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La guerre mondiale du cerveau. Riposte américaine
Human Brain Project, un grand projet européen sur le cerveau humain
Relancer la coopération scientifique entre la France et l'Afrique

09 Octobre 2002
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin

Faut-il avoir peur de la science : le cas du clonage et des OGM,
ou bravo Arte!

Il faut féliciter Arte d'avoir eu le courage d'aller à l'encontre des préjugés (supposés) de son auditorat franco-allemand contre le clonage et les OGM., dans son dossier du mardi 9 octobre à 21h consacré à la science.

Nous y avons enfin entendu dire clairement ce que dans nos deux pays, la France et l'Allemagne, aucun gouvernement n'avait eu jusqu'ici osé affirmer : la science en général, les recherches génétiques en particulier, sont porteuses d'immenses espoirs. Ce sont non seulement les pays riches qui en profiteront, mais surtout les pays émergents, tels que d'abord la Chine et l'Inde, confrontées à des problèmes de développement quasiment insurmontables autrement. Il est donc irresponsable - nous dirions presque criminel - de dresser l'opinion contre les scientifiques qui travaillent dans ces domaines, et de détruire les résultats d'années de travaux, pour se bâtir une réputation de défenseurs d'innocentes populations manipulées par les transnationales. Tous les grands pays du monde investissent dans de telles recherches. Seule l'Europe (et plus particulièrement la France, car l'Allemagne elle-même semble ne pas souffrir de la démagogie populiste d'un José Bové) prennent un retard qui risque de devenir irrattrapable.

Rappelons d'abord l'argumentaire de bon sens développé par les scientifiques interrogés. Nous envisagerons ensuite quelques-unes des conclusions qui devraient selon nous en être tirées par les politiques.

Le clonage

On peut mettre de côté pour le moment la question du clonage reproductif humain, qui relève du fantasme de riche paranoïaque (je prends le noyau d'une de mes cellules et je l'implante dans un ovocyte confié à une mère porteuse, dans l'espoir d'obtenir un enfant doté de mon ADN). Le procédé est trop aléatoire pour mériter d'être autorisé, compte tenu du fait que des enfants anormaux en résulteraient très certainement, dont personne, sauf les organismes sociaux, n'assurerait la prise en charge leur vie durant. En revanche, le clonage reproductif animal mérite d'être étudié. Appliqué aux animaux d'élevage, il n'a sans doute encore qu'un intérêt limité, car il entraîne inévitablement un appauvrissement de la diversité génétique. Mais son étude systématique, étendue à l'ensemble des espèces animales, permettra de mieux comprendre les mécanismes reproductifs.

Tout différent, on le sait, est le cas du clonage thérapeutique, humain ou animal, par lequel on cherche à obtenir des tissus ou des pré-embryons porteurs de caractéristiques génétiques susceptibles de remédier à des dysfonctionnements et maladies génétiques ou dégénératives. Ce type de clonage rejoint la problématique des cellules souches, cellules embryonnaires ou cellules du corps adulte, totipotentes (capables de reconstituer l'organisme entier), pluripotentes (capable de donner des cellules de n'importe quel tissu) ou multipotentes (adaptées à des tissus spécialisés).

Les applications thérapeutiques futures concernent en priorité la régénération d'organes, y compris du tissu nerveux, que l'on croyait jusqu'ici incapable de créer de nouveaux neurones ou cellules gliales. Mais les cellules souches, convenablement manipulées génétiquement, pourront aussi produire in vitro ou in vivo différentes molécules dont l'absence provoque des pathogénies. Dans le cas des greffes, il est intéressant de disposer de cellules provenant du donneur, ce qui réduit les risques de rejet.

Compte-tenu de ces divers avantages, l'interdiction du clonage thérapeutique humain prise par certains gouvernements, notamment le président des Etats-Unis, les moratoires imposés en Europe, ne se justifient que par le souci de ménager des milieux politiques conservateurs jugés influents électoralement. Cette préoccupation ne devrait pas guider les gouvernements européens. Comme l'a fait remarquer le présentateur d'Arte, l'hypocrisie est grande quand on interdit la production de telles cellules mais que l'on autorise leur importation en provenance de pays plus libéraux.

Comme l'a noté un des intervenants, on peut souligner à ce propos que l'appel aux cellules d'un patient pour soigner la pathologie de ce même patient, plutôt que la recherche coûteuse et parfois dangereuse de produits pharmaceutiques ou de prothèses, est intéressant sur le plan scientifique. C'est la logique du corps qui se soigne par lui-même ou, plutôt, qui rétablit son équilibre, son homéostasie. On rejoint là une des perspectives d'applications des travaux du Pr. Chauvet, souvent évoqués dans notre revue.

Les OGM

Le terme d'OGM - organisme génétiquement modifié - a été tellement diabolisé qu'il vaudrait mieux en revenir au concept de génie génétique. Ceci étant, le dossier d'Arte a bien mis en évidence, de façon espérons-le convaincante, le caractère pratiquement imaginaire des dangers apportés par ces recherches, au regard des avantages immenses - répétons le mot, car il ne nous paraît pas excessif - qu'elles seront susceptibles d'apporter à l'humanité.
La transgenèse, c'est-à-dire le transfert de gènes d'une espèce à l'autre, ou l'apparition par mutation de gènes nouveaux, a toujours été le fondement même de la biodiversité et de l'adaptation, depuis les lointaines origines des bactéries primitives. Le scientifique qui y procède, dès lors qu'il agit dans le cadre de protocoles garantissant le sérieux de ses recherches et la prévention d'éventuelles retombées nuisibles, doit être encouragé. On fait valoir le risque, certain, que des terroristes se saisissent de ces méthodes pour produire des armes bactériologiques. Mais si la recherche en génie génétique devait s'arrêter au prétexte de la menace terroriste, ces derniers auraient atteint leur but bien plus sûrement qu'en développant de telles armes. La lutte contre le terrorisme doit se faire autrement qu'en paralysant la recherche.

