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Mars
2001
J.P
Baquiast
Eléments de
définitions :
La conscience collective
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Eléments de définition
précédents
Le terme de conscience collective est trop vague pour être
utilisé sans précisions. Nous proposons de distinguer
trois cas:
· L'étude de l'évolution des sociétés
animales non humaines, comme celle des premières sociétés
humaines, semble montrer que dès les origines, les individus
et les sociétés qu'ils forment co-évoluent
de concert. Les capacités individuelles ne prennent de sens
qu'au service de la vie collective, mais en retour, des sociétés
de plus en plus complexes forment des individus de plus en plus
capables d'autonomie - laquelle autonomie, dans un cycle permanent
d'échange, enrichit à son tour la construction sociale.
Cette co-évolution s'exprime d'abord au plan génétique,
puis ensuite, de plus en plus, au plan culturel de la société
considérée.
Les sociétés animales, comme les premières
sociétés humaines, ne pourraient que difficilement
être considérées comme des organismes dotés
de conscience et de libre-arbitre. Elles sont évidemment
capables de comportements adaptatifs intelligents, mais ceux-ci
résultent d'une sélection darwinienne a posteriori.
L'adaptation de la collectivité, sa fitness, n'est pas guidée
par une représentation d'elle-même dans son environnement
qu'elle se donnerait, au sein d'une espèce de cortex associatif
dont elle disposerait. De ce fait, le scientifique ne trouvera sans
doute pas de traces, relationnelles entre individus, ou internes
(neurologiques) aux individus, qui manifesterait l'existence et
l'action d'une hypothétique conscience collective.
Par contre, l'étude de la société comme entité
globale, et des relations qu'y entretiennent les individus en son
sein, aura tout intérêt à utiliser les modèles
de l'automate, sous ses diverses formes: automate centralisé,
réparti, capable de mutation plus ou moins rapide, etc..
Quoiqu'il en soit, ici, nous ne parlerons pas de conscience collective,
mais d'inconscience collective.
· Tout à l'opposé se pose la question des collectivités,
principalement humaines, constituées d'individus capables
de conscience individuelle et capables, par extension d'héberger
des représentations conscientes de la collectivité
à laquelle ils appartiennent. On pourra dans ce cas appeler
conscience collective la conscience que les membres d'une collectivité,
supposés eux-mêmes dotés de conscience individuelle,
se font de l'existence de cette collectivité, et de leur
appartenance à cette dernière. En ce cas, chacun d'entre
eux se représentent la collectivité dans des termes
propres (aucun esprit n'est exactement comparable à un autre)
et dans des termes communs, résultants de la façon
dont les membres de cette collectivité, agissant ensemble,
décident de construire cette collectivité et de la
faire vivre dans son environnement. On peut estimer que le travail
collectif de représentation déborde largement les
apports individuels (notamment quand il s'est inscrit dans une tradition
structurée s'imposant aux individus) et qu'il se développe
selon des logiques propres, ou le tout est plus que la somme des
parties. Mais les individus n'auront pas spontanément tendance
à parler de conscience collective. Tout au plus admettront-ils
que les représentations de la collectivité qui leur
sont proposées débordent très largement leurs
apports propres. Ils y adhéreront ou lutteront contre elles,
selon leurs intérêts du moment.
Pour le scientifique, il ne sera pas sans intérêt
d'analyser les façons dont la collectivité, principalement
à l'initiative des individus disposant du pouvoir en son
sein, est traduite en images, règles de droit, prescriptions
implicites. Mais on ne sortira pas du domaine traditionnel de l'analyse
sociologique, juridique, économique, politique.
Comme les collectivités, fussent-elles humaines, sont loin
d'être constituées d'individus pleinement conscients
de leur place et rôle social, les sociétés humaines
seront un mixte, d'ailleurs très intéressant à
étudier au cas par cas, d'automatismes sociaux hérités
d'un passé éventuellement lointain, et de comportements
dits rationnels s'exprimant plus ou moins clairement à la
conscience des individus les composant.
