Plan du site Aide Abonnement Nous Contacter


Actualité
Editorial
Interviews
Démocratie
Visites virtuelles
Art. Imaginaire
Du côté des labos
Le feuilleton
Manifestations
Biblionet
CD Rom
Echanges
Liens Utiles

 

Accueil > Le feuilleton
Automates Intelligents utilise le logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue.
 
Archives

Feuilleton/
Nouvelles
:
- Rob et Tod
- Un automate conscient sur Mars

Suite...

Essai
- Le paradigme de l'Automate ou le dialogue d'Alain et Bernard

6 Septembre 2001
Jean-Paul Baquiast
AUTEUR

Le dialogue d'Alain et Bernard
Faut-il avoir peur des robots?

 

Alain

Toutes les perspectives que l'on évoque relativement aux robots et autres automates ont de quoi faire peur. Vers quelle société allons-nous ? Ceux qui parlent d'apprentis sorciers à propos des scientifiques, ceux qui réclament un moratoire des recherches, vont avoir là de nouveaux thèmes d'agitation.

Bernard

Ce serait dommage, notamment en France, où les sciences de la robotique et de la vie artificielle sont en train de prendre un sérieux retard, comme l'a bien montré le Colloque consacré à la question par le Sénat en juin 2001. Ce n'est pas que les jeunes chercheurs manquent d'imagination. C'est parce que les crédits, et, au-delà, l'attention des pouvoirs publics et plus généralement du public, sont notoirement insuffisants, par rapport à ce qui se fait dans d'autres pays.

Alain

Ce retard français satisfera chez nous les opposants au développement des sciences. Mais plus sérieusement, faut-il avoir peur des robots ?

Bernard

La plupart d'entre-nous, notamment en France, confondent encore les robots et l'automatisation des années 70/90. On voit dans l'automatisation, ou si tu préfères l'informatisation, la suppression de nombreuses tâches manuelles, des licenciements ou tout au moins des changements dans les conditions de travail, qui représentent des phénomènes indéniables. Mais le robot moderne n'est pas seulement celui qui remplace l'ouvrier sur la chaîne de travail. Il ne supprimera pas d'emplois. Au contraire, il en créera. Nouvelles recherches, nouveaux produits, nouveaux usages… Pourquoi ne pas pronostiquer une bulle robotique, comme il y a eu la bulle de l'Internet - bulle de l'Internet qui est loin d'être terminée, quoi qu'en disent les Cassandres. D'ailleurs, la robotique et l'Internet ont déjà commencé à se marier.

Alain

Informatisation et automatisation, voire robotisation de tâches pénibles, n'ont pas dit leur dernier mot. Il y aura encore beaucoup de changements dans les modalités du travail, qu'il soit manuel ou intellectuel. Pendant un certain temps encore sans doute, la suppression d'emplois anciens contrebalancera la création d'emplois nouveaux. Cela peut, à juste titre, inquiéter une population mal préparée aux mutations.

Ceci dit, j'en conviens, ces changements ne sont pas nécessairement un mal, s'ils sont bien prévus et accompagnés. Les nouveaux emplois et services de la société de l'information créent de nouvelles formes d'activité, notamment dans les pays qui, comme les Etats-Unis et le Japon, ont bien compris les enjeux.

Bernard

Oui. Mais les futures perspectives de la robotique vont plus loin. Elles ouvrent véritablement de nouveaux domaines qui vont être, eux, radicalement innovants, innovants et créateurs d'emploi dans des branches tout à fait nouvelles.

Alain

Par exemple ?

Bernard

Les exemples sont innombrables. Prenons tous les domaines de la santé et du médical, avec les prothèses et assistance aux nombreuses catégories de personnes handicapées. Dans un tout autre domaine, prenons les robots qui vont explorer des domaines où sans eux, l'homme n'irait jamais : l'océan profond, l'espace, les industries dangereuses…

Alain

Là, nous ne sommes pas loin du militaire. Les satellites d'observation intelligents, les avions et drones sans pilote, les systèmes invasifs éventuellement branchés sur des personnes non consentantes…Voici de quoi alimenter d'autres types de peurs. Peut-on dire que tout ceci sera une bonne chose ?

Bernard

Recherche civile et recherche militaire ont toujours partie liée, dans les formes de société qui sont les nôtres. Il ne faut pas être naïfs, et se priver des éventuelles retombées de recherches militaires. Par contre, il serait dangereux que celles-ci monopolisent toutes les ressources, ou se déroulent dans un épais secret. D'où la nécessité de programmes civils ambitieux dans le domaine de l'intelligence artificielle et de la robotique évolutionniste. Ceci notamment en Europe, où la recherche militaire n'a pas l'ampleur qu'elle prend aux Etats-Unis. Ce sont des domaines où s'impose une recherche fondamentale désintéressée et non orientée, mais financée par l'Etat. Cette recherche fondamentale permettra de ne pas dépendre entièrement des militaires, non plus que des intérêts à plus court terme de grandes firmes.

