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La guerre mondiale du cerveau. Riposte américaine
Human Brain Project, un grand projet européen sur le cerveau humain
Relancer la coopération scientifique entre la France et l'Afrique

8 Mai 2002
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin

Biologie et conscience

Le colloque Biologie et Conscience organisé du 25 au 27 avril à Paris par l'Académie européenne interdisciplinaire des sciences visait à faire le point des connaissances dans les domaines des neurosciences, de la neuropsychiatrie et de la cognition. Les organisateurs nous avaient demandé de proposer des orateurs dans le domaine voisin de la conscience artificielle.

Le public était composé d'une majorité de médecins neurologues ou psychiatres. Mais les autres disciplines des sciences cognitives et humaines étaient représentées, ainsi que la philosophie et l'informatique.

Bref compte-rendu

La première journée a été consacrée à l'analyse du fonctionnement du cerveau en général, du cerveau conscient en particulier et finalement de la mémoire, analyse permise par les progrès continus de l'imagerie cérébrale et des examens cliniques. Ceci dit, nous n'avons rien entendu de neuf, nous a-t-il semblé, sauf quelques précisions de détail sur les aires cérébrales et leurs interactions, au regard de ce qu'apporte désormais la littérature disponible pour le grand public, émanant de Gerald Edelman, Antonio Damasio et Jean-Pierre Changeux. Certains d'entre nous attendaient du Pr. Edelman, président d'honneur du Colloque, une actualisation de son livre "Comment la matière devient conscience", suite à d'éventuels travaux récents de son équipe de San Diego. Mais cela n'a pas été le cas. Gérald Edelman s'est principalement énervé (avec beaucoup de courtoise cependant) sur les défaillances bien françaises du rétro-projecteur.

La seconde matinée (2e session) a porté sur les pathologies de la conscience et les traitements actuellement envisagés. L'intérêt en était essentiellement médical, mais la largeur de vue des orateurs a permis aux non-médecins d'approfondir leurs connaissances relatives au cerveau.

La quatrième session a été dédiée aux états de conscience et d'inconscience analysés dans l'activité onirique et par le freudisme. Ceux qui connaissaient les travaux de Michel Jouvet et des psychanalystes y ont retrouvé ce qu'ils savaient déjà, sans apports inédits.

La quatrième session est revenue sur les thèses neuropsychologiques et philosophiques de la conscience, avec notamment l'exposé très intéressant de Joëlle Proust développant la distinction devenue classique de Ned Block entre conscience phénoménale et conscience d'accès. Bernard Baars, chercheur bien connu comme "inventeur" de l'espace de travail global, en a dit quelques mots, mais là encore sans actualiser ce que nous savions de cette thèse, notamment au regard des critiques à elle apportées dans divers articles. On a regretté l'absence de Jean-Pierre Changeux, dont les travaux conjoints avec Stanislas Dehaene ont approfondi ce thème (travaux clairement exposés dans l'ouvrage "L'homme de vérité") .

La cinquième et dernière session enfin a changé radicalement d'optique. Elle a été dominée par l'exposé d'Alain Cardon, dont nous donnons les minutes dans ce même numéro. Cet exposé a paru intéresser profondément l'auditoire, tout en le surprenant également profondément. Ceux qui avaient quelques notions de l'intelligence artificielle en étaient apparemment restés aux définitions traditionnelles de celle-ci, programmée entièrement en développement d'un cahier des charges fournis par le concepteur. L'intelligence artificielle adaptative, surtout dans la perspective des réseaux massifs d'agents proposés par Alain Cardon, a paru faire le même effet sur l'assistance qu'un lion en liberté sur les pelouses de Hyde Park, pour reprendre une image d'André Maurois.

Quelques conclusions

Ceux qui espéraient des aperçus réellement nouveaux sur la conscience, et notamment sur ce phénomène auquel tout le monde pense quand il s'agit de conscience, l'apparent libre-arbitre du sujet conscient, sont restés sur leur faim. Aucune théorie originale n'a été présentée. Les approches retenues étaient essentiellement macroscopiques et descriptives. Parler d'espace de travail conscient, comme l'a fait Bernard Baars, représente sans doute un progrès par rapport à l'idée que nos grands-pères se faisaient de la conscience. Mais aujourd'hui, cela ressemble un peu à la fameuse vertu dormitive de l'opium, et ne renseigne guère sur ce qui se passe au sein des neurones dans cet espace de travail. L'espace conscient, dans cette optique, se présente essentiellement comme un câblage entre neurones processeurs parallèles assuré par des neurones de connexion, sans que par exemple l'information exacte transmise par ces neurones de connexion soit précisée.  

Pourtant, parcourir les numéros récents des revues internationales consacrées à la conscience montre que les expériences et les hypothèses parfois audacieuses ne manquent pas. En nous en tenant à notre revue, nous avons relaté des perspectives (il est vrai encore très hypothétiques) que nul des participants au Colloque ne semblait connaître : le rôle des champs électromagnétiques résultant de l'activité électrique des neurones dans le "binding" générant des faits de conscience (Walter J. Freeman, Johnjoe McFadden), ou la décohérence quantique à la source de la modification éventuelle d'état des neurones (McFadden). Sur le "binding" entre neurones processeurs fonctionnant en parallèle,  générateur de la conscience et du "libre-arbitre", la théorie du champ électromagnétique conscient (cemi-field) a été développée par  J.Mac Fadden et, avec un article distinct, par Susan Pockett, dans le dernier numéro de avril 2002 du Journal of conciousness http://www.imprint.co.uk/jcs_9_4.html. Il aurait été normal que quelqu'un y fasse au moins allusion*.

Mais plus grave à notre avis était l'ignorance des travaux de la robotique** et de l'intelligence artificielle évolutionnaires, entraînant celle de l'intérêt que de tels travaux pourraient avoir pour faire progresser conjointement la neurologie et l'intelligence artificielle. Il y a encore manifestement beaucoup à faire pour qu'un point de vue véritablement interdisciplinaire s'instaure entre les chercheurs, du moins en France.

Ceci n'est pas encourageant pour l'avenir, non seulement pour les neurosciences mais pour l'intelligence artificielle. Le développement d'un projet de conscience artificielle tel que celui d'Alain Cardon supposerait en effet la participation de médecins, psychologues et biologistes qui devraient y trouver des perspectives intéressantes pour les progrès de leurs propres disciplines - à condition d'élargir un peu leurs points de vue.

NB : Notre article Le libre-arbitre expliqué? revient sur ces divers problèmes.


*Pour la petite histoire, J.P. Baquiast a posé la question. Il lui a été répondu que les champs magnétiques n'avaient d'intérêt que pour la magnéto-encéphalographie.

Le robot Darwin IV**La seule allusion au sujet - et encore de très loin - a été la présentation en fin de colloque par Gerarld Edelman d'un petit film relatif au robot Darwin IV.


© Automates Intelligents 2002

 

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