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19 Novembre 2002
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin

L'intelligence universelle

fourmi  © http://fourmiliere.belokan.free.fr/galerie/galerie7.htm Les paléontologues, sinon le grand public, n'ignorent pas Simon Conway Morris, distingué professeur de Paléobiologie Evolutionnaire à l'Université de Cambridge. Il s'est fait connaître dans les dernières années du 20e siècle par sa controverse avec Stephen Jay Gould, à propos de l'interprétation de la fameuse explosion Cambrienne.
Pour Gould, l'apparition brutale de toutes ces espèces bizarres, comme leur extinction aussi brutale, à l'exception de quelques lignées, signifie que les formes de vie actuelles, y compris l'espèce humaine et son intelligence, ont découlé d'une évolution tout à fait fortuite. "Remonter la bande magnétique du temps jusqu'aux origines, et laissez là tourner à nouveau. L'évolution aurait pu être toute différente. La vie n'évolue pas selon une direction définie. Elle ne poursuit aucune finalité préétablie". Ce point de vue est généralement considéré comme celui de l'athéisme en science. On peut en déduire que l'intelligence humaine, qui aurait pu ne pas apparaître, est sans doute un phénomène unique dans l'univers.

Simon Conway Morris, au contraire, dans divers articles couronnés par la publication de son livre The crucible creation. The Burgess shale and the rise of animals (Oxford University Press, 1999) affirme que l'évolution, aussi complexe et aléatoire qu'elle puisse apparaître, a obéi à des contraintes sous-jacentes faisant qu'à quelques nuances près, elle ne pouvait être différente de ce qu'elle a été. Certains ont vu là une thèse visant à réhabiliter le finalisme et donc une vision "religieuse" et droitière de l'évolution.
Nous ne connaissons pas assez les opinions philosophiques de Simon Conway Morris pour juger si celles-ci influencent ou pas ses hypothèses scientifiques. On peut penser que les deux point de vue, celui de Gould et celui de Conway Morris, ne diffèrent que par l'échelle de temps sur laquelle on mesure l'évolution. A très long terme, c'est sans doute le hasard et la nécessité qui décident des choix de la vie. A plus court terme, dans chacune des directions choisies, des contraintes fortes limitent les choix. Ainsi un végétal ne redeviendra jamais un animal. Sur des temps cosmiques enfin, la question de la présence ou de l'absence de règles sous-jacentes demeure non résolue.  Ainsi, dans notre univers, quel facteur est intervenu pour privilégier la matière au détriment de l'anti-matière ? En tous cas, la démonstration que fait Simon Conway Morris du caractère "universel" de la vie et même de l'intelligence peut faire réfléchir. Cette démonstration est illustréee par des exemples bien connus mais frappants de convergence. Le problème intéresse particulièrement les chercheurs en Intelligence Artificielle. Celle-ci constitue-t-elle la suite improbable d'une intelligence humaine elle-même improbable, ou vient-t-elle de beaucoup plus loin, de ces contraintes profondes d'où est née la vie, contraintes qui pourraient se retrouver partout dans le cosmos ?

Relance du débat : un article dans le NewScientist

Sous le titre : We were meant to be, article publié The NewScientist du 16 novembre 2002 que l'on pourrait traduire librement par "Nous étions obligés d'être ce que nous sommes", Simon Conway Morris veut relancer le débat. L'argument évoqué n'est pas original. C'est la convergence, propriété qu'ont des lignées différentes d'adopter par évolution des solutions semblables quand elles sont confrontées aux mêmes contraintes : ainsi l'œil ou l'aile se retrouvent sous des formes fonctionnellement voisines chez les insectes, les oiseaux et les mammifères (volants). Plus originale - encore que pas tout à fait neuve - est l'idée d'appliquer ce principe de convergence à l'intelligence, présentée comme une propriété générale s'imposant à de très nombreuses espèces arrivées à un certain stade de leur évolution. Or, si l'intelligence s'impose sur Terre de façon universelle ou presque (!), il n'y a pas de raisons de supposer que sur d'autres planètes, abritant de la vie, elle n'apparaisse pas aussi. Elle pourrait alors adopter une forme voisine de celle de l'homo sapiens, mais aussi ressembler aux autres sortes d'intelligence qui nous entourent et que nous n'avons pas su voir jusqu'à présent . D'où l'intérêt de "ratisser large" dans la recherche d'exobiologies intelligentes.

Pour Simon Conway Morris, c'est le besoin de coordonner les réponses de l'espèce aux sollicitations de l'environnement par le système nerveux des individus ou par l'organisation sociale des groupes qui sont les contraintes générales imposant, à un moment de l'évolution ou à un autre, le recours à l'intelligence. Là encore, le propos a souvent été tenu. Plus originales sont les voies que Simon Conway Morris propose d'ouvrir pour justifier cette hypothèse. Il nous dit par exemple que les insectes ont des cerveaux étonnamment complexes et miniaturisés. Les cerveaux des poulpes, des dauphins et des humains offrent d'énormes potentiels pour résoudre les problèmes de survie, mais ceux des insectes tout autant (ou presque). Les insectes construisent par ailleurs des organismes collectifs ou super-organismes qui pourraient peut-être se retrouver sous forme d'intelligence extra-terrestre sur d'autres planètes.

