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Octobre 2000
AUTEUR
Eléments de
définitions :
- Intelligence
- Cybionte
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Eléments de définition
précédents
intelligence
artificielle ; automate
; paradigme de l'automate
Avertissement: ces
définitions n'ont aucun caractère vraiment
scientifique, ni même philosophique ou politique.
Elles visent seulement à illustrer les propos parfois
sibyllins ou trop rapides de nos deux amis Alain et Bernard.
Nous les modifierons éventuellement au fil des discussions.
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Intelligence (
Voir aussi : intelligence artificielle)
Intelligence : faculté de comprendre,
de saisir par la pensée (Larousse).
Concept particulièrement flou, mis un peu à toutes
les sauces, dont nous aurions aimé pouvoir nous passer. Nous
l'utilisons fréquemment à propos des automates (les
automates intelligents) parce qu'il connote certaines catégories
de performances dont le grand public croit avoir une connaissance
suffisante. En fait, nous aurions mieux fait de parler d'automates
conscients, mais le concept de conscience est trop lié aux
neurosciences pour pouvoir être utilisé sans précisions
à propos des automates.
Avant de proposer ci-dessous les critères généraux
de l'intelligence, il n'est pas inutile de réflechir à
la portée possible du concept. Il semble que la meilleure
façon de définir et mesurer l'intelligence d'un organisme
consiste à élaborer des batteries de tests et d'essais
auxquels cet organisme sera soumis. Il ne s'agira pas seulement
de mesurer le populaire QI, mais tout ce qui concerne les activités
sensorielles, motrices et intellectuelles, en environnement plus
ou moins diversifié et complexe. Ce sera donc le fonctionnement
du corps, en principe sous le contrôle de l'esprit, qui sera
mesuré. On pourra dans ce cas définir l'intelligence
comme un ensemble d'aptitudes permettant à un animal ou à
un automate d'accomplir vite et bien un certain nombre de fonctions
relevant du traitement de l'information symbolique, au sein de systèmes
neurologiques capables de computation. Les tests pourront être
adaptés à des espèces particulières,
en faisant apparaître les différences de réaction
des individus à l'intérieur de ces espèces.
Ils pourront aussi s'adresser à toutes sortes d'espèces
ou d'entités différentes, afin de mesurer leurs performances
comparées.
La théorie computationelle
de l'esprit s'efforce de préciser les bases et les processus
neurologiques servant à commander les comportements intelligents
de chaque espèce vivante, qui sont tous évidemment
les résultats de sélections darwiniennes ayant permis
à ces espèces de survivre dans leur environnement.
Mais une question se pose: le réflexe, lui-même programmé
depuis longtemps par un circuit neuro-moteur lui-même mis
en place sous contrôle génétique, est-il intelligent?
Peut-on, même en face de réflexes particulièrement
subtils, commandés par des circuits nerveux complexes,
parler d'intelligence? A ce compte, tout dans la nature serait intelligent,
même au niveau d'une simple molécule réplicatrice
ayant survécu à la concurrence de ses rivales, ou
ayant développé des mutations mieux adaptées
qu'elle-même à la survie?
L'on ne doit pas en effet confondre l'invention résultant
du fonctionnement de l'esprit appliqué à un problème
bien défini et concret à l'invention dont a toujours
fait preuve l'évolution. La nature invente sans cesse, mais
pas nécessairement de façon "intelligente", car sans
utiliser de modèles symboliques, tout au moins dans les organismes
ne disposant pas de systèmes nerveux centraux. Elle invente
sur le mode de la réplication génétique, grâce
aux erreurs de reproduction qui peuvent initialiser des solutions
nouvelles mieux adaptées. Elle le fait au hasard, très
lentement, sans stratégies finalistes, évidemment,
et dans le cadre de filières sélectives dont il lui
est difficile de sortir à moins de catastrophes. Avec l'apparition
des systèmes nerveux traitant de l'information symbolique
(eux-mêmes rappelons-le mis en place sous la commande de gènes
spécifiques apparus à un certain moment de l'évolution
dans certaines espèces vivantes) systèmes nerveux
auxquels nous pourrions réserver le qualificatif d'intelligents,
les machines à inventer naturelles apprennent à faire
des liens entre filières, sur un rythme rapide, et peuvent
ainsi gagner des avantages dans la compétition darwinienne.