L'émission a bien montré les divers avantages des OGM. C'est d'abord le cas en matière thérapeutique : produire à peu de frais des molécules pharmaceutiques utiles notamment dans l'attaque des pathologies dévastant les pays pauvres, ou même des vaccins comme on espère pouvoir le faire dans le cas de la malaria (rappelons à ce sujet les espoirs suscités par l'annonce récente du décryptage du génome de l'anophèle et du protozoaire provoquant cette maladie). Dans le même ordre d'idées, il faut signaler la perspective très féconde des xéno-greffes intéressant l'homme. Ainsi des porcs dont les gènes provoquant le rejet par l'homme auraient été détruits (technique du knock out) pourraient fournir de nombreux organes dont l'absence provoque actuellement de nombreux décès.

Couverture du livre : La guerre alimentaire a commencé, de Dominique Bodin-Rodier L'autre très grand domaine d'avantages des OGM concerne les végétaux : production de souches résistantes à certains parasites et surtout, production de souches susceptibles de s'adapter aux conditions agricoles extrêmes des pays du Sud. Un intervenant à fait justement remarquer que si les Européens, qui croulent sous les surplus, peuvent ne pas s'intéresser à ces perspectives, ce n'est pas le cas de tous les autres pays du monde, menacées par des pénuries alimentaires dramatiques, d'autant plus que leur démographie, même contenue, continuera à croître dans les 50 prochaines années. Les cas de la Chine et de l'Inde ont été évoqués. E.O.Wilson, dans son dernier ouvrage, The future of Life (cf notre rubrique biblionet) avait mentionné les inquiétudes que lui inspirait les risques de famine en Chine. Si des OGM peuvent résoudre ces difficultés et permettre à la Chine de demeurer pacifiquement dans ses frontières, les recherches génétiques vaudraient bien de courir quelques risques au regard d'éventuels détournements par des terroristes.

Les OGM végétaux ne seront pas seulement intéressants du point de vue alimentaire, mais également comme substituts du pétrole-carburant et de ses dérivés, notamment les fibres polymères dont l'industrie fera de plus en plus usage. Alors que les ressources en pétrole diminueront et feront l'enjeu de luttes accrues, la perspective d'obtenir des produits végétaux de remplacement ne venant pas directement en concurrence avec des productions vivrières, ne peut qu'être encouragée.

Conclusions politiques

L'émission a bien montré que l'Europe, notamment la France, prenait un retard préoccupant dans ces différentes directions, retard dont les gouvernements semblaient, par ignorance ou par peur d'une opinion mal informée, ne pas s'inquiéter. La question cependant de l'origine des recherches a été évoquée dans le débat final. Les organismes capables d'investir dans de telles recherches proviennent soit du secteur public (par exemple en France l'INRA ou le CIRAD), soit de grandes entreprises multinationales servant en général de back-up à des start-up émergentes. Si les Etats, comme le fait actuellement la France, diminuent leurs crédits de recherches aux organismes publics, seuls resteront en piste les laboratoires privés. On en pourra leur reprocher alors de rechercher avant tout leur propre profit, au détriment d'intérêts généraux, humanites, plus lointains.

Les Etats-Unis conjuguent en fait les deux sources, puisque d'importants domaines de recherche fondamentale ou de R&D sont pris en charge par les agences fédérales, pour des raisons stratégiques et de défense. L'Europe devrait faire de même, en insistant sur les retombées pacifiques des recherches. On verrait bien alors le secteur public s'orienter préférentiellement vers la fourniture de produits et solutions intéressant les pays pauvres, ce qui renforcerait l'influence de notre continent dans ces pays et nous dégagerait de l'orbite écrasante des Etats-Unis. Ce serait une façon intelligente d'utiliser l'argent du contribuable, pour des sommes qui globalement, resteront fort modestes.

Par contre il faudrait que les gouvernements et les scientifiques européens mènent enfin, main dans la main, comme d'ailleurs l'émission l'a souligné, l'effort pédagogique et de formation montrant aux citoyens que les voies de recherche ainsi choisies sont les bonnes et que tous ceux qui voudront s'intéresser à la discussion publique des avantages et des éventuels inconvénients pourront le faire de façon transparente.

Post-script au 25/10/02. Dans un courrier au Monde, supplément Télévision du 21 octobre, le professeur Testart sous le titre Les manipulations d'Arte, s'en prend avec une violence incroyable à Arte, son journaliste, ses intervenants. Il les accuse quasiment d'être achetés par les multinationales du secteur, dont précisément l'émission voulait se démarquer, en mettant en exergue les organismes publics de recherche. On ne connaissait pas ce cher professeur pour sa mesure et son ouverture à d'autres vues que les siennes, mais là... Quant au rapport du Conseil Economique et Social sur le sujet, nous ne manquerons pas d'en parler dès qu'il sera consultable en ligne sur Internet.

Pour en savoir plus
Livre "La guerre alimentaire a commencé", Dominique Bodin-Rodier, éditions Albin Michel, 2002
Infosciences. Dossier sur les cellules-souches : http://www.infoscience.fr/dossier/souches/souches_som.html .
Voir aussi notre actualité du 4/08/2001 : Nouveaux progrès dans la connaissance du rôle thérapeutique des cellules-souches

© Automates Intelligents 2002

 

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