques et chimiques impliqueront les particules élémentaires.
On sait par ailleurs que l'ordinateur quantique cesse d'être
un mythe pour entrer dans le domaine du possible.
Les biologistes - comme d'ailleurs les informaticiens - s'intéressent
cependant encore peu à la mécanique quantique. Beaucoup
n'avaient pas vu l'évolution récente de cette discipline,
très bien décrite par l'article "Les racines quantiques
du monde classique" de Roland Omnès, paru récemment
dans le numéro spécial de Pour la Science consacré
aux nanotechnologies. Celui-ci montre pourquoi il est devenu possible
d' "unifier" le monde quantique et le monde classique (en attendant
la grande unification quantique).
La question était de savoir pourquoi l'état de superposition
d'une particule quantique, à la fois onde et particule, dont
en application du principe d'incertitude de Heisenberg il n'est
pas possible d'observer à la fois la position et le mouvement,
ne nous met pas en présence dans le monde réel ou
classique d'objet macroscopique à l'état superposé.
Je suis ici ou là et non ici et là. Le chat de Schrödinger
est vivant ou mort et non vivant et mort. Or, nous dit Roland Omnès,
les travaux récents sur la décohérence quantique
ont montré que la possibilité d'observer un état
de superposition (les franges d'interférences dans l'expérience
de Young crées par des photons isolés passant par
les 2 fentes à la fois) diminuait presque instantanément
lorsque les fonctions d'onde de multiples particules se superposaient,
comme c'est le cas dans un objet macroscopique. Nous ne voyons plus
alors que des corpuscules réduits à leur aspect particulaire.
Par ailleurs, d'autres travaux récents ont réconcilié
le déterminisme probabiliste quantique avec le déterminisme
classique en montrant notamment que ce dernier cache en fait des
erreurs minimes, non perceptibles par un observateur ordinaire,
provenant des fluctuations quantiques. La matière à
notre échelle est donc bien compatible avec les interprétations
de la mécanique quantique, aussi ésotériques
et incompréhensibles, selon le terme de Robert Feynman, que
puissent être ces dernières.
Mais, à lire le docteur McFadden, personne, sauf dans le
domaine des mutations adaptatives, n'a jusqu'à ce jour tiré
toutes les conséquences du fait de considérer que
les atomes composant les molécules de la chimie organique
sont des particules quantiques et peuvent être traitées
comme telles. Ces conséquences semblent immenses. Le livre
refait avec nous l'inventaire de toutes les grandes questions intéressant
l'évolution, questions restées le plus souvent sans
réponses convaincantes, en nous montrant que des solutions
faisant appel notamment à la réduction de la fonction
d'onde de particules à l'état superposé par
des "observateurs biologiques" constitués d'enzymes ou d'organelles
cellulaires permettaient de comprendre l'évolution, la construction
progressive des structures et fonctions vitales, depuis les premiers
réplicateurs biologiques jusqu'aux faits de conscience présents
dans le cerveau. De plus, sans faire appel au vitalisme, il est
possible de montrer, selon l'auteur, que l'évolution peut
dans une certaine mesure s'auto-diriger.
Nous ne sommes pas cependant là dans l'espèce de
fuite en avant quantique qui avaient permis à des biologistes
dualistes sinon spiritualistes comme Penrose ou Eccles de "sauver"
l'hypothèse de l'esprit. Nous sommes confrontés à
des problématiques que le progrès continu des nanotechnologies
et des instruments d'observation de la matière vivante au
niveau atomique devraient permettre de préciser d'ici peu.
Il ne faut pas se dissimuler que les physiciens présentent
de nombreuses objections à la thèse de McFadden, comme
le montre l'article de Matthew Donald du Cavendish Laboratory cité
en note. Mais il n'est pas exclu que les points de vue changent
très vite, notamment avec les progrès de l'ordinateur
quantique.
On sait que les interprétations de la mécanique
quantique ont donné lieu à diverses hypothèses
concernant l'univers en général. L'une des plus commode,
mais aussi la plus incroyable, est celle des univers multiples (multiverse).
Chaque fois qu'une particule se matérialise, elle ouvre un
embranchement vers un autre univers, où son double poursuit
sa vie indépendamment de ce que la première peut devenir
dans notre propre univers. A la fin de son article, Roland Omnès
rappelle que les progrès récents de la mécanique
quantique, dus notamment à la compréhension de la
décohérence, ne résolvent pas la grande question
: la mécanique quantique ne peut que décrire des possibles
probabilistes, alors que notre monde matérialisé ou
objectivé est unique. JohnJoe McFadden ne recule pas devant
cette question. Il nous convie à accepter l'idée que
l'univers (anthropique) dans lequel nous sommes ne fut sans doute
dû qu'à un coup de dés réussi (pour ce
qui nous concerne), parmi les milliards de milliards d'autres probabilités
de vie ayant ou n'ayant pas vu le jour dans des milliards d'autres
univers du multi-univers global. Ceci expliquerait en passant que
nous ne pourrions pas refaire la synthèse de la vie et que
nous serions très probablement uniques dans notre univers
(sauf dans l'hypothèse de la panspermie).
Mais l'agrément du livre est qu'il demeure près
de ses lecteurs, c'est-à-dire humain. Il nous incite à
penser que la nécessité, pour utiliser la mécanique
quantique, de faire appel à des interprétations aussi
exotiques que celle du multi-univers tient sans doute au fait que
notre cerveau, pour le moment du moins, n'est pas construit de façon
à comprendre un monde dont beaucoup de paramètres
lui échappent encore.
Dans un prochain numéro de notre revue, nous vous proposerons
une note plus détaillée de l'ouvrage "Quantum Evolution".