Même au sein des espèces dotées de systèmes
nerveux, nous faudra-t-il réserver le terme d'intelligence
aux réflexes adaptatifs et ouverts, plutôt qu'à
ceux apparaissant figés depuis des milliers de générations,
mais ayant néanmoins survécu? Faut-il réserver
ce terme aux produits de l'activité du seul cerveau humain,
notamment dans le domaine du langage, et de l'articulation entre
idées ou "mèmes", au sens de Dawkins, qu'hébergent
certaines aires cérébrales? Faut-il réserver
le qualificatif d'intelligentes aux idées répondant
à certains critères susceptibles d'être évalués
par des tests, des examens universitaires? C'est là l'ambiguïté
du concept d'intelligence, que nous indiquions au début.
Certains veulent aller plus loin en définissant l'intelligence
comme la capacité de poursuivre un but donné sans
se laisser décourager par les obstacles rencontrés,
mais au contraire en trouvant des parades à ces obstacles.
Ces parades sont généralement recherchées dans
la batterie de comportements ou d'outils dont dispose le sujet,
mais qu'il n'aurait pas eu besoin d'utiliser s'il n'y avait pas
eu d'obstacles: par exemple monter sur une chaise pour atteindre
un aliment placé trop haut. Dans certains cas, mais le processus
demeure alors le plus souvent mystérieux, l'obtention du
but est atteinte par une invention que l'on serait tentée
de dire ex nihilo, sans doute faute d'en voir les raçines
profondes dans l'esprit du sujet. L'on peut estimer que de telles
démarches supposent un minimum de conscience de soi, dans
son environnement, avec projection dans le passé et dans
le futur. Elles ne seraient donc pas à portée d'un
animal peu doué pour la conscience, même par flashs.
La marge entre intelligence évoluée, inventive,
et conscience est en effet ténue. Dans les cas les plus simples,
l'inventeur, animal ou homme, peut procéder par essais et
erreurs inconscients, en sélectionnant la solution la plus
opportune. Son esprit compute tout seul, si l'on peut dire,
les tenants et les aboutissants d'une situation. Mais dès
que celle-ci se complique, l'appel à un minimum de conscience
primaire paraît nécessaire. Celle-ci, selon certains
psychologue, apparaîtrait très tôt, chez les
animaux comme chez les bébés humains. Pour ne pas
nous enfermer dans des débats académiques, nous pourrons
ici nous limiter à définir deux types d'intelligence,
toutes deux computationnelles: l'intelligence inconsciente, fonctionnant
sans que le sujet se représente en train d'y faire appel,
et l'intelligence consciente. Dans ce dernier cas, un cercle vertueux
peut s'établir. Le sujet, conscient que l'intelligence lui
apporte des avantages sélectifs, tend à y recourir
de plus en plus souvent, et évalue ses performances, de façon
à en améliorer le fonctionnement.
Les groupes humains, notamment les groupes structurés tels
que les entreprises, les systèmes de gouvernement, utilisent
beaucoup d'outils d'aide à l'intelligence (que nous pourrons
appeler intelligence artificielle ou intelligence assistée).
Mais ils présentent simultanément de graves carences
en intelligence évoluée (aveuglement, rigidité,
manque d'imagination créatrice). Ils obéissent en
majeure partie aussi à des déterminismes mal analysés,
hérités des sociétés animales, donnant
naissance à des comportements intelligents réflexes
sous-jacents, non perçus par l'homme, qui les apparentent
à des automates machine. Ces comportements peuvent avoir
été intelligents dans le passé (répondant
à des contraintes de l'environnement archaïque) et se
révéler inadaptés aujourd'hui, sans avoir encore
été soumis à des pressions de sélection
suffisantes pour qu'ils disparaissent. Nous évoquons cette
question dans la rubrique consacrée à l'intelligence
collective.
Si l'on s'intéresse plus particulièrement aux performances
des automates par rapport à celles des êtres vivants
ou fonctions biologiques que ces automates sont censé reproduire,
les tests d'intelligence auront un certain intérêt,
mais ils n'épuiseront pas la question de l'intelligence chez
l'automate. Si nous construisons un automate programmé pour
répondre à tous nos tests et épreuves d'intelligence,
y compris stratégiques, comme le jeu d'échec, nous
n'aurons pas beaucoup avancé. Nous aurons reproduit certains
de nos comportements intelligents, mais sans créer une entité
capable d'invention. Il faudra inévitablement en arriver
à créer des entités aptes d'elles-mêmes
(sans programmation détaillée préalable) aux
fonctions les plus nobles que nous attribuons à l'intelligence
humaine ou à celle des animaux supérieurs: capacité
de percevoir le changement, d'appréhender les problèmes,
d'y apporter des solutions adaptées et/ou originales. Il
faudra que ces robots soient dotés de moteurs ou générateurs
produisant des résultats innovants analogues à ceux
que l'évolution a fait apparaître chez les êtres
vivants, et qu'analyse la théorie computationnelle de l'esprit
déjà citée. Il faudra donc qu'ils bénéficient
des possibilités de la programmation évolutive.
