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15 juin 2004
Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin
Il faut plus
que jamais construire l'Europe scientifique
et technologique
Les
élections européennes ont fait l'objet de multiples
commentaires. Les partisans de la construction européenne
ont déploré le peu d'intérêt des partis
politiques nationaux et le manque de participation, concomitant
ou consécutif, des électeurs. Mais on n'a pas suffisamment
insisté sur le fait que si les uns et les autres ont paru
médiocrement intéressés par l'avenir du projet
européen, c'est que celui-ci n'a pas été présenté
d'une façon qui parle aux imaginations. Le grand absent du
débat a été et demeure le thème de la
souveraineté scientifique et technologique de l'Europe des
25, développé
dans notre dernier colloque.
Nous sommes
persuadés que si cet enjeu avait été
présenté clairement aux électeurs, ceux-ci
y auraient vu deux intérêts essentiels : la perspective
de retombées immédiates sur l'activité
économique, l'emploi et par conséquent le social,
d'une part, une matière à rêver aussi
riche que le football ou la formule-1, d'autre part.
Nous pensons
en ce qui nous concerne que, plutôt que pleurer sur
les occasions perdues, il faut continuer à mener l'effort
de sensibilisation que nous avons entrepris, en l'élargissant
le plus possible à d'autres pays. C'est ce que nous
allons faire. Nous vous en tiendrons informés.
Mais au-delà,
sur quelles forces politiques le grand dessein de la souveraineté
scientifique et technologique de l'Europe pourrait-il aujourd'hui
s'appuyer ? Nous pouvons exclure d'emblée les mouvements
souverainistes, les populistes et même les libéraux,
pour qui ces matières sont affaire d'initiative privée
et d'investisseurs inspirés par l'idéologie
atlantiste, c'est-à-dire par le refus d'aider l'Europe
à s'ériger en compétitrice efficace des
Etats-Unis. Les Verts, de leur côté, que ce soit
en France ou dans les autres pays européens, ne sont
pas hostiles a priori aux sciences et aux techniques, mais
ils y mettent tant de réserves et de contradictions
internes qu'il ne faut guère attendre d'eux de messages
constructifs à l'égard de l'opinion publique.
Par contre,
les partis de gauche, sociaux-démocrates et communistes
(ou ex-communistes), complétés de nombreux centristes
attachés à l'idée européenne,
comportent beaucoup de militants bien informés du besoin
de politiques industrielles et de recherche/développement
menées avec le soutien des pouvoirs publics voire dans
le cadre de services publics à la française.
Ils devraient donc pouvoir se faire les promoteurs de l'Europe
scientifique et technologique. On y ajoutera, plutôt
à droite de l'échiquier politique cette fois-ci,
les partisans d'une politique de défense et de souveraineté
industrielle européenne, mobilisant notamment ce qui
reste des industries de défense européenne ayant
échappé à l'emprise des Carlisle et autres
Fonds du complexe militaro-industriel américain.
Il
faut absolument que, dans les mois qui viennent, ces deux ailes
politiques trouvent moyen de s'entendre sur un ensemble de projets
communs qui pourront revivifier les institutions européennes
et, notamment, donner matière à débats utiles
au sein du Parlement européen. Nous pensons que la France
devrait à cet égard, s'appuyant sur une longue tradition
historique, prendre le plus grand nombre d'initiatives. Le gouvernement
actuel en sera-t-il capable ? On peut en douter. La politique clairvoyante
affichée au colloque il y a quelques semaines par le ministre
de la recherche (voir
discours) semble aujourd'hui devoir rester au stade
des promesses, faute de volonté de financement.
La
parti socialiste, aidé des alliés qu'il trouvera
dans la gauche, notamment au PC (sans oublier les syndicats),
dispose par contre d'un créneau extrêmement favorable.
Il a tous les arguments nécessaires pour justifier
la mise en place d'une ambitieuse politique européenne
et nationale en vue du développement scientifique et
technologique. Même s'il ne dispose pas des ressources
du pouvoir, il peut considérablement aider à
la prise de conscience en organisant des débats et
en préparant des dossiers sur les grands sujets prioritaires
: l'énergie, les sciences et technologies de l'information
et de la communication, la robotique, le vivant, l'environnement,
l'éducation et l'enseignement supérieur, sans
oublier l'espace et la défense. Les organisations de
défense de la recherche auraient bien tort de ne pas
l'appuyer dans cette prise de conscience, même si pour
des raisons légitimes, elles souhaitent rester apolitiques.
Il y a gros à parier que ce faisant, l'opposition de
gauche augmentera considérablement le crédit
dont elle paraît jouir auprès des citoyens, en
précisant les objectifs concrets qu'elle entendra défendre
dans les années qui viennent.
Ajoutons,
pour revenir sur le thème des services publics, que
la défense de ceux-ci ne se justifiera que dans la
perspective de telles ambitions collectives. Seules ces structures
pourraient, avec l'appui des gouvernements européens,
orienter l'épargne collective vers de grands programmes
d'investissements à vingt ou trente ans, que l'on ne
saurait confier au capitalisme international. Les syndicats
d'EDF, plutôt que couper les compteurs des personnalités,
feraient mieux de présenter de tels arguments, auxquels
chacun sera sensible.