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9 août 2015
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin

Alerte aux risques possibles de grande ampleur entraînés par de nouvelles recherches en biologie génétique


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Mécanisme possible pour CRISPR
Mécanisme possible pour CRISPR

Un nouveau risque du même type que les recherches concernant les armes létales autonomes, celui des recherches portant sur les conducteurs d'expression génétique, dits "gene drives", vient d'être rendu public par un groupe de 26 scientifiques directement impliqués dans ces recherches.

Ainsi nommés pour leur capacité à se déplacer à l'intérieur des génomes durant de nombreuses générations des espèces porteuses, ces gene drives amplifient les capacités d'expression des gènes auprès desquels ils se positionnent. Ils se localisent en amont de la séquence codante. Or ils sont organisés naturellement de telle sorte qu'ils peuvent être transmis lors de la reproduction de l'organisme à la totalité des descendants de celui-ci, et non à la moitié d'entre eux.

Il s'agit d'éléments à base d'ARN se trouvant dans la plupart des génomes des espèces naturelles. Ils accroissent les chances de transmission des gènes "infectés" par eux à l'ensemble des descendants. Ils peuvent donc se répandre rapidement eu sein des populations s'ils ne sont pas contrôlés. Cette transmission se fait indépendamment des conséquences qu'elle peut avoir sur l'adaptabilité de l'organisme. Autrement dit, les gene drives sont transmis même s'ils ont des effets négatifs sur l'adaptabilité des espèces concernées. Dans la nature, leurs effets favorables l'emportent cependant sur leurs effets nuisibles, du fait de leur dispersion réduite.

Des gene drives de synthèse ont été développés pour la première fois, dans le cadre des recherches en biologie génétique, afin d'être utilisés dans la lutte contre la reproduction des moustiques transmetteurs de la malaria. L'objectif est d'obtenir des populations de moustiques dépourvues de ceux portant les gènes transmetteurs de la malaria afin de les éradiquer définitivement. Mais cette pratique, si elle se développait, ne serait pas sans danger.

Un groupe de 26 chercheurs intéressés par les recherches de ce type ont publié un appel de mise en garde. Ils recommandent différentes mesures de précaution visant à prévenir la diffusion des résultats obtenus par les laboratoires s'intéressant aux genes drives, que cette diffusion soit accidentelle ou d'origine criminelle.

Au-delà des moustiques, de nombreux chercheurs développent en effet des gene drives synthétiques qui pourraient être diffusés intentionnellement au sein de diverses populations d'espèces sauvages afin d'altérer leurs capacités à transmettre des maladies, et plus simplement à empêcher la reproduction des espèces considérées – à tort ou à raison – comme nuisibles.

Un éditeur de gene-drives

Un éditeur de gene-drives nommé CRISPR a été développé pour systématiser la lutte contre les espèces d'insectes porteurs de diverses maladies affectant l'homme, ou ayant un effet destructeur sur les cultures. La méthode a été présentée comme protégeant l'environnement au contraire de l'utilisation de pesticides divers. Elle peut également lutter contre la prolifération d'espèces nuisibles telles que les rats ou certains variétés de crapauds (cane toad).

Jusqu'ici, les espèces dites transgéniques, aux génomes modifiés, ne se répandent pas facilement dans la nature puisque seulement 50% de leurs descendants leur survivent. Avec l'utilisation de gene-drives, ce seront 100% des descendants qui survivront.
Or, utilisés au sein d'espèces mobiles, telles les moustiques ou les mouches du fruit, ces génomes modifiés pourront s'étendre à de nombreuses autres espèces, sans qu'il soit possible de prévoir ou prévenir leur dispersion.

Une mise en garde

Aussi les chercheurs travaillant au sein des laboratoires poursuivant des recherches sur les gene drives, telle la Synthetic Biology Platform au sein du Wyss Institute, ont commencé à rédiger des guides d'usage et de précaution visant à empêcher les dérives. Le document est désormais accessible en open source.

Les 26 auteurs de la mise en garde, appellent tous les chercheurs qui travailleront dans ce domaine à adopter de sévère mesures de confinement destinées à éviter que les produits de ces recherches n'aillent contaminer des espèces sauvages. Ceci même si les laboratoires sont en compétition les uns avec les autres pour commercialiser les produits de leurs recherches.

On ne peut que féliciter les auteurs de cet appel. Mais sachant avec quelle vitesse se propagent les produits scientifiques et industriels pourtant considérés comme nuisibles pour l'environnement et au-delà, pour l'espèce humaine elle-même, on ne pourra pas éviter un certain scepticisme.

Pour en savoir plus :
* Gene drives
* CRISPR
* Wyss Institute
* At the frontier of biosafety

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© Automates Intelligents 2015

 

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