Les capacités d'intelligence dans les automates mécaniques
paraissent susceptibles de s'accroître dans un proche avenir
(10-25 ans?) à grande échelle, à la fois par
le développement des mémoires dotés de vastes
capacités auto-complexificatrices (plasticité), et
par la mise en réseau d'automates répartis dans le
monde entier, multipliant sans limites prévisibles les quantités
de contenus potentiellement susceptibles d'être corrélés
ou associés. L'on parlera à cet égard d'automates
hyper-intelligents. Un point essentiel à ce sujet, qu'il
faudra constamment garder en esprit, concerne l'importance qu'il
y aura à laisser aux futurs automates hyper-intelligents
toutes possibilités d'inventer leurs propres formes et processus
discursifs ou cognitifs. Dans l'immédiat, en attendant la
survenue d'éventuelles intelligences extra-terrestres, ce
sera notre seule chance de renouveler notre vision du monde.
Comment, sous ces prémisses, et aujourd'hui, se représenter
un automate intelligent, et plus généralement, de
ce fait, l'intelligence? L'intelligence peut être consciente
(d'elle-même) ou fonctionner de façon inconsciente.
Dès qu'elle devient consciente d'elle-même, nous l'avons
vu, elle gagne en capacité de diffusion, puisqu'elle s'auto-entretient
et s'auto-stimule en cercles vertueux. Mais il n'est pas besoin
d'attendre la réalisation d'automates conscients pour commencer
à implémenter sur des machines des fonctions et comportements
caractéristiques de l'intelligence, telle que nous pourrons
la définir dans un premier temps à l'image de nos
propres comportements intelligents, de façon à disposer
d'automates aussi opérationnels que possible. Cette approche,
rappelons-le, s'inspirera du mode descendant (l'on cherche à
reproduire chez l'automate ce que l'on croit percevoir chez l'homme)
et non du mode ascendant (on laisse l'automate inventer lui-même
s'il en est capable, ses propres formes d'intelligence). Si l'on
s'intéresse aux capacités d'intelligence les plus
banales, apparaissant ou susceptible d'apparaître chez les
automates, celles-ci, détectées par les batteries
de tests évoquées précédemment, pourront
se caractériser:
- par la capacité de mettre en mémoire (passagèrement
ou plus durablement) et manipuler un nombre très élevé
de données visuelles, auditives, sensorielles, provenant
de l'activité de veille ou d'attention, à partir
desquelles le cerveau (l'unité centrale de commande, s'il
y en a) réalisera de premières synthèses
ou associations permettant notamment, par effet de renforcement,
une pré-conceptualisation ou attribution d'un sens partagé.
Ainsi, les images ou contacts émanant de "tout ce qui se
bouge" seront-ils rangés dans un espace commun, précurseur
du concept de mouvement, lui-même générateur
d'actions d'évitement. Ces facultés, semble-t-il,
relèveraient plus particulièrement, chez l'homme,
du cerveau droit. La rapidité du temps de réponse
entre perception et mise en mémoire est particulièrement
importante, afin de rendre la veille efficace,
- par la capacité de construire, à partir des données
précédentes, des modèles de plus en plus
abstraits et synthétiques du monde. Il faut disposer de
mémoires suffisamment vastes pour stocker un nombre suffisant
d'informations, mais aussi de fichiers arborescents logiquement
organisés pour classer et retrouver facilement l'information
mémorisée. A cela s'ajoutent des programmes de recherche
et d'invention (heuristique) très performants. Tout ceci
conduit aux langages, aux grammaires, y compris mathématiques.
