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Pourquoi
augmenter l'effort de recherche française (DIRD dépense
intérieure de recherche et développement*), afin de
le mettre au niveau des 3% du PIB annoncé. Parce que ce chiffre,
aujourd'hui de 1,8% est significatif d'un retard français face
aux Etats-Unis, au Japon et à l'Allemagne. Ainsi s'engager
à augmenter la DIRD vise à amplifier la recherche dans
notre pays, moyen aussi d'offrir aux chercheurs les carrières
d'abord, les moyens de fonctionnement ensuite, dont notre pays a besoin
pour encourager les vocations de chercheurs scientifiques (actuellement
en chute marquée) et décourager la fuite des cerveaux.
Précisons d'emblée que cette mise au point ne doit pas
décourager les jeunes de chercher à faire carrière
dans les sciences, ni les boursiers étrangers de venir travailler
en France. Elle vise seulement à donner des arguments pour
que les pressions sur les Pouvoirs Publics en faveur de la science
puissent se généraliser.
Le grand public a du mal à comprendre les mécanismes
en cause. Essayons ici de présenter le problème
d’une façon simple.
Après
au moins 5 ans d'études universitaires, les étudiants
peuvent préparer un doctorat, ce qui suppose alors la rédaction
d'une thèse sous la responsabilité d'un directeur
de thèse. Après celle-ci -qui est prévue sur
3 années mais qui se déroule plus généralement
sur 4 -, le thésard peut valoriser ses travaux en effectuant
un post-doctorat. Ensuite, il aura le choix entre postuler un recrutement
dans un établissement public de recherche (CNRS, Inserm,
Inra...) lui permettant de travailler dans le laboratoire qui l'intéresse,
soit d'envisager une carrière en entreprise. Rappelons que
les candidats-docteurs préparant leur thèse sont principalement
financés par des bourses d'Etat ou par quelques fondations
privées. Les post-doc disposent principalement de contrats
à durée déterminée (18 mois à
2 ans en général). Ceci ne leur permet pas de se consacrer
à des recherches de longue durée.
Il est recommandé aujourd'hui
d'accomplir un premier stage de post-doctorat à l'étranger,
soit en Europe (des dispositifs d'encouragement sont prévus
par l'Union européenne), soit dans un grand pays scientifique,
Etats-Unis ou Japon en priorité. Le post-doc est rémunéré
dans les conditions propres au pays d'accueil. A l'étranger,
dans les disciplines à fort potentiel, les rémunérations
sont beaucoup plus élevées qu'en France (on
parle couramment de pont d'or). Par ailleurs le travail au
sein d'équipes qui se disent fort justement les premières
du monde valorise le chercheur.
Les post-doc revenus en France et choisissant
la recherche publique doivent donc être recrutés
par un EPR (établissement public de recherche). Mais
quand ils rentrent, ils ne retrouvent pas nécessairement
les contacts qu'ils avaient pu nouer lors de leur thèse.
De plus, les budgets des EPR n'étant pas suffisants
pour faire face aux demandes, le déchet est considérable.
Tous ceux qui ne sont pas recrutés doivent soit abandonner
la recherche publique (en entrant par exemple dans une entreprise)
soit faire d'autres stages de post-doc, en France ou à
l'étranger, où ils sont alors tentés
de s'établir définitivement.
Ceux qui restent en France et sont finalement
recrutés par un EPR commencent à faire véritablement
de la recherche dans la discipline qu'ils avaient choisie
à un âge dépassant la trentaine. Les traitements
offerts sont des traitements de début de la fonction
publique, ce qui n’est guère attrayant à
cet âge. La possibilité de cotiser pour des points-retraite
est reculée d’autant. Enfin, on peut penser que
des chercheurs de 30 à 35 ans n’ont plus l’inventivité
et l’enthousiasme qu’ils auraient eu à
25 ans.
Le recours aux CDD n’est pas limité au recrutement
des post-doc. Avec la diminution du nombre de leurs postes
budgétaires, les laboratoires sont obligés de
compenser les départs par des recrutements sur CDD,
ce qui ne favorise pas les recherches d’une durée
tant soit peu longue.
L’exode des
cerveaux
Dans ces conditions, il n'est pas
étonnant que beaucoup de post-doc (sans parler de chercheurs
seniors qui s'expatrient aussi) choisissent finalement de rester
durablement dans le pays d'accueil, Etats-Unis et Japon notamment.
Quoi qu'on puisse dire, il s'agit d'une perte nette et durable de
compétence pour les recherches et les entreprises françaises.
Ce que celles-ci perdent, leurs homologues américaines le
gagnent, accroissant d'autant leur avance dans tous les domaines
des sciences et technologies, notamment celles qui comptent pour
préparer l'avenir, dites émergentes.
L’ambassade de France
à Washington aux Etats-Unis essaie actuellement de
favoriser le retour des chercheurs français en les
recensant et en les mettant en contact avec des offreurs d’emploi
nationaux par l’intermédiaire du «Forum
USA» http://www.forumusa.org/
[voir aussi la Mission pour la science et technologie de l’ambassade
de France à Washington http://www.france-science.org/home/hp.asp].
Mais ceci se heurte au peu de réactivité des
entreprises françaises. Il faut regretter que celles-ci,
dont les budgets de recherche ne cessent de se réduire,
n’offrent que très peu de perspectives de recrutement
aux chercheurs publics. Elles préfèrent, quand
elles recrutent, s’adresser à des ingénieurs
qui leur paraissent plus à même d’apporter
des bénéfices à court terme.
Le seul remède à cette crise
de la recherche publique française et notamment à
cette fuite des jeunes cerveaux consisterait à au moins
doubler progressivement les postes offerts au recrutement.
Ceux qui veulent pousser les thésards à entrer
dans la recherche privée s’y opposent, mais comme
on l’a vu, ce ne sont pas les entreprises françaises
qui bénéficient de cela, ce sont leurs concurrentes
étrangères.
Ajoutons que les directeurs
de laboratoires insistent tous, à juste titre, sur
le fait qu’il ne leur suffirait pas de disposer de plus
de postes, s’ils n’avaient pas les moyens de fonctionnement
et, dans de nombreux cas, l’accès aux grands
équipements nécessaires à la bonne utilisation
des chercheurs. Là aussi, la «misère»
de nos établissements incitent thésards et post-doc
à partir à l’étranger.
Beaucoup de laboratoires cherchent à
valoriser les résultats de leurs recherches auprès
des entreprises. Ceci leur prend beaucoup de temps. Mais en
France l’accueil de celles-ci, sauf pour certains produits
disposant d’un marché suffisant (par exemple
les cosmétiques) reste très en dessous des besoins.
Là encore, les regards se tournent vers l’étranger.
Le ministère de la
recherche a annoncé la création d'un Fonds de
priorité de recherche doté de 150 millions d’euro
(voir http://www.recherche.gouv.fr/budget/2004/fondations.pdf).
Ce fonds devrait contribuer notamment à la création
de Fondations de recherche. Mais le détour paraît
bien long face aux besoins immédiats. C’est en
effet de mois en mois, dans les disciplines émergentes,
que le retard français s’accroît.
Tant que les Pouvoirs Publics, aux
niveaux les plus hauts de l’Etat, n’auront pas compris
cela, la situation de la science française continuera à
se dégrader.
*La DIRD prend en compte recherche
publique et recherche dans les enteprises