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26 mai 2012
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin

Des organismes biologiques aux systèmes numériques :
un processus continu d'autonomisation

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Appelons systèmes numériques des systèmes associant des technologies de communication et de mise en mémoire, des composant robotiques et des logiciels d'intelligence artificielle. Ces systèmes se nourrissent de données qu'ils recueillent dans le monde naturel ou dans les sociétés humaines. Nous faisons l'hypothèse que ces systèmes apparaissent, se développent et s'autonomisent à partir de processus comparables à ceux caractérisant les organismes biologiques. Ils donnent naissance à des systèmes que nous nommons cognitifs, c'est-à-dire capables de se représenter eux-mêmes au sein de "cartographies" qu'ils se donnent de leur environnement, le tout avec des performances très inégales, dépendant des capacités de leurs entrées-sorties et de leurs mémoires centrales. Leur organisation spontanée en réseaux augmente leurs capacités cognitives. On pourraitparler ici d' "acquis culturels". Des processus de même nature ont été depuis longtemps identifiés par les biologistes concernant l'apparition et le développement de la vie sur Terre.

Si cela était le cas, il serait possible d'envisager une loi générale de développement des systèmes complexes, quelle que soit leur nature, à partir d'un état fondamental ou initial (toujours présent évidemment) que, pour simplifier, nous nommerons "le vide quantique". Cette loi intéresserait, avec des formulations globalement identiques, toutes les formes de vie existantes à ce jour, incluant évidemment les sociétés humaines. Mais elle intéresserait tout autant les systèmes artificiels déjà présents ou susceptibles de se développer sur Terre, voire à terme sur d'autres planètes, d'abord à l'initiative des humains, ensuite de leur propre chef.

Postuler qu'une telle loi serait envisageable relève-t-il d'une illusion ? Pourrait-on comparer, sinon en jouant sur les mots, des formes de développement en apparence profondément différentes ?
Ceci nécessite le rapprochement d'un grand nombre de sciences jusqu'ici peu enclines à coopérer.
Et quel serait l'intérêt d'une telle démarche ? Quelles conséquences pourrait-on en tirer sur le plan de la pratique expérimentale ?

Pour répondre à ces questions, et que ce soit dans les sciences, les philosophies ou les religions, on peut admettre que les humains s'intéressent particulièrement aux changements évolutifs qu'ils perçoivent dans le monde. Ils tendent à y rechercher les lois, sinon à en inventer sous forme de "narrations". Agir de cette façon constitue un puissant stimulant pour l'observation, l'expérimentation et l'action. Et comme le regard porté aujourd'hui sur le monde découle d'un nombre croissant de disciplines scientifiques, il est donc logique d'y chercher les cohérences et des règles communes. On peut alors espérer, sinon la formulation d'une "Théorie du Tout", au moins voire émerger des approches de plus en plus englobantes, dont chaque science pourrait bénéficier.

InterdisciplinaritéQuant à la possibilité de rapprocher des sciences aussi différentes que la physique quantique, la biologie(et plus particulièrement la génétique), l'anthropologie, les sciences de l'informatisation(1)... l'expérience permise par douze ans consacrés à tenter de procéder à de tels rapprochements interdisciplinaires sur le site Automates Intelligents nous a convaincus que cela, non seulement n'était pas impossible mais que cela s'imposait. Les revues d'articles et d'ouvrages que nous avons faites, les entretiens que nous avons conduits, ont tous apporté des arguments en faveur de tels rapprochements.

Plus directement, notre démarche éditoriale a pu bénéficier des apports conceptuels de la physicienne Miora Mugur Schächter, du biologiste Jean-Jacques Kupiec, du professeur d'informatique Alain Cardon, du "méméticien" Howard Bloom. Nous les en remercions.

Pour en revenir au thème qui donne son titre à cet éditorial, sans prétendre - ce qui serait incorrect - enrôler ces scientifiques dans la définition d'une théorie unifiée de l'évolution des systèmes vers l'autonomie, nous pouvons encourager nos lecteurs à étudier et discuter leurs travaux, dont certains sont accessibles en téléchargement gratuit sur ce site. Jean-Paul Baquiast se permettra d'y ajouter ses propres écrits portant sur ce qu'il a nommé les systèmes anthropotechniques. Certes, la plupart des travaux d'intégration sont encore à réaliser, mais une direction claire paraît désormais pouvoir être définie.

Sur le plan épistémologique, il nous semble qu'une contribution fondamentale de Mme Schächter doit figurer en exergue de toutes contributions ultérieures. Elle vise à identifier des processus communs intéressant le développement vers l'autonomie tant des systèmes biologiques que des systèmes artificiels. Il s'agit de ce qu'elle a nommé la méthode de conceptualisation relativisée (MCR). Elle postule qu'il n'existe pas de "réel en soi", indépendant des observateurs, mais des constructions nécessairement situées dans le temps et dans l'espace, associant un observateur, ses instruments et une entité sous-jacente dont on ne peut rien dire a priori, sauf à constater que cette entité "répond" d'une façon bien définie, dans le cadre de certaines expériences.
Il s'agit d'un postulat qui sous-tend l'essentiel des travaux des physiciens quantiques. Mais un peu d'attention montre qu'en y apportant certaines nuances, il devrait utilement être étendu à l'ensemble des sciences dites macroscopiques. Nous essayons d'ailleurs de le rappeler dans un essai en cours de rédaction pour le compte de chercheurs associés dans la promotion de la MCR.

(1) Incluant leur aspect le plus élusif, celui des systèmes dotés de "conscience artificielle".


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© Automates Intelligents 2012

 

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