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La guerre mondiale du cerveau. Riposte américaine
Human Brain Project, un grand projet européen sur le cerveau humain
Relancer la coopération scientifique entre la France et l'Afrique

2 août 2006
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin

Cellules-souches embryonnaires: retour de l'inquisition ou retour au bon sens scientifique ?

L'Eglise catholique (suivie d'ailleurs en cela par de nombreuses mouvances protestantes et islamiques) ne renonce toujours pas à vouloir faire interdire les recherches sur les cellules-souches embryonnaires, malgré les multiples avantages, notamment thérapeutiques, attendus de telles recherches. Le NewScientist du 14 juillet 2006 nous rappelle que le Cardinal Alfonso López Trujillo, chef du Conseil pontifical pour la famille, vient d'affirmer dans un entretien donné à Famiglia Cristiana le 2 juillet que "détruire des embryons humains, quel que soit leur état de développement, équivaut à un avortement. Les femmes, médecins, chercheurs et hommes politiques se livrant aux recherches sur les cellules souches embryonnaires ou les approuvant pourront être frappés d'excommunication". Les casuistes s'interrogent pour savoir si cette menace pèse seulement sur ceux qui détruiront directement les embryons ou aussi sur ceux qui utiliseront les cellules-souches ainsi obtenues. De même, on s'interroge sur le soutien donné par le pape Benoît 16 à cette position extrême.

Mais d'ores et déjà de nombreux scientifiques font part de leur « horreur ». Le Pr. Chris Shaw du King's College de Londres, qui utilise des embryons clonés pour étudier les maladies des neurones moteurs, parle de « persécution religieuse ».

On sait que sur la question de l'autorisation des recherches sur les cellules-souches embryonnaires, le président Bush a annoncé début août qu'il allait opposer son veto au projet de loi adopté par le Congrès sur les cellules souches, qui prévoyait d'élargir les financements fédéraux aux recherches concernant les cellules souches embryonnaires.

George Bush a précisé que « cette loi permettrait de mettre un terme à des vies humaines innocentes dans l'espoir de trouver des avantages médicaux pour d'autres. Elle va donc au-delà d'une frontière morale que notre société doit respecter ». Lors de sa déclaration, il était entouré par des enfants issus d'embryons congelés qui ont été adoptés par des parents stériles. Notons que le côté quelque peu macabre et traumatisant (pour les enfants) de cette démonstration n'a été relevé par personne.

Le Parlement européen, pour sa part, en approuvant le 15 juin 2006 un programme de 50 milliards pour la recherche 2007-2013, a suivi la ligne proposée par la commission de l'Industrie et plaidé pour que le 7e programme puisse financer la recherche sur l'utilisation de cellules souches humaines, qu'elles soient adultes ou embryonnaires, en fonction à la fois du contenu du projet scientifique et de la législation des Etats membres impliqués. En ce qui concerne l'utilisation de cellules souches d'embryons humains, les institutions, les organisations et les chercheurs devraient être soumis à des licences et un contrôle conformément aux règles du pays membre concerné.

Un amendement demandant que le financement de la recherche soit limité aux lignes de cellules souches embryonnaires créées avant le 31 décembre 2003 a été rejeté par le Parlement, par 274 voix contre, 255 voix pour et 35 abstentions. Un autre amendement, appelant à l'interdiction du financement par le 7e programme de l'utilisation d'embryons et de cellules souches embryonnaires à des fins de recherche scientifique a été rejeté, par 287 voix contre, 238 pour et 40 abstentions.

En France, le même esprit d'ouverture prévaut enfin. Pierre-Louis Fagniez, Député UMP du Val de Marne, vient de remettre au Premier ministre un rapport parlementaire recommandant la légalisation du clonage thérapeutique. Professeur de médecine, ce parlementaire avait été chargé par le Premier ministre en janvier, de réaliser un état des lieux scientifique, éthique et juridique des débats concernant la recherche sur les cellules souches adultes, les cellules souches embryonnaires et le clonage thérapeutique en France et à l'étranger afin de moderniser la loi sur la bioéthique de 2004. Cette demande correspond à celle de la plupart des généticiens et biologistes français, quelles que soient leurs opinions philosophiques.

Après audition d'une centaine de scientifiques, philosophes, religieux, juristes et politiques, le Professeur Fagniez a remis le 2 août son rapport au Premier ministre. Ses conclusions sont claires : «Le moment est venu d'autoriser le recours au transfert nucléaire somatique, c'est-à-dire la légalisation du clonage dit thérapeutique en France. L'évaluation des recherches et le contrôle de l'Agence de la biomédecine permettent une pratique sécurisée de cette technique, souhaitée par un grand nombre de scientifiques, mais perçue avec réticence par une partie de l'opinion.».

