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La guerre mondiale du cerveau. Riposte américaine
Human Brain Project, un grand projet européen sur le cerveau humain
Relancer la coopération scientifique entre la France et l'Afrique

9 décembre 2003
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin

L'indispensable relance des sciences et des techniques européennes

Pourvue d'une monnaie, de nouvelles frontières, d'une ébauche de politique extérieure, d'un embryon de défense commune, et bientôt d'une constitution, l'Union européenne, cinquante ans après sa naissance, est en train de se doter des principales institutions sur lesquelles pourrait se fonder une souveraineté politique.

Mais dans le même temps les Européens renoncent à engager les programmes de recherche scientifique et de développement technologique qui sont dorénavant les clefs de la souveraineté, celle qui façonne le monde et qui changera radicalement son avenir.

La plupart des scientifiques, de toutes disciplines, le constatent chaque jour avec un découragement croissant. Ils voient s'en aller vers les Etats-Unis, le Japon et bientôt les autres pays asiatiques, le meilleur des jeunes chercheurs formés non sans mal dans nos universités. Il en est de même des industriels, ceux du moins qui cherchent encore à maintenir en Europe des centres de décision et des laboratoires de recherche avancée.

Les acquis incontestables des anciennes politiques industrielles et scientifiques font encore illusion. On se félicite, à juste titre, de l'Airbus, du TGV, de certaines compétences dans les sciences de la vie et dans la recherche médicale, de certains grands équipements comme ceux du CERN ou des observatoires célestes.

Mais ceci aveugle l'opinion, qui ne perçoit pas qu'aujourd'hui la guerre se livre sur d'autres terrains, terrains où nos concurrents ont décidé de se donner une maîtrise absolue. Celle-ci par définition exclue la coopération sur un pied d'égalité avec d'autres. Ces terrains sont ceux des sciences que la National Science Foundation américaine a nommé en 2002, dans un rapport devenu un véritable acte de foi en l'avenir, les sciences "émergentes et convergentes". Le terme de sciences émergentes se comprend de lui-même, sauf à préciser qu'aux Etats-Unis elles ont émergé depuis au moins 15 ans. Celui de sciences convergentes traduit un phénomène nouveau : elles se fécondent les unes les autres dans un enrichissement de type exponentiel.

De quoi s'agit-il plus précisément ? D'abord des super-calculateurs et des super-réseaux intelligents qui sont les outils de base, non seulement de toutes recherches, mais aussi de la guerre de l'information (information war) laquelle pompe sans vergogne au profit de la puissance dominante les ressources scientifiques, industrielles et culturelles du reste du monde. Viennent ensuite les biotechnologies, sources de pratiquement toutes les recherches en matière de santé humaine et pour l'exploitation-conservation des milieux naturels. Les nanotechnologies, qui coopèrent très étroitement avec les biotechnologies, commencent pour leur part à développer l'ingénierie des molécules et bientôt des atomes, en ouvrant à la pratique industrielle le vaste champ du quantique (que l'on pense à l'ordinateur quantique). La robotique évolutive, dite aussi des machines pensantes, s'attache pour sa part à réaliser des entités artificielles qui seront des auxiliaires ou même des précurseurs de l'homme, dans tous les domaines où les moyens physiques et les capacités de réaction intellectuelle de celui-ci trouvent leur limite, comme en ce qui concerne l'exploration planétaire Enfin, les sciences de la connaissance et de l'apprentissage étudient la façon de valoriser le cerveau humain associé aux réseaux, notamment sur les plans de l'invention individuelle et collective. Elles travaillent évidemment très étroitement avec les neurosciences.

En support des recherches nécessaires à ces sciences, les Etats-Unis ont préparé un programme à 20 ans de grands équipements (utilities) qui fourniront les ressources au calcul et à l'expérimentation, ainsi qu'à la mise en réseau des connaissances, dans la perspective de la convergence. On en trouve la liste dans le rapport au Président remis par le secrétaire au Commerce fin 2003. (voir http://www.science.doe.gov/Sub/Facilities_for_future/20-Year-Outlook-screen.pdf).

Dans la plupart des cas, il s'agit de sciences et technologies duales, c'est-à-dire utilisables tant au plan civil que militaire. Encore ne mentionne-t-on là que ce qui fait l'objet d'une large communication, notamment sur Internet. Mais parallèlement des programmes sous contrôle du Pentagone, couverts par le secret (classified), visent à réaliser les systèmes d'armes du futur. On soupçonne actuellement l'existence d'un tel programme dans le domaine des assembleurs moléculaires, capables de générer des entités physiques nanométriques dotées d'une forme de vie proche de celle des virus, et bien plus agressives potentiellement.