Dans un premier temps, l'automate utilisera en effet les nombres
et les mathématiques. Ultérieurement, il pourra
disposer de modes de calculs analogiques, à partir de réseaux
de type neuronal... Le temps de réponse est moins important
en ce cas que la puissance de théorisation et l'audace
de la formulation d'hypothèses... Ces facultés seraient
considérées comme relevant plus particulièrement,
chez l'homme, du cerveau gauche,
- par la capacité d'établir rapidement des liens
nouveaux entre contenus informationnels (y compris images saisies
par les organes sensoriels) et d'en tirer des synthèses
et des hypothèses de scénarios comportementaux.
Il faut faire un lien permanent entre la formulation d'une hypothèse
théorique et la mise à l'épreuve de cette
hypothèse, d'abord de façon encore théorique
(expérience de pensée), puis in vivo, dans la vie
réelle. Il faut ensuite tenir immédiatement compte
des résultats de l'expérience pour mettre à
jour le modèle dont l'hypothèse était issue.
Ce seront les réseaux associatifs en boucles rétroactives
ré-entrantes qui joueront là le rôle essentiel.
Ces diverses aptitudes définissent les performances d'un
système intelligent en terme d'inventivité ou de
créativité. La rapidité de temps de réponse
est importante, dans la mesure où ce type d'intelligence
inventive peut faire émerger des solutions directement
utilisables dans la compétition darwinienne entre systèmes
automatiques, ou entre systèmes automatiques et organismes
biologiques...,
- par la capacité de déstructurer et restructurer
sans cesse les contenus des mémoires, afin d'éviter
la rigidité et l'encombrement fermant le système
à la perception du nouveau. Il s'agit d'un des programmes
nécessaires à l'heuristique, que l'on mentionne
rarement mais qui est essentiel pour permettre l'émergence
de solutions résolument nouvelles,
- ajoutons bien entendu que l'automate sera doté, en fonction
des tâches qui lui seront assignées, de toutes les
organes d'entrée-sortie perfectionnés, existant
déjà ou à inventer, lui permettant d'agir
en environnements inaccessibles aux sens humains. Plus ces organes
seront précis et diversifiés, plus l'automate sera
capable de s'adapter seul à des situations complexes ou
inattendues (par exemple dans des milieux extra-terrestres ou
impraticables à l'homme).
Pour terminer cette courte présentation, il n'est pas inutile
d'évoquer l'interview de Howard Gardner, "L'intelligence
au pluriel" présenté par La Recherche de décembre
2000. Nous y reviendrons ultérieurement. Disons simplement
ici que Howard Gardner est professeur de psychologie de la connaissance
à la Graduate School of Education de Harvard. Dans cet article,
il présente l'hypothèse que les êtres humains
sont susceptibles de développer plusieurs formes d'intelligences
correspondant à des aptitudes distinctes et à l'implication
de différentes régions du cerveau. Inutile d'énumérer
ces formes, sur le contenu et les frontières desquelles il
est d'ailleurs possible d'argumenter indéfiniment: intelligence
linguistique, logico-mathématique, musicale, spatiale, intercorporelle,
etc. Ces capacités seraient à la fois d'origine génétique
et provoquées par l'environnement, notamment l'éducation.
On retrouvera les mêmes différences, atténuées,
chez les animaux, espèces animales ou même individus
au sein de ces espèces. Sur Howard Gardner, voir http://www.pz.harvard.edu/PIs/HG.htm
ainsi que le projet éducatif Sumit http://pzweb.harvard.edu/SUMIT/Default.htm
Pour ce qui nous concerne, il faudrait conclure que les concepteurs
des programmes informatiques développés par l'intelligence
artificielle, instructive ou auto-adaptative, devraient peut-être
choisir un domaine d'intelligence où ils pourront exceller,
plutôt que viser à des intelligences généralistes.
Mais peut-être serait-ce une conclusion réductrice,
de laquelle il faudrait au contraire se garder.
Cybionte
Par cybionte (expression due semble-t-il à Joël de
Rosnay*) l'on désigne des automates mixtes associant des
éléments humains (individus, groupes), des artefacts
ou automates-machines auto-adaptatifs et, de plus en plus, pour
un proche avenir, des composants biologiques, produits notamment
par le génie génétique et les nano-technologies.
