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Ceux qui proposent la réalisation d'un
système conscient, aux Etats-Unis et au Japon, le font
parce qu'un tel programme est aujourd’hui le seul capable
de réaliser la coopération des principales sciences
et techniques considérées comme stratégiquement
essentielles dans les prochaines décennies. Il s'agit
non pqs d'une coopération sur le papier, mais d'une
coopération axée sur la réalisation progressive
de résultats concrets, c'est-à-dire s'inscrivant
dans une perspective de développement évolutionnaire.
On pourra parler d'une convergence intégrative,
étant entendu que l'intégration ne supposera
pas en ce cas disparition de la spécificité
de chaque science, mais sa mise en symbiose avec les autres.
Le processus est banal dans toutes les formes d’évolution,
et produit des Touts qui sont plus que la somme de leurs Parties.
Il reste très difficile en sciences, compte-tenu de
l'enfermement persistant de chaque communauté dans
sa culture.
La réalisation d’un système
conscient a l'avantage de permettre la convergence intégrative
d'un nombre considérable de sciences et des technologies
qui leur sont associées. Il s'agit même pratiquement
du seul programme scientifique imaginable susceptible d'obtenir
ce résultat. Ceci ne se fera pas d’un coup, mais
par l'appel progressif à des profils hybrides, dans
lesquels de plus en plus de jeunes chercheurs seront tentés
de s'investir.
On donnera ci-dessous, sans prétendre à l'exhaustivité,
une première liste des disciplines impliquées
:
Sciences et technologies de
l’information
- L'informatique, entendu
au sens de la computation mais aussi des composants et des
logiciels servant de support à cette computation. Ce
sont les progrès exponentiels de cette science qui
tireront véritablement l’avancement des connaissances
dans les autres sciences, compte-tenu du rôle maintenant
pris par les instruments (où l'informatique est indispensable)
et par les simulations en ordinateur.
- L'intelligence artificielle.
Celle-ci est encore éclatée en sous-disciplines
ayant tendance à s’ignorer, mais qui se retrouveront
dans la réalisation du projet. Citons les principaux
: apprentissage, fouille et extraction de données –
systèmes multi-agents – intégration automatique
et IA - acquisition de connaissances – gestion de réseaux
- évolution artificielle et programmation évolutionnaire
– applications IA (industrie, robotique, etc.).
- La robotique. Celle-ci, outre une composante
IA de plus en plus importante, quand il s'agit de robotique
autonome (programmation évolutionnaire notamment),
intègre de nombreuses disciplines venant de l’instrumentation,
de l’ingénierie, de la mécanique et de
l'électro-mécanique.
A cheval entre l'informatique, l'IA et la robotique se trouve
la vie artificielle dont les applications se développent
de façon très rapide..
Sciences de la vie
Il s'agit de sciences aussi importantes que
les précédentes, dans la réalisation
d'un système conscient. Nous avons vu en effet qu’un
tel système devra s’appuyer en permanence sur
les travaux menés par les sciences de la vie mais qu’en
contrepartie il permettra à celles-ci de se donner
des modèles de plus en plus performants pour la compréhension
de la vie, sous ses diverses formes. Ceci sera encore plus
vrai lorsque se développeront les applications réalisant
des symbioses entre le vivant et l'artificiel, soit au niveau
cellulaire, soit au niveau des organismes entiers. Le monde
des sciences de la vie est immense. Nous retiendrons de façon
un peu artificielle le découpage suivant :
Les neurosciences intégratives, qui
étudient l'anatomie et le fonctionnement des systèmes
nerveux.
La physiologie intégrative, qui vise
le même objectif, en se plaçant au niveau de
l'organisme entier – mais aussi de plus en plus au niveau
de la cellule et de ses composants.
La génétique et la protéomique.
Celles-ci restent encore axées sur la biologie moléculaire
mais perçue dans une optique physiologique évolutionnaire:
rôle des gènes dans le développement,
par exemple. Il s'agit de modèles dont la robotique
et l'IA évolutionnaires ne peuvent plus se passer dorénavant.
Les sciences de la cognition
Les sciences de la cognition prennent aujourd’hui
une grande importance stratégique, dans la mesure où
elles s’intéressent à la façon
dont les individus et les sociétés acquièrent
et développent leurs connaissances, c'est-à-dire
leurs moyens de survie dans un environnement de plus en plus
complexe. Il en résulte que l'on ne peut envisager
la réalisation d'un système conscient sans étudier
les processus par lesquels celui-ci pourra devenir, non seulement
conscient mais intelligent. Le secteur est nécessairement
trans-disciplinaire, en coopération avec les sciences
humaines et sociales et la philosophie. Mais ceci est encore
loin d'être admis.
On retrouve « en tête » des sciences de
la cognition les neurosciences, déjà
citées. Il faut mentionner ensuite l'étude des
représentations et des comportements
(création et échange des représentations,
rôle de celles-ci dans l'évolution des cultures),
l'étude des apprentissages, l'étude
des sociétés intelligentes
(smart) et complexes.
Il est généralement admis aujourd’hui
que l’influence des déterminants de type biologique
(pour ne pas dire génétique) est aussi importante
que les processus d'échange et de construction dits
culturels dans la formation des sociétés (coopération
nature/culture). C'est ce que défendent notamment la
psychologie et la sociologie évolutionnaires.
Les nanosciences et nanotechnologies
On confond parfois les nanotechnologies avec les biotechnologies.
Les unes et les autres se situent au niveau de la molécule
et souvent de l'atome. Mais les biotechnologies concernent le vivant,
tandis que les nanotechnologies s’intéressent plutôt
aux matériaux et aux machines – différences
qui n’empêche pas d'ailleurs leur coopération
dans un nombre de plus en plus grand d’applications : les
bio-nanotechnologies. Avec les nanotechnologies, on travaille à
l'échelle du nanomètre, c'est-à-dire du milliardième
de mètre. Une molécule d’ADN mesure quelques
nanomètres, un atome (par exemple de silicium) quelques dixièmes
de nanomètre. A ces échelles, les lois de la physique
ne sont plus celles de notre monde matériel (macroscopique)
mais celles du monde quantique. Depuis les années 1980, de
nombreux laboratoires ont commencé à travailler à
ces niveaux atomiques et subatomiques. Le microscope à effet
tunnel, inventé en 1982, a permis de déplacer les
«atomes», afin de les recombiner en formes nouvelles
de matériaux et de machines. Aujourd'hui, de nombreux dispositifs
utilisant les lasers, les champs magnétiques, les synthèses
chimiques, permettent d’intervenir au niveau des molécules
et des atomes et de modifier leurs relations. Ceci se fait aussi
bien dans la cellule vivante, dont on comprend ainsi mieux les mécanismes
intimes, que sur des composés inertes.
Les nanosciences interviendront dans la réalisation d’un
système conscient à de nombreux niveaux : les matériaux,
les sources d'énergie, les composants (en attendant la mise
au point de l'ordinateur quantique). Mais plus
généralement on verra se développer une nanorobotique
autonome, avec les nanobots. Ceux-ci, regroupés
en essaims intelligents, pourront remplir de nombreuses missions,
notamment thérapeutiques et exploratoires.
On voit qu'à échéance de quelques années,
il sera impensable d’envisager la réalisation de machines
et systèmes conscients sans en étudier les versions
nanométriques.