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- Rob et Tod
- Un automate conscient sur Mars

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Essai
- Le paradigme de l'Automate ou le dialogue d'Alain et Bernard

25 novembre 2002
par Jean-Paul Baquiast - texte relu et complété par Gilles Dawidowicz
AUTEUR

Un automate conscient sur Mars

Topographie de Mars ©Mars Society

Ce passage est extrait d'un ouvrage en cours de rédaction, provisoirement intitulé
Entre science et intuition, la conscience artificielle

Automates-Intelligents et Gilles Dawidowicz, Géographe, Vice-Président de la commission Planétologie de la Société Astronomique de France et membre du CA de l'Assocation Planète Mars (Mars Society), vont entreprendre  en partenariat un autre ouvrage, plus développé, consacré aux perspectives de l'exploration martienne par des robots autonomes.
Gilles Dawodpwocz revient d'une mission réalisée dans le désert de l'Utah à partir d'un module de 8 mètres, par un équipage de 6 personnes. La mission a duré 15 jours et s'est astreinte à opérer dans des conditions "analogues" à celles rêgnant sur Mars. Un petit robot non autonome de conception française, dû à Alain Souchier, de l'Association Planète Mars, le VRP ou Véhicule de Reconnaissance de Parois, y a été testé lors de sorties extra-véhiculaires, notamment pour l'exploration de falaises où la descente d'un homme en combinaison spatiale aurait été impossible.

Prologue

Comme nous l'avons indiqué en introduction, la réalisation d'un système cognitif (cognitive system) ou automate conscient, devient un enjeu majeur de l'Intelligence Artificielle aujourd'hui. Ce sont malheureusement les militaires ou les agences en charge de la sécurité intérieure ou extérieure qui sont les plus motivés pour financer les études. Aussi serait-il important que les civils s'intéressent également à la question, en envisageant de grands programmes nécessitant la mise au point de tels automates.

Les domaines ne manquent pas. Ce sont tous ceux où la présence de l'humain est impossible ou fait courir des risques jugés de nos jours et par nos concitoyens inadmissibles. Mais sur Terre, dans la plupart des cas, l'existence d'un robot pleinement autonome et doté de capacités cognitives importantes ne s'impose pas. Les distances ne sont pas telles, entre le robot et la station de contrôle, que le pilotage humain devienne impossible. Des liaisons filaires ou hertziennes peuvent en général être assurées. C'est le cas de l'exploration de l'océan profond ou des sites industriels dangereux.

Sur la Lune et, a fortiori, sur Mars ou toute autre planète, il n'en est plus tout à fait de même. Les liaisons deviennent difficiles et surtout imposent des temps de réponse souvent trop longs en situation d'urgence. Les robots actuels, qui ne sont que très partiellement autonomes, sont nécessairement limités dans leurs capacités d'opération, sinon ils deviennent incontrôlables. Quand on connaît le coût non seulement d'un robot, mais aussi des opérations de lancement (qui doivent tenir compte de créneaux gravitationnels favorables) et des opérations de suivi depuis la Terre (grâce au réseau de poursuite à l'aide d'antennes géantes du Deep Space Network de la NASA) on ne peut pas prendre le risque de perdre un robot évolué. On peut également tenir compte des surcoûts induits par la grande fragilité des systèmes électroniques modernes face aux systèmes électro-mécaniques d'il y a 40 ans ; cette électronique doit être redondée, blindée pour résister aux vibrations des décollages et atterrissages, aux forts écarts thermiques et sonores, aux rayonnements solaires et cosmiques…

L'ambition sera donc, si possible, de réaliser des robots aussi intelligents et surtout aussi conscients (ou presque) que des hommes. Ils devront ainsi être attentifs aux évènements imprévus, observer l'insolite, se garder des dangers et trouver eux-mêmes les meilleurs itinéraires et stratégies, non seulement pour explorer mais aussi pour rendre compte. Les robots devront également allier autonomie énergétique, mobilité, agilité, précision, vitesse et robustesse en milieux hostiles.