Alain

A quoi d'autre pourront servir les futurs robots ?

Bernard

Pratiquement à toutes les activités humaines, notamment dans les domaines intellectuels et culturels : aide à l'enseignement et à la formation professionnelle, aide à la création artistique et culturelle, aide aux loisirs intelligents et au jeu... Il n'y a pas de domaines, si on fait un peu effort d'imagination, où ils ne puissent intervenir.

Alain

Tu penses peut-être au chien Aibo ? Est-ce quelque chose de bien utile ?

Bernard

Les Européens ont tort de considérer les Japonais avec condescendance, parce qu'ils investissent beaucoup dans le champ du robot domestique et ludique. Il y a là pour le Japon, outre de fructueux marchés potentiels, une façon de former aux nouvelles approches scientifiques toute une couche de la population que nous négligeons chez nous, jeunes, personnes âgées, handicapés... Le monde du robot de compagnie, comme celui, parallèle bien que différent, du jeu virtuel en ligne, contribuera à motiver toute une couche de gens qui seront, bien avant nous, en état d'aborder les problématiques et les conquêtes de ce siècle. L'esprit réducteur, qui consiste à dire : si on s'intéresse au robot ludique (ou si on s'intéresse à Internet), on se ferme aux anciennes valeurs culturelles et philosophiques, n'a pas de sens. Ce n'est pas : ou ceci, ou cela qu'il faut dire, mais : et ceci, et cela. Les intellectuels français sont excellents, quand il s'agit de faire preuve d'esprit réducteur. Ils sont bien les seuls.

Alain

Excuse-moi de persister à être réducteur. Quand les intelligences artificielles, les robots conscients et autres projets se développeront, les hommes ordinaires ne seront-ils pas distancés, voire éliminés par la force. Certains roboticiens éminents, tel Hugo de Garis, soulignent le risque d'une future guerre entre robots et humains, ceux-ci désespérant les robots intelligents par leur bêtise persistante.

Bernard

Il n'y a guère qu'Hugo de Garis pour dire cela. Les auteurs de science-fiction et les journalistes qui développent ces thèses ne sont guère suivis par les scientifiques. D'abord, les perspectives relatives à des robots super-intelligents, capables de s'organiser pour survivre contre les hommes, semblent encore très lointaines. Mais, surtout, les chances que de tels événements se produisent sont infimes. Il y a tout lieu de penser que les hommes concepteurs ou promoteurs de ces robots se perfectionneront en même temps qu'eux, le cas échant en symbiose avec eux. Nous avons déjà évoqué cette possibilité en parlant des cybiontes. Le véritable risque - mais il est déjà très actuel, si on considère les développements de l'Internet, qui laisse de côté beaucoup d'habitants de la planète - est qu'une humanité technologiquement et intellectuellement évoluée se sépare d'une autre, qui s'accrocherait, volontairement ou non, à de vielles croyances et de vieilles pratiques. Ceci dit, un tel risque ne me paraît pas justifier un moratoire des recherches sur la robotique. Ce serait vraiment sacrifier l'avenir au profit des plus conservateurs. Pourquoi ne pas décréter dès maintenant un retour au moyen-âge ?

Alain

Que fais-tu de l'image de l'homme ? Considères-tu qu'il soit sans importance de la voir se transformer sous l'influence de certains démiurges de la science ?

Bernard

On fait actuellement un peu le même procès à la génétique. On entend beaucoup de gens dire qu'il faut arrêter les recherches sur les génomes, qu'ils soient humains ou que se soient ceux d'autres espèces vivantes, pour ne pas toucher à l'ordre de la nature, ni à l'essence de l'humanité. L'homme ne doit pas s'amuser à remodeler l'homme, dit-on. Pourquoi pas, si c'est pour essayer d'améliorer les innombrables points sur lesquels l'humanité se révèle défectueuse, voire catastrophique. Des gens qui passent leur temps à se tuer et à détruire les autres espèces et l'environnement, méritent-ils tant de respect ? Les "essences" n'existent nulle part. Tout évolue en ce monde. Tout au plus faut-il s'efforcer, quand on le peut, de réfléchir à ce que l'on va faire pour éviter les catastrophes. De là à tout craindre, et tout réglementer, il y a un pas.