Aux termes de la loi du 6 août 2004, le clonage thérapeutique est un délit puni de sept ans de prison et de 100 000 euros d'amende. Une interdiction qu'une très large majorité de scientifiques combat, arguant que le clonage thérapeutique pourrait permettre d'acquérir un savoir-faire et surtout d'obtenir des avancées dans la connaissance de certaines pathologies. Quelques isolés cependant, tel le professeur Axel Kahn, directeur de l'Institut Cochin de génétique moléculaire, prétendent que si la recherche sur les cellules souches embryonnaires présente un intérêt scientifique, il est illusoire d'en espérer des effets thérapeutiques. D'où sa proposition d' arrêter d'utiliser le terme de "clonage thérapeutique qui peut conduire au clonage reproductif".

Pour le rapporteur, l'objection ne tient pas. Le clonage thérapeutique consiste en effet à vider un ovocyte de son noyau et à y injecter le noyau d'une autre cellule. «On est loin de l'atteinte à la vie humaine ou de l'ambition de la reproduire par clonage.».

Le Premier ministre a demandé aux ministres de la Santé et de la Recherche de lui soumettre avant fin octobre des propositions pour renforcer l'information et la formation sur les enjeux éthiques de l'évolution des sciences du vivant. Avec le rapport Fagniez, la France montre en tout cas qu'elle se situe clairement dans le camp de ceux qui ont permis au Parlement européen d'approuver un programme de recherches, d'ailleurs très encadrées, sur les cellules souches. On peut espérer que les restrictions d'inspiration idéologique qui continuent à rendre ces recherches très difficiles seront enfin levées en France.


Mise à jour à la date du 25 août 2006.
Création de cellules-souches embryonnaires sans destruction de l'embryon

Une équipe américaine a réussi à produire des lignées de cellules souches embryonnaires sans provoquer la mort des embryons utilisés, selon la revue Nature (voir http://www.nature.com/news/2006/060821/...
La technique utilisée permet en principe de sortir du blocage "éthico-politique" qui entoure ces recherches. Les scientifiques de l'Advanced Cell Technology (http://www.advancedcell.com/) du Massachusetts avaient réussi, l'an dernier, à produire cinq lignées de cellules souches à partir d'embryons de souris, sans avoir à détruire ces derniers. Ils viennent d'adapter leur technique à l'homme, selon leurs résultats publiés par Nature.

Cette découverte, si elle est confirmée par des essais menés dans d'autres laboratoires, permettrait de contourner les objections éthiques avancées par les opposants à la recherche sur les cellules souches embryonnaires qui refusent de voir détruire des embryons, vies humaines en puissance, à des fins scientifiques et médicales, comme expliqué dans le corps de notre éditorial.

L'équipe de l'ACT a utilisé, pour ses travaux, des embryons surnuméraires issus de la fécondation in vitro. Ils ont attendu que ces embryons, par le fruit de divisions cellulaires, comptent huit cellules souches, encore indifférenciées et capables de se répliquer à l'identique. A ce stade, ils ont prélevé, sur chaque embryon, une seule cellule. Ces cellules ont été mises en culture et ont engendré des lignées de cellules souches. Mieux : ces lignées de cellules souches embryonnaires humaines ont pu être maintenues à un stade complètement indifférencié, c'est-à-dire sans début de spécialisation, pendant plus de huit mois. La méthode utilisée est proche de celle permettant de faire un diagnostic pré-implantatoire. Dans le cadre de fécondations in vitro, ont peut sélectionner une cellule pour vérifier que l'embryon n'est pas porteur d'une maladie génétique héréditaire. Des embryons ainsi "contrôlés", dotés de 7 cellules au lieu de 8, ont déjà été implantés avec succès dans l'utérus maternel : ils ont donné naissance à des bébés apparemment en bonne santé, depuis dix ans que la méthode est utilisée.

La presse de droite américaine est déjà partie en guerre contre cette perspective, en annonçant qu'elle n'était pas fiable. G.W. Bush, apparemment embarrassé (mais rien ne l'embarrasse longtemps) aurait fait valoir son scepticisme sinon sa méfiance. On pourra lire à ce sujet un article de Think Progress, publication dont la lecture est par ailleurs très roborative (http://thinkprogress.org/?tag=Stem%20Cells). Nous observerons pour notre part que, même si cette méthode se révélait applicable, elle serait bien plus lourde et coûteuse que le prélèvement sur des embryons un peu plus âgés. Que ne fait-on pour respecter des fatwas archaïques ? Nous voyons mal les parents accepter de faire prélever une cellule sur un embryon dont ils auraient programmé la réimplantation, si le diagnostic préimplantatoire ne s'imposait pas. Quoi qu'on dise, 8 cellules valent mieux que 7. De plus, en ce cas, ne seraient-ce pas 2 cellules plutôt qu'une qu'il faudrait extraire? Autrement dit, les embryons ainsi manipulés ne finiront-ils pas comme les autres au rebut ?

© Automates Intelligents 2006


 

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