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1er mars 2009
Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin
La fin certaine
des civilisations
telles que nous les connaissons?
Quand le désert empiète sur les terres fertiles
(ici près de Duhang, en Chine)
Doom,
Doom, Doom, tel est le refrain sinistre dont de plus en plus de
scientifiques qui ne cherchent pourtant pas le sensationnel veulent
aujourd'hui nous rendre conscients. Que disent ces Docteurs Doom,
comme les désignent leurs adversaires ? Qu'il est désormais
trop tard pour compter sur la réduction de la production
des gaz à effets de serre pour éviter une hausse de
4° C minimum des températures moyennes d'ici 2050-2090.
La réduction des émissions, pour être efficace,
devrait être, tous facteurs confondus, de 75% par an vers
2015. Or, malgré les mesures à grand peine entreprises
aujourd'hui, la courbe restera croissante d'environ 4% par an. Malheureusement,
une hausse de 4° des températures détruirait les
civilisations tels que nous les connaissons.
Nul
ne voit en l'état actuel des technologies comment les émissions,
et autres causes de réchauffement associées, pourraient
être réduites, ni dans la décennie ni plus tard.
On se trouve en face, comme nous l'avons souligné par ailleurs,
de mécanismes anthropotechniques échappant à
tout contrôle par ce que l'on croit encore nommer la volonté
humaine. Chacun défend son petit intérêt et
la maison, selon le mot plus que jamais valable de Jacques Chirac,
continuera à brûler. Nous devons pour notre part saluer
le magazine britannique NewScientist qui dans son numéro
du 28 février 2009, a enfin ouvert ce dossier terrifiant(1).
Pour
les scientifiques, qui s'évertuent à nous alerter,
James Hansen, Paul Crutzen, Peter Cox, sans oublier James Lovelock(2),
il est donc temps de préparer deux types de solutions aussi
hasardeuses les unes que les autres. Les premières consisteront
à envisager sérieusement les méga-projets dits
de géo-ingénierie visant à diminuer l'ensoleillement
de la Terre et accélérer les processus d'absorption
des gaz à effet de serre. Ces projets étaient considérés
jusqu'ici comme des tentatives émanant de divers lobbies
politico-industriels pour ne pas réduire la consommation
de pétrole ou pour faire financer des programmes technologiques
plus faciles à vendre dorénavant que les grands programmes
d'armement des décennies précédentes. Les approches
jusqu'ici envisagées (et parfois testées à
petite échelle), n'apparaissaient pas convaincantes. Elles
étaient grosses de risques mal étudiés susceptibles
d'être pires que le mal. Mais pour les plus sérieux
des Docteurs Doom concernés, si l'humanité se trouvait
confrontée à une destruction proche, elle pourrait
sans doute développer de tels programmes, sciences et technologies
aidant, à des coûts abordables. On enregistrerait certainement
des retombées négatives, mais celles-ci ne seraient
pas pire que ce qui se passera si rien n'est fait.
D'autres
types de solutions devraient être conduites, y compris en
parallèle des premières car la géo-ingénierie
ne serait certainement pas efficace à 100%. Il s'agira de
préparer dès maintenant la survie des humains sur
une Terre dont les régions habitables et productives actuelles
seront détruites par le réchauffement. Les problèmes
à résoudre seront immenses. Il faudra d'abord abandonner
les zones les plus peuplées et les plus fertiles, qui auront
été soit inondées soit désertifiées.
On les évacuera au profit de zones encore inhospitalières
aujourd'hui, mais qui deviendraient vivables, aux pôles et
dans les régions de toundra qui s'étendent au nord
des continents américain et eurasiatique. Dire que ces régions
seraient vivables est excessif. Elles permettront tout juste la
survie. Les milliards d'humains concernés seront obligés
de s'entasser dans des mégapoles verticales destinées
à libérer le maximum de terres cultivables et d'aires
industrielles consacrées à la production d'énergies
renouvelables. L'alimentation sera principalement végétale
ou artificielle. La vie sauvage sous ses formes actuelles disparaîtra
totalement, sur terre et dans les mers. Ne survivront que les parasites
et bactéries.
L'avenir
sera en fait si sombre, les plaisirs et joies attachés à
la vie d'aujourd'hui se seront tellement raréfiés
que l'humanité traverserait certainement des crises morales
profondes, avec augmentation des suicides et refus de la reproduction.
Si à cela s'ajoutent les guerres et affrontements, ainsi
que des pandémies inévitables, la population pourrait
tomber, comme le pronostique James Lovelock, à un petit milliard
d'humains. Mais cela serait suffisant pour assurer la survie de
l'espèce. Les spécialistes de la gestion des grands
systèmes collectifs mettent de toute façon en garde.
Les solutions esquissées ici, évacuation et réimplantation,
gestion nécessairement autoritaires des ressources subsistantes,
contrôle des affrontements entre les mieux dotés et
les autres, conflits ethniques et religieux, nécessiteront
des appareils d'administration publique et de gouvernement mondial
dont les organisations nationales et internationales contemporaines
se montrent incapables.
Les
scientifiques, climatologues ou ingénieurs qui envisagent
ces solutions ne sont pas très nombreux. Apparemment, beaucoup
préfèrent faire ce qui a jusqu'ici toujours été
fait : se fier à la survenue d'événements ou
de découvertes qui modifieraient le diagnostic. Ainsi peut-on
continuer à mener le train actuel, même si la survenue
de crises de plus en plus violentes, comme nous allons en vivre
prochainement, dément la pertinence d'un tel optimisme. Nous
pensons pour notre part qu'il est devenu désormais indispensable
d'adopter les versions les plus pessimistes des projections. Certes,
les grands dégâts prévus par les prévisionnistes
n'affecteront que les enfants ou les petits enfants des adultes
d'aujourd'hui. Pourquoi s'en inquiéter déjà
? Par ailleurs, nombre de personnes plus âgées dont
certaines détiennent les leviers de commande, se rassureront,
si l'on peut dire, en se disant qu'elles ne verront pas tout cela.
Mais ce serait, pour les uns comme pour les autres, se comporter
avec un aveuglement et un égoïsme bien contraire à
l'esprit scientifique. Il nous semble qu'il faut au contraire dès
maintenant se préparer au pire, non seulement en élaborant
des modèles théoriques réalistes, mais aussi
en réduisant fortement des trains et modes de vie qui, quoiqu'il
arrive, sont déjà condamnés(3).