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novembre 2003
Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin
La grande misère
de la science française (suite)
Nous avons reçu
ce courrier d'un de nos correspondants, que nous publions par souci
d'objectivité
Je crois quil reste superficiel et, chez certains, pas
très honnête de pleurer sur la misère des
carrières de chercheurs en France sans accepter den analyser
les causes, en se contentant de répéter cest
la faute à l'Etat ! cest la faute à l'Etat !
Combien de ces chercheurs sont-ils prêts à courir le
moindre risque et à se soumettre à une évaluation
? Pourquoi les chercheurs étrangers sont-ils plus rémunérés
? Tout simplement parce quils gagnent ou font gagner de largent,
alors que nombre de nos sympathiques chercheurs publics sinstallent
pour trente ans dans une tour divoire sans se préoccuper
le moins du monde du retour dinvestissement. Je connais une
équipe de sociologues, disciples de léminent Crozier,
qui, depuis 35 ans (je dis bien : 35 ans) étudie létendue
et les limites de la déconcentration dans la réforme
des pouvoirs des préfets réalisée par les décrets
du 14 mars 1964. Ils sont encore dedans ! Cela vaut-il davantage quun
dixième de SMIC ?
Je connais aussi le responsable du département
de recherche médicale d'une grande université Canadienne.
Très francophile, il vient régulièrement à
Paris et avoue sa surprise, récurrente, de revoir à
chaque voyage au même endroit les mêmes chercheurs,
alors quil garde rarement les siens plus de trois ans ; après
trois ans, ou bien ils ont déposé un brevet et trouvé
un bon job dans le privé, ou bien il les considère
comme stériles et les vire. Et, que je sache, par les résultats,
la recherche américaine ou canadienne vaut bien la française.
Cest comme cela que mon professeur obtient des fonds de la
Sécu locale, des entreprises et, dans une moindre mesure,
de l'Etat ; cest aussi comme cela quil paie ses chercheurs
quatre ou cinq fois plus que les chercheurs français.
En lisant diverses études récentes
sur la recherche, on acquiert la conviction que le fond du problème
nest pas Des sous ! Des sous !. Toutes les sommités
le disent : de largent, il y en a, mais il est éparpillé,
gaspillé, entre des dizaines de structures non coordonnées
qui le distribuent à quelques centaines de thésards
Nimbus. Exemple tout frais : la création, annoncée
par Chirac, dun institut du cancer dont chacun sait quil
a pour but de caser un mandarin connu et ses ouailles, au lieu de
renforcer les moyens et de stimuler les travaux dinstitutions
aussi justement réputées que Curie, Villejuif, Saint-Louis
et Saint-Cloud.