Il s'agit de la perspective la plus susceptible de perturber la
réflexion traditionnelle sur les automates. Elle fait en
effet exploser les catégories bien définies de l'homme,
de la machine et du vivant, ainsi que ce que l'on pourrait appeler
les barrières intra-spécifiques entre elles. Des hybrides
dont il est rigoureusement aujourd'hui impossible de prévoir
les composants, l'architecture, les capacités (notamment
en matière de conscience et d'intelligence) vont très
prochainement voir le jour. Ces hybrides conjugueront les éléments
les plus évolués des différents partenaires
associés : par exemple, les aptitudes à l'intelligence
consciente des individus et groupes humains, la puissance de mémorisation
et d'action (notamment en milieu hostile) des automates machines,
l'adaptabilité et la rusticité (notamment en milieu
moléculaire et atomique) des automates biologiques (mémoires
neuronales, génie génétique, nanotechnologies...),
les capacités d'invention des algorithmes génétiques.
Il est également impossible de prévoir a priori
les conséquences de l'apparition de ces automates mixtes
dans la compétition darwinienne entre systèmes. La
seule chose prévisible sans grands risques de se tromper
est que le rythme et les conséquences du fonctionnement de
la machine à inventer terrestre globale seront prodigieusement
bouleversés.
Observons que la question fréquemment posée :
les hommes seront-ils capables de contrôler ces évolutions
(sous-entendu sans doute, en sauvegardant les valeurs de l'humanisme
actuel) n'a guère de sens. Les hommes co-évolueront
en parallèle avec les nouvelles générations
d'automates. La question que l'on peut se poser par contre
est : que deviendront ceux qui, hommes ou organismes, ne seront
pas associés à ces nouveaux ensembles cybiontes, ou
auront été exclus délibérément
par eux? Seront-ils condamnés à les affronter dans
une compétition darwinienne où ils risquent de ne
pas avoir beaucoup d'atouts? Disparaîtront-ils progressivement
comme d'innombrables espèces au cours de l'évolution?
Se transformeront-ils en quelque chose de nouveau totalement imprévisible
aujourd'hui ?
Il faudrait par ailleurs se demander si les systèmes intelligents
et conscients du futur proche, de type cybionte, seront ou non capables
de piloter l'évolution au profit des valeurs scientifiques,
morales et autres qu'ils se seront données à l'époque.
La réponse affirmative n'est pas garantie. Il pourra survenir,
suite à des erreurs infimes d'un pilotage supposé
intelligent, prenant des proportions chaotiques en milieux instables,
des catastrophes amenant les systèmes complexes, sinon la
vie, à disparaître de la terre.
Nous pouvons espérer en fait que la transition vers de
nouveaux ensembles cybiontes se fera en respectant et intégrant
toutes les autonomies - c'est-à-dire, si l'on peut dire,
en respectant les valeurs de la démocratie. Le propre d'un
système intelligent moderne n'est-il pas l'intelligence répartie,
consistant à donner des ressources d'information et de décision
aux échelons et cellules de la base, jusqu'ici subordonnés
à des pouvoirs centralisés fonctionnant sur un mode
automatique primaire ?
A côté du cybionte associant l'homme et la machine,
l'on trouve déjà, et l'on trouvera de plus en plus,
d'innombrables variétés d'associations entre l'animal
et la machine (sans exclure d'ailleurs nécessairement ni
l'homme, ni, à l'autre bout, l'organisme monocellulaire).
Nous employons ici le terme de cybionte animalien ou, à l'échelle
cellulaire, de biopuces. De tels cybiontes, où se conjugueront
les apports croisés de l'électronique et de la génétique,
soulèveront moins de réticences éthiques que
les cybiontes humains. Mais leurs performances en matière
d'intelligence seront, en principe, plus réduites.
*par cybionte on
désigne une association, selon des proportions variables,
et sous toutes formes imaginables, entre des êtres vivants
et des automates-machines. Le terme n'est pas à confondre
exactement avec celui de cyborg. Aujourd'hui, il existe toute une
mode artistique ou culturelle, dans la suite du body-art, visant
à transformer l'individu en automate ou pseudo-automate,
y compris par des implants. L'on obtient des cyborgs. Le phénomène
est moins superficiel qu'il peut apparaître. Il montre la
facilité avec laquelle les nouvelles générations
se glisseront , notamment par l'art et les jeux du virtuel, dans
le dialogue avec les automates. A signaler aussi dans cette direction
le succès des travaux sur l' "artificial life" où
se retrouvent parfois les excès du communautarisme naïf
à l'américaine : nous serions entourés
d'une nature artificielle vivant d'une vie propre (robots, virus
informatiques, ou autres "animés") avec laquelle nous devons
coexister pacifiquement.
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