Mais, même en ce cas, il sera difficile de parler de conscience
collective.
· Pour envisager l'existence d'une véritable conscience
collective, il faut faire l'hypothèse que d'une part la société
se comporte comme un individu global doté de diverses fonctions
l'assimilant à un animal ou "animat" (capteurs, effecteurs,
appareillage nerveux et cérébral) et que, d'autre
part, elle peut manifester des comportements complexes échappant
à l'automatisme linéaire et pouvant faire suspecter
qu'elle dispose d'une conscience de soi dans son environnement.
Il faudra ajouter que cette conscience pourra être, plus ou
moins, indépendante de la conscience que les individus composant
la société pourront avoir et d'eux-mêmes, et
de la dite société. A la limite, il pourra s'agir
d'une conscience totalement étrangère aux consciences
individuelles, non suspectée par elles et agissant, le cas
échéant en contradiction avec l'action des consciences
individuelles. Le plus souvent, la conscience collective se manifestera
à travers les consciences individuelles, en se superposant,
par flashs, à cette dernière, ce qui pourra créer
des conflits momentanés ou durables.
On conçoit que le scientifique trouvera un grand intérêt
à étudier cette conscience collective spécifique.
Encore faudra-t-il qu'il ait des indices permettant de supposer
son existence. Or, que ce soit dans les sociétés animales
ou dans les sociétés humaines, les organes ou mécanismes
susceptibles d'héberger une telle conscience n'apparaissent
pas de façon évidente, non plus d'ailleurs que ses
manifestations éventuelles. Ceci, à la réflexion,
n'a rien d'étonnant. Si les preuves de l'existence d'une
conscience collective spécifique avaient été
disponibles depuis longtemps, nous ne poserions pas la question
de savoir s'il existe ou non une entité de cette nature justifiant
une étude.
Nous voyions deux modes principaux permettant d'avancer dans la
mise en évidence de formes de conscience collective.
La première, qui a depuis longtemps ses lettres de noblesse,
consiste à étudier les comportements sociaux comportant
une forme dose d'inconscient ou de non-manifeste. En fait, si ces
comportements étaient véritablement inconscients,
ils ne présenteraient pas d'intérêt pour l'étude
d'une conscience collective. Ils n'ont d'intérêt que
s'ils laissent soupçonner l'apparition d'une véritable
conscience collective s'emparant de l'esprit des individus, afin
d'exprimer des visons ou des finalités que ceux-ci, fonctionnant
selon les modalités comportementales ou langagières
habituelles, auraient été incapables de concevoir.
On pourra faire entrer dans ce type de recherche l'étude
des phénomènes de conscience décalée,
transe, danses rituelles, chamanisme, impulsés ou non par
des neuromédiateurs traditionnels. Certains phénomènes
de foule plus ordinaires pourront entrer dans l'étude, ainsi
que la naissance et la circulation des mèmes (ou idées
toutes faites) identifiés par l'école mémétique
de Richard Dawkins. Ces phénomènes peuvent être
analysées en termes de supports neurologiques ou communicationnels,
comme en termes de contenus. Le fait qu'ils puissent être
rattachés à l'émergence ou à la manifestation
d'une conscience collective holiste ne signifie pas qu'ils faille
pour autant les parer de toutes les vertus.
Une deuxième démarche, encore dans l'enfance, consistera
à utiliser des modèles de conscience artificielle
pour rechercher ou simuler leur équivalent au sein de processus
collectifs cognitifs à l'uvre dans les organismes sociaux.
Le travail que nous présentons par ailleurs (Alain
Cardon, conscience artificielle et systèmes adaptatifs; Eyrolles
1999) suggère l'idée qu'en utilisant des individus
acceptant de participer à un tel projet, et non plus des
agents logiciels intelligents, il pourrait être possible ,
soit de révéler l'existence de formes de conscience
collective non encore identifiées, soit de générer
des formes de conscience collective inédites.
Automates Intelligents © 2001
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