Automates
Intelligents s'enrichit du logiciel
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4septembre 2003
Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin
Surveillance
et
prévention intelligente
Nous avons signalé récemment [voir
actualité du 18/06 : Les DIVA intelligentes] les 600.000
dollars alloués au Computer Vision and Robotics Research
Laboratory (CVRR) de l'Université de California à
San Diego pour conduire un projet de caméras de surveillance
qui devrait être présenté en 2004. Les caméras
se comporteront en agents communicants et intelligents regroupés
en un réseau plus ou moins dense, difficilement détectable.
Initialement, ce système faisait partie du projet Aton dédié
à la surveillance des accidents dans les lieux publics. Le
Technical Support Working Group travaillant pour les agences fédérales
de sécurité a décidé d'en faire un instrument
contre le terrorisme. Des technologies sophistiquées de reconnaissance
d'image, notamment pour l'identification des visages, seront développées
à cette occasion.
Avant cela et en Grande Bretagne,
selon la revue NewScientist n° 2403, le Métro
de Londres est en train d'installer un logiciel intelligent
susceptible de tirer au mieux parti des images fournies en
temps réel par le million (!) de caméras (CCTV
[pour Close Circuit Television]) déjà installées
au Royaume-Uni. Il s'agit d'un produit nommé Intelligent
"Pedestrian Surveillance System (IPSS)" qui a été
développé depuis dix ans dans les programmes
coopératifs européens CROMATICA, PRISMATICA
and ADVISOR, associant de grands opérateurs de transport
public. Il est aujourd'hui commercialisé par la société
IPSOTEK, firme fondée par Sergio Velastin, l'un des
chercheurs associés à ces projets. Contrairement
à d'autres logiciels de reconnaissance de formes et
mouvements qui recherchent des performances difficiles, telles
qu'identifier un visage dans une foule(1),
IPSS se borne à comparer globalement les images des
CCTV en observant et analysant les changements qui apparaissent
d'une image à l'autre, par exemple un attroupement
sur un quai, un voyageur qui n'embarque pas dans les voitures,
un colis abandonné, etc. Il alerte alors les agents
de sécurité humains qui surveillent les écrans
(souvent 50 écrans par personne). Ceux-ci peuvent alors
focaliser leur attention sur les cas suspects, et déclencher
une intervention si nécessaire. L'intérêt
du système n'est pas ici de totalement remplacer l'homme
mais de lui permettre d'optimiser son action au sein d'un
réseau de capteurs trop nombreux pour pouvoir être
analysés individuellement.
La question posée
face à de tels systèmes est celle de la protection
des libertés individuelles. Rappelons simplement que
les réseaux de surveillance à base de caméras
ou senseurs plus ou moins performants sont déjà
installés dans la plupart des lieux publics. Une industrie
considérable se développe dans le domaine. Des
recherches scientifiques de plus en plus élaborées
sont menées. Faudrait-il arrêter le mouvement
au nom des droits de l'homme. Et si on pouvait le faire, serait-ce
pertinent ?
Dans l'affaire récente
de la jeune fille britannique ayant fugué avec un ex-marine
américain, celui-ci a été identifié
grâce à une caméra, ce qui semble-t-il
a permis de résoudre le cas. Les exemples sont dorénavant
nombreux où de tels dispositifs aident à réprimer
les délits ou contribuent à les prévenir.
Faut-il s'en plaindre ? Pas davantage pensons-nous qu'il ne
viendrait à l'idée de se plaindre de la présence
d'un policier armé surveillant une ambassade ou tout
autre lieu sensible. Certes, les administrations peuvent toujours
abuser de leurs pouvoirs, mais les juges, les médias
et l'opinion publique sont, en principe, dans une démocratie,
toujours capables d'intervenir pour empêcher ces abus.
C'est plutôt l'utilisation
de ces techniques par les personnes privées qui inquiète
les défenseurs des droits de l'homme. Citons les entreprises
et les associations (par exemple les associations de co-propriétaires).
Chacun va-t-il être en permanence surveillé par
des vigiles plus ou moins bien intentionnés, armés
de dispositifs de plus en plus performants ? Va-t-on assister
à une course aux armements, mesures et contre-mesures
élevant de plus en plus haut les performances des technologies
? Les films d'épouvante sont déjà emplis
de scénarios sur ce thème d'une société
entièrement placée sous le contrôle de
pouvoirs anonymes.
A l'opposé des craintes,
on fera valoir les grands avantages que les logiciels et capteurs
développés dans le domaine de la surveillance
et de la recherche intelligentes pourront apporter : essaims
de robots opérant en milieu difficile ou inaccessible
à l'homme, recherche accélérée
des informations sur le web, etc.
Pour notre part, nous sommes
favorables à ces perspectives, à condition que
les pouvoirs publics et les forces politiques et syndicales
donnent aux individus, notamment les plus défavorisés,
la formation nécessaire pour naviguer sans y être
écrasés dans un environnement de plus en plus
technologique.
(1)
: Rappelons à ce titre que la municipalité de
Tampa, en Floride, vient d'abandonner son dispositif de vidéosurveillance
automatique, jugé inefficace. Développé
par la société Visionics (rebaptisée
aujourd'hui Identix), le système spécifique
de reconnaissance faciale devait permettre de reconnaître
automatiquement le visage des criminels sous mandat d'arrêt
fichés par la police (numérisation des visages
des passants et comparaison automatique avec une base de données).
Les trente-six caméras installées dans le quartier
le plus populaire de la ville continueront à fonctionner
mais seront désormais utilisées par des policiers
en chair et en os, et non plus par un logiciel. Même
chose pour le dispositif testé dans l'enceinte de l'aéroport
Logan de Boston : testé depuis trois mois ce système
de surveillance des voyageurs par caméras et logiciels
de reconnaissance du visage vient d'être abandonné,
ayant été jugé peu fiable.