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24 avril 2009
Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin
G20 : le dit
et le non dit
Un
G20 à ne pas confondre avec une véritable prise de
conscience mondiale des problèmes de la planète. La
démarche entreprise n’est pas à rejeter, mais
elle ne doit pas cacher tout ce qui resterait à faire, dans
un monde où l’intérêt général
l’emporterait.
La
réunion des chefs d’Etat des vingt pays les plus puissants
du monde, dite G20, qui s’est tenue à Londres le 2
avril, a été présentée par tous comme
un succès. Face à la crise financière mondiale,
les gouvernements et les grandes institutions internationales intéressées,
FMI et OMC notamment, décidaient de réagir et proposer
des mesures coordonnées. Un catalogue de telles mesures,
visant à réguler et « moraliser » le monde
de la finance, jusque là rebelle à tous contrôles,
a été arrêté. Pour les pays européens,
France et Allemagne en tête, qui avaient dès le précédent
G20 affirmé cette volonté, il s’agit d’un
succès. Barack Obama et Gordon Brown, jusque là réservés,
face à l’hostilité de Wall Street et de la City,
ont pour leur part réussi à montrer qu’ils prenaient
du recul face aux puissants lobbies de la finance dite anglo-saxonne.
Le groupe des BRIC, qu’il vaudrait mieux par ordre d’importance
nommer les CIRB (mais c’est moins euphonique), Brésil,
Russie, Inde et Chine, a fait reconnaître son existence officielle
compte tenu des potentiels énormes de développement
(voire de catastrophes) qu’il recèle. Le FMI enfin
s’est présenté non comme le destructeur des
économies des pays pauvres mais comme leur sauveur potentiel.
On
devine que tout ceci, sans être totalement inexact, cache
des points que l’on n’a pas voulu souligner. Le premier
concerne les Etats-Unis. Barack Obama voulait faire de ce sommet
la réaffirmation de la volonté américaine d’imposer
sa loi au monde, notamment à travers les banques américaines
et le dollar, monnaie d’échange universelle. Il a dû
jouer en fait beaucoup plus modestement. Les banques américaines
restent en sursis, malgré les avantages inouïs dont
elles ont bénéficié de la part de l’Etat
fédéral, aux dépens des épargnants et
des contribuables. Leur actuel « redressement », proclamé
à grands cris, paraît relever plus de la propagande
que de la réalité. Le dollar est désormais
fragilisé, menacé par les BRIC de ne plus être
utilisé dans leurs échanges internes, et remplacé
par un paquet de monnaies plus solides : euro, yuan, yen. Quant
aux grandes stratégies diplomatico-militaires ayant fait
la force de l’Empire américain depuis un demi-siècle,
elles paraissent toutes en difficulté, voire en recul. Il
s’agit d’ailleurs à notre avis d’une excellente
chose.
Un
deuxième point concerne la faiblesse persistance des pays
de l’Union européenne, gangrenés par la crise
financière et plus généralement économique
et sociale due à un refus permanent de politiques unies d’harmonisation
législative et de grands investissements publics dans les
sciences, les technologies avancées et dans la formation
supérieure. Ni Angela Merkel ni Nicolas Sarkozy, et a fortiori
pas Gordon Brown, ne peuvent cacher que derrière leurs exhortations
à la relance se trouve un vide sidéral. Comment, dans
ces conditions imposer une quelconque discipline aux investisseurs
internationaux qui vont continuer, y compris dans les paradis fiscaux
dont la disparition ne sera pas pour demain, de décider pour
les Européens de ce pour qui et pour quoi ils devront travailler
– à supposer que les Européens conservent du
travail ?
Si
enfin les BRIC peuvent incarner la montée en puissance des
pays émergents, et aussi celle des inévitables difficultés
qu’ils vont rencontrer, ils ne peuvent et ne veulent pas parler
au nom des pays vraiment pauvres, plus immergés qu’émergents.
Le FMI faute de moyens ne le pourra pas non plus. Ce n’est
d’ailleurs pas pour cela qu’il a été créé
et renforcé aujourd’hui. Le G20 n’est donc pas
pour eux. L’ONU pourrait les représenter, mais le G20
n’est pas une instance onusienne et demeure soumis à
la volonté de ses membres les plus puissants. Ceux-ci ne
se préoccupent des pays pauvres, notamment africains, que
pour exploiter à leur place leurs ressources naturelles et
leur interdire toute émigration hors de leurs frontières.
Ceci
nous conduit à la véritable conclusion qu’il
faudrait tirer de ce G20 présenté "comme une
réussite exemplaire de la communauté internationale
face à une crise dite systémique". La volonté
de limiter les dossiers à ceux de la finance permet de ne
pas voir que les vrais problèmes, générateurs
des difficultés économiques mondiales actuelles et
plus encore des futurs désastres écologiques et environnementaux
déjà enclenchés, n’ont pas été
abordés. Peut-être aurait-ce été trop
demander, pour un début de concertation internationale ?
Mais il ne faut pas dissimuler le fait que dès cette année,
au-delà des réunions destinées à poursuivre
le processus de Kyoto (qui se présentent mal), de futurs
G20 étendus devraient dès maintenant être préparés,
avec des programmes extrêmement autoritaires et régulateurs
visant à changer complètement l’ordre économique,
politique et démographique mondial. On en est loin. Nous
en avons souvent traité sur ce site. Inutile d’y revenir
dans cet éditorial. Mais nous aimerions que les Européens,
qui pourraient faire beaucoup dans un sens salvateur, grâce
à leurs indiscutables traditions de civilisation, fassent
mieux qu’actuellement entendre leurs voix. Ce ne sont malheureusement
pas les dirigeants actuels qui s’y risquent, ni leurs conseillers
techniques...