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La recherche assistée des causes grâce aux algorithmes : une nouvelle façon de penser le monde
L'Arabie Saoudite met en danger l'application des résolutions de la COP21
La COP 21 ignore le problème essentiel

02 janvier 2016
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin

L'Arabie Saoudite met en danger l'application des résolutions de la COP21

baril de pétrole

Durant la conférence internationale COP 21, l'Arabie Saoudite a été le seul pays à s'opposer à des conclusions risquant à ses yeux de compromettre l'avenir d'un pétrole dont elle tire l'essentiel de son pouvoir. Beaucoup d'autres pays producteurs de carburants fossiles ont été tentés, durant les discussions, de suivre cet exemple mais se sont finalement rangés à une voix de la raison.
Et s
i le Royaume des Saoud avait finalement renoncé à exprimer un véto clair, il n'avait pas renoncé à promouvoir la consommation de pétrole sous des formes plus discrètes.

Aujourd'hui il le fait de différentes façons, notamment par des pressions politiques explicites sur les gouvernements qui espèrent de lui obtenir différents types de contrats. Rappelons qu'en France, le gouvernement espère des Saoud plus de 10 milliards d'achats divers, en matériels militaires et biens d'équipement notamment. Elle n'est pas évidemment la seule.

Mais une façon plus simple d'assurer la défense de sa domination du marché des produits pétroliers consiste à continuer à inonder le marché de pétrole, bien au-delà de la demande actuelle, ce qui se traduit par le maintien du prix du baril à des niveaux anormalement bas, soit aujourd'hui quelque 35 dollars comparés aux 100 dollars des années précédentes. Le Royaume peut supporter des prix de vente bas compte tenu de l'abondance de ses ressources, l'importante quantité produite compensant le manque à gagner sur chacun des barils vendus. Il peut d'autre part puiser dans ses réserves de change.

Certains observateurs notent actuellement qu'il traverse certaines difficultés financières, notamment dues à ses dépenses militaires contre les rebelles chiites Houtis au Yémen. Mais elles ne seront que passagères compte tenu de l'importance de ses placements productifs dans le monde entier.

Faut-il rappeler en quoi un prix du baril maintenu artificiellement bas contribue à rendre sans effets les bonnes résolutions de la COP21 ?
D'une part, il décourage l'essentiel des investissements visant à développer des sources d'énergies renouvelables moins productrices de CO2, et d'autre part visant à encourager les économies d'énergie. Dans un article précédent (cf. Les prix du pétrole vont-ils continuer à baisser), nous avions émis l'hypothèse que les recommandations de la COP21 pourraient contribuer à lancer définitivement dans les grands pays industriels les recherches visant à concurrencer le pétrole.
Mais il est évident que plus le prix de celui-ci est bas et plus longtemps il le reste, moins ces investissements seront attrayants pour des économies restant soumises à la loi du marché. Dans l'immédiat, plus le prix du pétrole est bas, plus les consommateurs, par exemple les usagers de véhicules utilisant des moteurs à explosion, sont encouragés à ne pas restreindre leurs habitudes dépensières.

Mettre en difficulté les ennemis politiques

Une autre conséquence, moins perceptible car plus politique, de l'abondante quantité de pétrole produit et vendu par le Royaume des Saoud est qu'elle vise à rendre difficile le développement des pays considérés par Ryad comme des ennemis politiques. Ceux-ci comptaient précisément sur des prix plus élevés du baril pour financer leurs propres investissements, non seulement en matière de production et distribution de pétrole et gaz à partir de leurs propres réserves, mais en matière de développement économique en général, y compris dans le domaine des énergies alternatives.

Parmi les pays visés se trouvent la Russie, le Venezuela, le Brésil et, dans une certaine mesure, l'Amérique du Nord productrice potentielle de gaz de schistes. Parmi des adversaires plus proches et jugés plus dangereux, l'on trouve les pays de l'arc chiite, Iran, Irak, Syrie et, même la plupart des pays de l'OPEC. Malgré les bonnes paroles qu'elle dispense à ces pays, l'Arabie saoudite les considère comme des concurrents à éliminer.

On pourra objecter qu'empêcher la Russie ou l'Iran de vendre avec profit des produits pétroliers provenant de leurs réserves contribuera indirectement à la baisse de la production des gaz à effet de serre poursuivi par la COP21. Aussi les signataires de la résolution finale devraient se réjouir de voir l'Arabie saoudite rendre plus difficile ou moins rentable l'exploitation de leurs propres réserves par ses concurrents.
Mais encore une fois, il s'agirait d'une vision à courte vue. Le pétrole que ne pourrait pas vendre la Russie et l'Iran sera de toutes façons produit par l'Arabie saoudite et consommé par le reste du monde. Mais l'Arabie saoudite, contrairement aux autres pays, se gardera bien de développer des énergies renouvelables, comme la Russie, l'Iran ou la Chine, sans mentionner l'Europe, qui se sont résolues à le faire.

Pourrait-on espérer que la communauté des pays signataires de la résolution de la COP21 interviennent pour empêcher les Saoud de poursuivre leurs politiques pétrolières mortifères ?
Une telle intervention serait aussi justifiée par ailleurs compte tenu des agressions contre ce qu'il faut bien appeler les valeurs de la civilisation, à laquelle disent se rattacher les Etats ayant participé à la COP21.


© Automates Intelligents 2016

 

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