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Le
gouvernement a fort bien fait de préparer un Plan en plusieurs
phases permettant de prévenir puis de contenir une épidémie
généralisée (ou pandémie) de grippe
aviaire humanisée. Il faut lire (référence
en titre) et étudier ce document, dès lors que l'on
voudrait jouer un rôle utile à la collectivité
au cas où les scénarios les plus noirs se préciseraient.
Ce sujet, comme nous l'avions indiqué dans le premier
dossier que nous avions publié à propos
de la grippe en avril 2005, comme dans les articles suivants, devrait
dès maintenant devenir un thème de réflexion
et de préparation pour tous les responsables de terrain,
à commencer par les fonctionnaires locaux. Mais plus largement,
comme le présent document gouvernemental l'indique, ceux
qui voudraient jouer un rôle bénévole utile,
au cas où ils auraient échappé à la
maladie, devraient prendre contact avec les professionnels pour
étudier comment ils pourraient se mobiliser.
Ceci
étant dit, un article de Sciences et Avenir de mars 2006,
p. 57, nous invite à ne pas nous faire d'illusions. Même
si la France est un des pays du monde le mieux préparé,
un examen plus approfondi montre que nous ne sommes pas véritablement
prêts - surtout si l'on considère que le propre de
ce type de menace est de découvrir et exploiter les lacunes
de tout dispositif, pour les transformer en occasions de déroute.
L'auteure de l'article, Elena Sender, s'appuie sur l'enquête
de la Mission d'information de l'Assemblée Nationale sur
les mesures préventives de lutte contre la grippe aviaire.
L'enquête a commencé le 15 octobre 2005 et la Mission
(président Jean-Marie Le Guen, rapporteur Jean-Pierre Door,
députés), a publié un premier rapport le 26
janvier. Ce rapport est disponible sur le site de l'Assemblée
: http://www.assembleenationale.fr/12/rap-info/i2833.asp.
Il étudie l'historique et les caractères de l'épidémie,
les conditions de sa transformation en pandémie, les moyens
de protection et leur disponibilité. Deux autres suivront,
consacrés à l'épizootie et aux moyens hospitaliers.
Il faut rendre hommage à l'extrême sérieux du
travail réalisé et au fait qu'il soit communiqué
au public sans dissimuler les réalités.
Mais les rapporteurs font un diagnostic sans complaisance. La France
ne sera pas prête en cas d'une offensive brutale et massive
débutant sur le sol européen. Sans même parler
du vaccin, qui ne peut être fabriqué avant que la souche
virale ne soit identifiée, des éléments d'intendance
comme la disponibilité en masques de protection ne sont pas
assurés. La demande sera mondiale et les stocks de polypropylène
nécessaires pour que la seule entreprise française,
Bakou-Dalloz, capable de fabriquer les masques de haute protection
FFP2 en dispose suffisamment, ne sont pas assurés. A plus
forte raison faut-il déplorer le fait que les industriels
capables de fabriquer en France les antiviraux et le moment venu
les vaccins (en l'espèce Sanofi Pasteur) n'aient pas reçu
les crédits nécessaires pour mettre en place des unités
et des méthodes de production (culture cellulaire) capables
de répondre à des besoins urgents et massifs - ce
qui ne serait pas le cas aux Etats-Unis où le même
Sanofi-Pasteur aurait reçu d'importants financements de recherche.
Sciences
et Avenir rapporte les propos du rapporteur de la Mission, à
la suite de la première vague d'auditions: "Nous
sommes prêts pour l'alerte mais pas pour une pandémie
qui toucherait la France entière". Le président
confirme: "La France a pris 10 ans dans la vue. Sans ce
retard, nous utiliserions déjà la culture cellulaire
pour les vaccins et d'autres antiviraux que le seul Tamiflu".
Utiliser
le répit saisonnier, si répit il y a
Ce
constat fait, il ne faudrait pas en rester là. Au cas où
la pandémie n'éclaterait pas ce printemps, donnant
un répit de quelques mois, il faudrait l'utiliser en France
non pour s'endormir à nouveau mais pour préparer la
future reprise des hostilités. Autrement dit, il faudrait
que le gouvernement, les industriels et les professions de santé
en profitent pour faire ce qui n'a pas encore été
fait. L'action est à mener sur plusieurs plans. En France,
il faut absolument aider l'industrie pharmaceutique à réaliser
les investissements de recherche et de production nécessaires
(ainsi que d'autres stocks, par exemple en antibiotiques pour lutter
contre les infections opportunistes). Ceci suppose que les coûts
et les risques ne soient pas laissés aux industriels, mais
imputés sur les budgets publics, le tout sans compter - il
ne s'agit pas d'économiser quelques centaines de milliers
ou millions d'euros face à un risque qui provoquerait des
millions de morts sinon davantage dans l'hypothèse la plus
pessimiste.
Au plan européen, il faut convaincre les autorités
communautaires de pousser au regroupement et à la collaboration
entre laboratoires et industriels des différents Etats de
l'Union, malgré les lois anti-trusts et autres obstacles
administratifs. Au plan international enfin, il faut faire pression
sur l'OMS pour qu'elle se dote d'un vrai droit d'ingérence
sanitaire, afin d'éviter la non-déclaration de foyers
infectieux. Mais comme on sait que les pays pauvres sont par eux-mêmes
incapables de prendre les mesures préventives et curatives
destinées à éliminer les virus ou, tout au
moins, à les cantonner, il faut continuer à leur apporter
une aide considérable. La conférence des donateurs
qui s'est tenue à Pékin il y a quelques semaines avait
recueilli 2 milliards de dollars de subventions. Mais ceux-ci ne
sont pas prêts à être distribués, les
vétérinaires et conseillers sanitaires ne sont pas
formés, les populations restent inéduquées.
C'est sans doute 10 fois plus d'argent que l'ONU et l'OMS devraient
rassembler dès maintenant, avec de nombreuses brigades de
volontaires, comme la France avait proposé d'en fournir.
On ne peut en effet demander à des villages où les
volailles et les oeufs sont les seules nourritures protéinées,
et qui sont déjà au bord de la famine, de tuer leurs
élevages, sans contreparties, pour répondre aux injonctions
de l'OMS. Il faudrait organiser de véritables ponts aériens
d'aides alimentaires et logistiques, tout en persuadant les gouvernements
locaux d'accepter ces aides et de les utiliser convenablement. On
en est loin. La tâche à entreprendre est immense.