Alain

En fait, ce que craint le grand public, c'est l'évolution, tout simplement. Personne n'a envie de changer. La robotique s'inscrit dans cette grande peur du changement - comme l'informatique, comme la génétique, comme les sciences en général…

Bernard

Tu as raison d'évoquer le procès contemporain fait à la science. Il est certain que depuis quelques décennies, l'enthousiasme pour la science et la technologie a beaucoup diminué. De véritables campagnes anti-scientifiques se sont développées, s'appuyant sur les dégâts, fantasmés ou réels, pouvant être apportés par ce que l'on appelle non sans mépris les techno-sciences. En fait, si risques il y a, ils tiennent au fait que les intelligences collectives ou individuelles n'ont pas mûri à la vitesse qui serait nécessaire pour comprendre puis contrôler les effets négatifs, non pas des techno-sciences en elles-mêmes, mais de ce que l'homme en fait. Si l'homme en est resté au stade du prédateur de jungle, il est certain qu'il est dangereux de lui confier des technologies avancées, voire de simples voitures. Dans un autre domaine, si l'homme en est resté à la conscience reproductive du rat ou du lapin, il est risqué d'augmenter le niveau de vie et la prévention des grandes maladies. La bombe démographique continuera à frapper.

Alain

On pourrait penser dans ces conditions qu'il ne faut pas se donner le mot d'ordre, d'ailleurs illusoire, de halte à la science. Au contraire, il faudrait augmenter les recherches scientifiques, y compris sur le plan social et politique, pour que l'humanité acquière des réflexes adaptés au monde des sciences et des techniques, dans lequel elle semble irrévocablement engagée.

Bernard

Tu as raison, mais c'est là précisément en quoi la robotique et l'intelligence artificielle évolutionnaire pourront nous aider. La robotique - ce que nous appelons le paradigme de l'automate évolutif - nous apprend à mieux voir comment fonctionnent les systèmes complexes évolutifs qui sont ceux dans lesquels nous sommes immergés. Grâce à ces sciences, le comportement du cerveau, considéré comme un système multi-agents massif, apparaît plus clairement. Le comportement de l'organisme, qui intègre celui du cerveau et celui de l'ensemble des autres organes, dans la réalisation d'un équilibre homéostatique loin de l'équilibre, dévoile un peu, je ne dirais pas de ses mystères, mais de ses algorithmes (voir l'entretien avec Gilbert Chauvet). On pourra en tirer des applications relativement à l'amélioration du fonctionnement des organismes sociaux, voire de l'humanité tout entière.

Plus généralement, la relance de l'ensemble des sciences de la vie et de la société, que l'on constate aujourd'hui, tient à la concurrence qu'apportent le regard des roboticiens, les modèles informatiques et mathématiques qu'ils développent. Les spécialistes des disciplines traditionnelles ne veulent pas toujours le reconnaître. Ils tiennent à maintenir l'autonomie de leur pratique et de leur culture. Ils refusent ce qu'ils appellent le réductionnisme du regard de l'automaticien évolutionnaire. Libre à eux, mais sans s'en rendre compte, ils réactualisent leurs pratiques et leurs concepts à grande vitesse, et dans le bon sens, grâce à la robotique. Nous en resterions, s'il n'y avait pas l'explosion contemporaine du paradigme de l'automate- très récente en fait, et qui n'en est qu'au début - aux concepts et méthodes scientifiques du siècle dernier, sinon du 19e siècle. Je ne parle pas de la philosophie, qui est en train elle aussi de faire une brutale mutation - sauf en France sans doute, ainsi que dans certains autres pays du tiers-monde.

Alain

Tu es dur pour les philosophes français. Ceci dit, selon toi, cette révolution des esprits, révolution qui ne peut qu'être bénéfique, quand on voit les ouvertures qu'elle apporte, les perspectives qu'elle ouvre, cette révolution constitue la retombée la plus favorable de la robotique.

Bernard

Certainement. C'est ce que l'on peut voir en regardant comment, depuis que l'intelligence artificielle darwinienne a commencé à imposer ses modèles, de vielles sciences comme la biologie, la physiologie, la cognitique, la sociologie, sont en train de se réveiller et de participer à la construction d'un monde qui sera très différent de celui que nous connaissions il y a seulement une dizaine d'années - très différent et sans doute extraordinairement plus ouvert et excitant pour les esprits.

 

Automates Intelligents © 2001

 

   Sur le site
Sur le web   





 

 

 

Qui sommes nous ? Partenaires Abonnement Nous Contacter

© Association Automates Intelligents