Dans toutes ces recherches, le travail des scientifiques est étroitement associé avec celui des industriels qui se chargent de réaliser et mettre sur le marché, dans des délais courts, des produits et savoir-faire disposant de plusieurs années d'avance. On n'en fera pas la liste ici. Toutes les industries et tous les services sont pratiquement concernés.

Ce qu'il faut retenir, c'est que ces développements sont toujours peu productifs de bénéfices à court terme. Ce ne seront donc pas, quoi qu'en disent les chantres du libéralisme et du profit les entreprises qui feront l'essentiel des investissements. Ceux-ci ne sont réalisés que dans le cadre d'une volonté de puissance géopolitique, militaire mais aussi et très largement civile, impulsée et financée par l'Etat. Il faut donc faire appel aux financements publics visant le long et parfois le très long terme, sans perspective de retour direct immédiat. Mais la position des Etats-Unis confrontés au reste du monde s'en trouve constamment renforcée, ce qui leur permet notamment de continuer à drainer la matière grise et les valeurs ajoutées produites sur les autres continents.

L'Europe se rend-elle compte de tout ceci ? A-t-elle un horizon ou tout simplement offre-t-elle une perspective collective dans ces domaines?
Elle semble souffrir de deux handicaps majeurs :
  le premier est le manque de compétence scientifique des personnels politiques et des décideurs économiques, qui se répercute sur les citoyens et notamment les contribuables. On ne connaît généralement même pas ce que signifient les sciences et technologies émergentes auxquelles nous venons de faire allusion. Quand certains en ont une vague intuition, ils en n'en parlent que sous l'angle des dangers possible, exaspérant le désormais inévitable principe de précaution qui sert principalement d'excuse pour ne pas se remettre en cause. Les nouveaux entrants dans l'Europe des 25 sont paradoxalement mieux informés des enjeux. Mais comme nos laboratoires et industries de l'ouest européen ne leur offrent pas de perspectives, ils se tournent vers l'Outre-Atlantique.
le second handicap est d'un autre ordre mais sans doute plus grave : les décideurs et opinions européennes n'ont pas encore compris qu'il leur fallait, certes sans "entrer en guerre" avec les Etats-Unis, remettre en cause la relation de subordination qui a fondé pendant 50 ans l'Atlantisme. Face à l'ex-URSS, le parapluie américain a été effectivement indispensable. Mais le monde est devenu très différent. De nouveaux dangers sont apparus, résultant notamment de la dégradation des environnements et de l'accroissement des inégalités, dont le terrorisme n'est qu'un sous-produit. Parallèlement, de nouvelles alliances peuvent être explorées, avec la Russie et les pays asiatiques en particulier. Or les Etats-Unis, s'enfermant dans l'absolutisme de l'hyper-puissance, sont en train de se couper de ce monde en devenir. Si les européens renoncent à gérer de façon autonome les risques et les opportunités, laissant les Etats-Unis définir seuls les valeurs de ce que l'on peut encore appeler l'Occident, ils n'existeront plus aux yeux du reste du monde. Bien pire, devenus le ventre mou de l'Atlantisme, ils seront les premiers à subir les réactions aux abus de position dominante de celui-ci.

Pourtant, aucune décadence n'est irréversible, si elle est soignée à temps. Dans le domaine des sciences, des techniques et de l'industrie, l'Europe peut encore sortir de la dépendance atlantique, pour s'affirmer comme puissance autonome. Il ne s'agira pas de s'opposer aux américains en permanence, mais de ne plus leur laisser conserver, dans tous les domaines stratégiques, une avance telle qu'aucune coopération équilibrée ne devient possible. Puissance et indépendance scientifiques seront le terreau qui nourrira demain, si les générations du vingt et unième siècle le comprennent, l'indispensable énergie qui mobilisera l'espérance européenne. Mais la puissance et l'indépendance ne se décrètent pas. Elles se construisent.

Ce manifeste, contrairement à ce que l'on pourrait penser, n'est pas en premier lieu un plaidoyer de plus pour l'augmentation des crédits de la recherche, que ce soit aux plans nationaux ou européens. Cette augmentation s'impose évidemment, mais elle ne pourra seule assurer le décollage. On verra se poursuivre l'émiettement des ressources connu depuis bientôt trente ans. L'Europe doit désormais adopter des principes de développement radicalement différents, tenant compte de la variété de ses ressources intellectuelles et humaines, tenant compte de la variété de ses ressources intellectuelles et humaines.

