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11 Septembre 2002
Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin
Profil politico-sociologique
des technologies
Point n'est besoin
d'être marxiste pour être convaincu que les technologies, comme
les sciences qui leur servent de fondation, ne prennent de sens que rapprochées
de l'arrière-plan politique et sociologique des groupes humains qui les
mettent en oeuvre. Cela leur confère des profils à chaque fois
bien différents, auxquels il est indispensable de réfléchir.
On peut illustrer cette
quasi-banalité par des exemples récents. Le premier concerne
deux projets exposés dans la revue Sciences et Avenir de septembre
2002. L'un est intitulé: La maison du bonheur et décrit une
expérience d'habitat hyper-numérisé, dans un local doté
de toutes les technologies "intelligentes". Des cobayes y vivent une expérience
de câblage et d'interactivité ininterrompue. Il s'agit du Phénom
(Perceptive Home Environment) à l'essai actuellement en Hollande.
Le deuxième projet
décrit par Sciences et Avenir concerne un projet de maison proactive
intitulé House_n, The MIT House
of the Future, développé au sein du MediaLab du MIT par l'architecte
et concepteur "révolutionnaire" Kent Larson. Ce projet vise à
assurer un télémonitoring permanent de personnes en bonne santé
(les Healthy People) par un groupe de conseillers médicaux distants
(les Healthy Advisors). Les seconds, supposés en bonne santé,
si on en croit leur appellation, ont pour mission de faire en sorte que les
premiers le restent le plus longtemps possible. Ils surveillent à cette
fin, grâce à différentes techniques de télé-diagnostic,
télé-documentation médicale et le cas échéant
télé-médecine, les différents paramètres
vitaux des gens en bonne santé. ils les conseillent à
la demande en temps quasi-réel. Le concept n'a rien d'idiot. On pourrait
même concevoir qu'il se généralise, soit au profit de
patients faisant l'objet d'un télé-suivi, soit même pour
la consultation et le diagnostic. Des stations déportées de
diagnostic et de soins permettraient ainsi, avant toute relation impliquant
le contact direct entre patient et soignant, de démultiplier, notamment
au profit d'une population géographiquement dispersée, les conseils
et consultations. Plus généralement, ce concept va bien dans
le sens actuel, où les malades, comme les gens craignant de le devenir,
participent eux-mêmes de plus en plus activement à leur suivi
et à leur traitement.
Un
exemple tout différent de développement technologique
très prometteur est celui dont la presse (Voir notamment
Le Monde du 04/09/02 p. 25) n'a pas manqué à juste
titre de saluer l'audace et l'intérêt. Il concerne
l'érection (ce sera vraiment le cas de le dire) à
Buronga, dans le désert Australien, d'une Tour
solaire de 1.000 mètres de haut. Le consortium
australien EnviroMission est en charge du projet, dont le designer
et le maître d'oeuvre industriel est Schlaich Bergermann and
Partner (SBP), groupe allemand spécialiste de grands travaux
de ce type. Le projet, qui a fait l'objet d'études techniques
et économiques très poussées, sera le chef
d'oeuvre de ce début de siècle en matière d'énergies
renouvelables, s'il arrive à terme. Les liens que nous vous
proposons ci-dessous permettent de s'en rendre compte. Disons seulement
que l'on rejoint là, à une échelle encore modeste,
les grands projets de l'avenir, tel l'ascenseur spatial, évoqués
notamment par Hans Moravec dans son livre Robot, dont nous vous
avions fait la recension dans notre dernier numéro. Pour
la petite histoire, afin de montrer que les écologistes ne
sont jamais contents (mais peut-être ont-ils parfois raison
de ne pas l'être), il paraîtrait que certains Verts
australiens, au lieu se de réjouir de voir économiser
des énergies fossiles polluantes, commencent à se
plaindre du réchauffement de la haute atmosphère produite
par l'éviction de l'air chaud au sommet de la tour. On a
peine à penser pourtant que les bilans énergétiques
soient comparables.
La
morale de l'histoire
Quoi qu'il en soit, revenons
à notre propos. Ces divers projets sont tous intéressants. Ils
mettent en oeuvre des technologies et des industriels très avancés.
Ils entraînent un progrès incontestable des sciences appliquées
et fondamentales. On ne peut donc que souhaiter les voir réussir
et faire des émules partout dans le monde.
La seule chose qui les
distingue est leur profil économique et politique. Dans l'état
actuel des choses, les deux maisons du futur décrites ici visent une
clientèle sursaturée de protection et de facilités, qui
loin de penser à en faire profiter les autres, cherche à s'entourer
d'un cocon protecteur encore renforcé. Sans doute rêvent-ils
de créer un super-organisme constitué de maisons analogues en
réseau, vivant loin du bruit et des fureurs du monde sous-développé.
S'il s'agissait d'émigrer dans un satellite ou une planète extérieure,
pourquoi pas. mais sur Terre, il y a sans doute mieux à faire de telles
technologies.
La Tour solaire au contraire,
même si elle n'est pas promue par des philanthropes, s'inscrit dans
la recherche indispensable de nouvelles technologies capables de soutenir
le développement des pays riches, comme aussi pourquoi pas, des pays
pauvres, sans aggraver encore - ou en aggravant moins - le poids prélevé
sur l'environnement. Elle est donc d'un tout autre avenir, et bien plus digne
que les deux maisons précédentes d'encourager nos rêves.
Nous conclurons alors,
comme nous le faisons souvent ici: "Pourquoi ne pas faire de même en
France, dans un coin, sinon dans plusieurs coins, du désert Français?
Pourquoi M. Raffarin ne nous excite-t-il pas l'imaginaire sur de telles perspectives?
La France d'en bas pourrait alors se regarder de haut, et s'émerveiller
de son génie". Une suggestion de plus pour faire plaisir aux Verts:
on pourrait garnir la périphérie de la tour solaire par une
armada d'aérogénérateurs (dits aussi éoliennes).
Quand l'ensoleillement diminue, c'est en général que le vent
prend le relais. Le site ne serait donc jamais en arrêt technique.