Simon Conway Morris envisage même que sur Terre les insectes pourraient un jour supplanter l'espèce humaine. Il suffirait que pour diverses raisons n'ayant rien d'improbables, ils viennent à grandir en taille jusqu'à atteindre celle des insectes gigantesques du carbonifère. Sur le continent américain, on s'inquiète actuellement de voir certaines espèces de fourmis rousses constituer d'immenses réseaux coordonnés, ayant perdu la propriété de s'attaquer d'un nid à l'autre comme le font leurs congénères moins nuisibles. Qu'arriverait-il si ces fourmis devenaient aussi grandes qu'un poulet ?

Quand l'intelligence évoluée émerge quelque part, sur Terre ou sur d'autres planètes, elle modifie de façon très semblable son environnement, et suit probablement un rythme de développement convergent, aboutissant soit à l'auto-destruction toujours possible, soit à des civilisations plus ou moins cosmiques. Mais, contrairement à ce que l'on pense parfois, l'évolution, sur Terre ou ailleurs, ne devrait pas offrir à l'émergence de la vie et plus encore à celle de l'intelligence une grande quantité de choix. La plupart des combinaisons théoriquement possibles entre composants pré-biotiques sont sans issues, nous affirme Simon Conway Morris. Ceci peut expliquer que les planètes habitées par des êtres intelligents soient rares et espacées dans le cosmos. Rien pourtant n'interdirait de penser que, la convergence aidant une nouvelle fois, les isolats intelligents épars dans le cosmos ne puissent un jour communiquer par des hyper-espaces qu'ils auraient découverts simultanément dans le substrat du monde physique, un peu analogues aux " trous de ver " dont parlent les cosmologistes.

Perspectives pour l'étude de l'intelligence terrestre

Pour ce qui nous concerne, restons les pieds sur terre pour tirer de ces propos deux conclusions déjà très excitantes en tant que telles.
La première est qu'il faut étudier sans idées préconçues les organisations biologiques différentes des nôtres : bactéries, végétaux, insectes et mammifères divers et variés. Nous y découvririons peut-être alors des formes d'intelligence tout à fait ignorées aujourd'hui, qui nous apprendraient beaucoup sur le "mystère" de la vie et de l'évolution, sur leur apparente orientation ou prédestination. Rappelons à ce propos, sans y insister, les hypothèses faites par JohnJoe Mac Fadden dans "Quantum Evolution, the new Science of Life", ouvrage remarquable que nous avons présenté il y a quelques mois (http://www.automatesintelligents.com/interviews/2002/mai/mcfadden.html).

On peut penser alors que la définition donnée par Simon Conway Morris de l'intelligence est sans doute trop large. A ce titre, seraient intelligents tous les systèmes un tant soit peu organisés. Peut-être faudrait-il définir l'intelligence autrement, par exemple au regard de la capacité à survivre dans l'environnement et éliminer les rivaux. Sous cet angle, les hommes, les insectes et les virus présenteraient des formes d'intelligence différentes, mais aussi efficaces. C'est d'ailleurs comme virus particulièrement intelligent que le virus du sida est décrit dans les travaux de ceux qui cherchent un vaccin contre lui. Beaucoup d'hommes, considérés selon les mêmes critères, ne font pas toujours preuve d'intelligence. Ceux qui refusent de changer et de s'adapter, sous le prétexte qu'ils doivent continuer à agir comme le faisaient leurs pères et grands-pères, deviennent des candidats pour une disparition programmée.

- La deuxième conclusion est que si l'intelligence résulte de processus convergents, l'intelligence artificielle des robots évolutionnaires pourrait peut-être nous en apprendre beaucoup plus que nous ne le croyons, non seulement sur la vie, mais sur l'intelligence et la conscience considérées comme des propriétés universelles du cosmos. Mais pour cela, il faudrait que les humains renoncent à tenter de construire des robots à leur image. La tendance actuelle consistant à laisser les robots s'auto-complexifier eux-mêmes afin de résoudre, avec des solutions à eux, le besoin de se coordonner en réponse aux sollicitations de l'environnement, offre des perspectives beaucoup plus fructueuses. Nous aurions alors une autre forme d'intelligence, peut-être différente de toutes celles déjà apparues sur terre, qu'il s'agisse de celle des fourmis ou de celle de l'homme, qui nous ouvrirait des fenêtres inattendues sur l'intelligence dans le cosmos.

Pour en savoir plus
Simon Conway Morris Simon Conway Morris. Home page :
http://www.esc.cam.ac.uk/cgi-bin/data-scripts/staff-detail?user=sc113
;
Voir aussi Simon Conway Morris : http://www.peripatus.gen.nz/Books/SimConMor.html
Simon Conway Morris. The crucible creation. The Burgess shale and the rise of animals. Oxford University Press, 1999
http://www.oup.co.uk/isbn/0-19-286202-2
;
Voir aussi, concernant ce livre : http://www.joh.cam.ac.uk/Publications/Eagle99/Eagle99-Book5.html
Article : Conway versus Gould http://pub16.ezboard.com/frealismfreeforall.showMessage?topicID=355.topic
Simon Conway Morris prépare un nouveau livre, pour 2003: Life's solution, inevitable humans in a lonely univers, Oxford UP

© Automates Intelligents 2002

 

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