Seuls, sur le modèle de ce que font pour leur compte les Etats-Unis, de grands programmes scientifiques, soutenus par de grands équipements, montreront à tous que l'Europe veut compter encore dans le monde de demain. Mais ils devront exploiter systématiquement les possibilités de l'intelligence internationale en réseau, au plan intra-européen comme avec les pays voisins et ceux du Tiers-monde.

C'est dans cet esprit de coopération qu'ont déjà été obtenus les succès de l'industrie aérospatiale et satellitaire européenne ou ceux de la physique des hautes énergies. C'est dans cet esprit qu'il faut dorénavant mener les grands programmes du 21e siècle, la mise au point des énergies de fusion, le retour sur la Lune et l'exploration de Mars, la conquête de la machine pensante - et parallèlement une meilleure compréhension de ce que sont la vie sur Terre et les exigences de sa conservation.

Comment procéder dorénavant ? Les difficultés que rencontre actuellement le programme Iter (voir notre article) sont significatives de ce qu'il ne faut plus faire. L'Europe à elle seule ne peut s'opposer aux Etats-Unis dès lors que ceux-ci ont décidé qu'Iter ne pouvait leur échapper. Mais l'Europe, comme d'ailleurs la Russie, ne peuvent accepter de renoncer à un savoir-faire d'excellence, acquis depuis trente ans, ni aux retombées espérées. La solution qui s'esquisse, proposée par l'Europe, pourrait être exemplaire. Chacun des ensembles géopolitiques ou des pays voulant participer au projet mobiliserait ses ressources, dans le cadre d'un programme distribué sur la Terre entière. Les pôles de compétence régionaux qui en résulteraient, en Europe, en Russie, en Asie et aux Etats-Unis entretiendraient les relations à la fois de concurrence et de coopération indispensables à des découvertes intéressant l'humanité tout entière.

Pour ce qui concerne l'Europe, il lui faudra d'une part se résoudre à investir significativement des les domaines jusqu'ici abandonnés aux américains. Mais il lui faudra aussi apprendre à collaborer en interne, pour éviter de perdre des années en négociations oiseuses, comme ce fut le cas concernant le lancement du programme de positionnement satellitaire Galiléo, destiné à ne pas laisser aux Etats-Unis le monopole du GPS dans un domaine aux multiples retombées.

On peut penser que les outils de la coopération européenne, bien que différents au cas par cas, pourraient s'inspirer du modèle de ces agences dont la réputation d'excellence n'est plus à faire : le Centre Européen de Recherche Nucléaire ou l'Agence Spatiale Européenne. Mais les exemples réussis de la coopération industrielle, dans le cas de Airbus ou d'Arianespace, sont aussi à reprendre - notamment quand il s'agira de réaliser les grands programmes militaires nécessaires à l'indépendance de l'Europe.

On demandera : qui paiera ? Mauvaise question répondant à un mauvais réflexe. L'Europe, deuxième puissance économique du monde, peut payer. Mais les intérêts qui s'y expriment au plan politique veulent continuer à bénéficier seuls de ses ressources. Si des volontés politiques fortes s'exprimaient au contraire en faveur des grands projets évoqués ci-dessus, ou d'autres analogues, l'argent affluerait de partout, y compris du reste du monde.

Nous voudrions par ce Manifeste commencer à créer un mouvement d'opinion, qui pourrait s'appuyer sur des propositions ou même des dossiers susceptibles de montrer à tous la faisabilité et l'intérêt d'une politique de puissance européenne dans les domaines scientifiques, technologiques et industriels. Nous établirons prochainement une procédure de discussion sur Internet permettant de recueillir des idées et propositions, qu'il restera à faire connaître aux médias et aux hommes politiques.

Les élections, qu'elles soient européennes, nationales ou locales, doivent être dès maintenant l'occasion de poser aux candidats la question de savoir s'ils perçoivent de tels enjeux et ce qu'ils proposent pour y répondre.

D'ici la création d'un site dédié au manifeste, vous pouvez d'ores et déjà donner en ligne vos remarques, idées et propositions sur : http://wiki.crao.net/index.php/Manifeste...

Pour mieux comprendre le fonctionnement du wiki et la façon de faire vivre la page, voir http://wiki.crao.net/index.php/WikiEnDeuxMinutes et
http://wiki.crao.net/index.php/CommentUtiliserUnWikila

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