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11 avril 2011
Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin
L'énergie,
les programmes politiques et l'Europe
Plus
les jours passent, plus il apparaît que l'accident nucléaire
de Fukushima, dont les suites sont loin d'être maîtrisées,
posera au monde entier la question de l'énergie. Les sociétés
modernes ont-elles besoin des quantités toujours croissantes
d'énergie qu'elles consomment ? De quelles sources par ailleurs
doit provenir cette énergie, étant entendu que les
combustibles fossiles accélèrent le réchauffement
climatique et la pollution, que le nucléaire présente
des risques désormais non dissimulables et que les énergies
renouvelables sont loin de pouvoir encore répondre à
l'ensemble des besoins ? Les citoyens sont de plus en plus désireux
de voir ces questions traitées avec le maximum de clarté
possible. Le temps devrait être révolu où les
grands choix étaient faits de façon technocratique
ou pire, sous la pression d'intérêts économiques
à la recherche du profit immédiat aux dépens
de l'intérêt général.
Nous
avons pensé pour notre part que, comme tous ceux ayant une
compétence aussi modeste soit-elle dans les questions techniques
comme dans les questions d'ordre administratif ou politique, il
nous appartenait de nous prononcer sur ces thèmes. C'est
ainsi que le lecteur trouve sur ce site un
premier article qui, outre un rappel de considérations
générales sur l'énergie, propose en conclusion
la mise en place d'une Communauté européenne de l'énergie,
le seul organe ayant selon nous l'autorité suffisante pour
poser au niveau des opinions publiques européennes les questions
de société inclues dans les décisions énergétiques.
Arrêtons-nous
un moment sur ce point. Comment se fait-il que les partis politiques
européens ne se saisissent pas de ces questions ? Ils devraient
s'appuyer sur l'expérience douloureusement acquise en ce
moment au Japon pour élever le niveau des programmes qu'ils
proposent aux électeurs. Prenons l'exemple des partis socialistes
européens, qui semblent espérer pouvoir dans certains
pays retrouver les majorités qu'ils avaient perdues.
S'ils
voulaient à être à la hauteur des ambitions
qu'ils expriment, en recommandant aux citoyens des changements de
société profonds, susceptibles de dynamiser l'enthousiasme
et la participation de tous ceux que décourage actuellement
la politique, ils devraient éviter de se limiter à
des mesures certes estimables mais timorées, dont ne sortira
pas la grande flamme qui serait nécessaire.
Le
programme que vient d'adopter le parti socialiste français
est un exemple de cette timidité. Par volonté de rassembler
les tendances internes au parti, tout en s'efforçant de recruter
des voix au centre sans refuser le soutien des diverses gauches,
il est particulièrement terne. En dehors de dispositions
intéressant la fiscalité, qui présentent quelques
innovations, il s'agit d'un ensemble de mesures qui seront aussi
vite oubliées que formulées. Les réflexions
du parti socialiste allemand ou de la gauche du Labour britannique,
autant que l'on puisse en comprendre le sens, présentent
la même banalité. Quant aux partis socialistes espagnol,
italien, portugais ou grec, à part tenter d'atténuer
la «rigueur» imposée par le FMI et l'Union européenne,
on ne trouvera rien d'intéressant dans leurs idées.
Ce
ne sera pas sur ces bases que ces partis pourront durablement s'imposer.
S'ils réussissent à revenir au pouvoir, du fait de
l'asthénie encore plus grande qui frappe les droites européennes,
ce sera pour assurer une gestion au jour le jour dont il ne restera
rien après quelques mois. En aucun cas ne se dessinera le
monde nouveau dont la plupart des citoyens ressentent un besoin
urgent sans être généralement capables de dire
quelles formes il devrait prendre. Ce rêve d'un monde nouveau
risque de rester longtemps un rêve animant au mieux de jeunes
manifestants n'ayant que la rue pour s'exprimer.
Il
faut bien voir cependant qu'aucune réforme profonde ne peut
être envisagée à l'échelle d'un seul
pays. Dans un monde où les forces dominantes se regroupent
en grands ensembles géopolitiques, aucun pays européen
ne pourrait à lui seul définir des ambitions et conduire
des politiques sans l'appui des autres autrement dit en dehors
d'un cadre européen. Malheureusement le cadre européen
existant, celui offert par l'Union européenne, est si défaillant,
si soumis aux intérêts extérieurs, que les gauches
européennes osent à peine mentionner l'Europe comme
cadre de réformes approfondies.
Nous
pensons que les problématiques de l'énergie présentent
une occasion unique de sortir de cette timidité face aux
approches européennes. Les institutions européennes
actuelles ne permettraient certainement pas de traiter la question
véritablement philosophale de la façon dont on produit
l'énergie, à quels usages on l'affecte et que seraient
les organismes (essentiellement publics) capables de mettre l'ensemble
en musique. Il faut aller plus loin.
Nous
reprenons donc ici une proposition qui fut faite récemment
par quelques bons esprits et oubliée immédiatement
: celle consistant à créer une Communauté européenne
de l'énergie ayant dans son domaine les moyens d'une réelle
ambition, qui manque à l'actuelle Union européenne.
Nous
aimerions que les partis socialistes européens, qui devraient
en bonne logique se retrouver dans une telle proposition, la reprennent
à leur compte et la proposent ensemble aux citoyens européens.
Rien n'empêcherait évidemment les autres tendances
politiques de faire de même. L'énergie intéresse
tout le monde. Pour le meilleur comme pour le pire, elle est sans
frontières.