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8 mars 2008
Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin
L'état
de la planète en 2030
Le
secrétaire général de l'Organisation de coopération
et de développement économiques (OCDE), Angel Gurria,
vient d’appeler la communauté internationale à
prendre de véritables mesures pour lutter contre le réchauffement
climatique et la dégradation généralisée
des ressources planétaires. Le rapport de 500 pages intitulé
«Perspectives de l'environnement à l'horizon 2030»
examine les effets combinés de la démographie mondiale
et de la croissance économique sur l'état de la planète.
Les mauvaises nouvelles annoncées sont pour une date plus
proches que celle proposée par le rapport Stern en 2006.
Celui-ci, dont nous avions rendu compte à l’époque,
voyant le point de non retour (tipping point) vers 2050. L’OCDE
l’annonce pour 2030.
En 2030, la population de la Terre atteindra 8,2 milliards de personnes
contre 6,5 milliards aujourd'hui. Si l'économie mondiale
continue de croître à un rythme comparable à
celui de ces dernières années, sa taille aura doublé
en trente ans. La demande de matières premières (produits
agricoles, minerais, énergie fossile, bois, eau) progressera
de 60 % dans les pays industrialisés mais de 160 % chez les
nouveaux grands acteurs de la scène internationale (Brésil,
Russie, Inde, Chine).
Cette croissance sera payée par de nombreux déséquilibres.
L'OCDE a identifié quatre domaines dans lesquels il est urgent
d'agir: le changement climatique, la perte de la biodiversité,
le manque d'eau et l'impact sur la santé humaine de la pollution.
On objectera que ces avertissements ne sont pas nouveaux. Il faut
remarquer cependant que les deux derniers ont été
les moins médiatisés. Les chiffres livrés par
l'organisation décrivent l'ampleur des enjeux : le nombre
de personnes vivant dans des régions touchées par
un fort stress hydrique devrait augmenter d'un milliard et concerner
ainsi près de la moitié de l'humanité. La pollution
de l'air aura des effets croissants sur la santé avec une
explosion du nombre de décès prématurés
liés à l'ozone dans la basse atmosphère et
aux particules. L'Asie serait la première touchée.
L’OCDE ne veut pas se montrer décourageante. Le rapport
estime qu’en consacrant 1 % de la richesse mondiale en 2030
à la lutte contre ces divers déséquilibres,
le développement pourrait devenir durable. C’est ainsi
que le rapport rappelle la nécessité d’introduire
une taxe carbone afin de lutter contre le changement climatique.
Nous ajouterons pour notre part qu’il faudrait aussi introduire
une taxe méthane, puisque celui-ci est plusieurs dizaines
de fois plus générateur d’effet de serre que
le CO2. L'OCDE insiste aussi sur la nécessité de supprimer
les subventions aux énergies fossiles et même celles
aux agrocarburants, dont le bilan environnemental est aujourd'hui
de plus en plus mis en cause. La fiscalité ne devrait plus
être incitative - récompenser les bons comportements
- mais punitive, en taxant les activités qui polluent ou
exploitent sans modération les réserves planétaires.
Mais en lisant les suggestions du rapport, on ne peut que s’interroger
sur la façon dont il sera reçu tant par les pays industrialisés
que par les pays en développement. Nous pensons que devant
la multiplication récente de rapports aussi alarmants, il
faudrait se demander quel sera leur poids effectif sur les prises
de décisions collectives. L’opinion alertée
pourra-t-elle finir par faire évoluer les responsables politiques
et économiques, alors que ceux-ci tirent leurs pouvoirs et
leurs revenus de l’accentuation des tendances actuelles à
la destruction du monde. Sommes-nous au contraire confrontés
à des mécanismes aussi inexorables que la dérive
des continents et autres grandes évolutions cosmologiques,
dont nous devrons être les spectateurs puis les victimes passives.
Que des hommes soient impliqués dans les mécanismes
économico-politiques dénoncés par ces rapports
pourrait faire espérer que la raison l’emportera. Mais
n’est-ce pas faire une part trop grande à la raison,
dans la mesure où les individus mettent leur raison principalement
aux services de comportements largement déterminés
par l’héritage génétique, comme le besoin
de se multiplier, d’exploiter les ressources jusqu’à
leur disparition, de conquérir sans cesse de nouveaux territoires,
de détruire ceux qui ne pensent pas comme eux.
Nous pensons qu’il serait temps d’aborder, de façon
aussi rationnelle sinon scientifique que possible, la question de
l’avenir de la planète confrontée à la
prolifération d’une humanité incapable d’évoluer
vers des formes de sociétés moins inhumaines, que
certains pourront appeler post-humaines.