Pourquoi ne pas attendre des missions habitées qui, selon les spécialistes, pourraient être organisées dans quelques dizaines d'années, sinon avant ? Parce qu'un tel délai est long et que l'impatience de connaître les systèmes planétaires est grande, compte-tenu des multiples enseignements susceptibles d'être apportés par de telles explorations.

De plus, certains doutes subsistent encore quand à la faisabilité des missions humaines hors d'un vaisseau fortement protégé. Le principal risque, contre lequel il n'existe pas encore de solution peu coûteuse en masse et donc en dollar, est celui de l'irradiation par des rayons cosmiques chargés, qui mettraient très vite à long terme les hommes en danger. Mais d'autres risques existent encore, comme les variations brusques du rayonnement solaire ou comme les effets sur les organismes vivants de l'impesanteur durant les voyages aller et retour ou enfin comme l'absence de champ magnétique notable et protecteur à la surface de Mars. D'autres experts parlent aussi des problèmes de la poussière martienne qui pourrait être hyper oxydante voire même générer des effets électrostatiques redoutables, des problèmes de contamination biologique que représentent les organismes terrestres amenés avec les astronautes sur Mars ou encore d'éventuels organismes martiens sur place pour la sécurité de l'équipage voire même à leur retour sur Terre pour notre propre sécurité... Enfin, les effets sur le moral et la psychologie de l'équipage du fait d'un éloignement de la Terre pendant une si longue durée sont jusqu'à aujourd'hui totalement inconnus. Ces problèmes trouveront sûrement des réponses, mais quelques scientifiques souhaiteraient ne pas les attendre et poursuivre dès les prochaines années des explorations inhabitées, automatiques.

Le décor

Pourquoi aller sur Mars ? Cette question est couramment posée, par tous ceux qui souhaiteraient voir les ressources terrestres affectées à des finalités plus immédiates. Les uns voudraient des investissements susceptibles de rapporter des profits économiques. Les autres s'indigneraient de voir, selon eux, gaspiller des crédits quand la misère est si répandue sur Terre. Finalement, pourquoi ne pas régler d'abord nos problèmes avant de prendre le risque de les emporter dans l'espace ?

On pourrait évidemment ne rien faire en matière spatiale, considérant que, au delà d'une exploitation commerciale de l'espace proche par des satellites en orbite, il n'y a rien avant des siècles à attendre de l'espace. Sur le plan scientifique, beaucoup de chercheurs considèrent que, si des efforts doivent être faits pour l'exploration planétaire et notamment celle de Mars, des sondes comme celles lancées avec beaucoup plus ou moins de succès depuis trente ans, suffiraient amplement. D'ailleurs, l'arrêt brutal de l'exploration lunaire après seulement 6 missions habitées en est un des exemples, bien que finalement même l'exploration automatique de la Lune ait été totalement stoppée !

Mais qui dit sonde dit ou dira très vite robots miniaturisés (et performants) et qui s'engagera dans cette voie sera déjà sur la route de l'exploration martienne humaine.

En fait, il y a d'excellentes bonnes raisons d'explorer Mars. La Mars Society américaine, sur son site Internet http://www.marssociety.org/, en a fait une liste à laquelle nous avons déjà emprunté quelques paragraphes dans notre précédent livre (JP. Baquiast, Systèmes complexes et politique. Tome 2. Agir). La Mars Society, qui dispose de sections dans divers pays, regroupe autour de professionnels du spatial, 5000 amateurs passionnés par le sujet, mais et bénéficie aussi d'un certain soutien des agences spatiales et des industriels mais aussi du grand public et des médias. Son budget, bien que sans proportion avec la préparation d'une véritable expédition pilotée sur Mars, lui permet d'entreprendre diverses simulations en vraie grandeur dans certaines parties du monde présentant une ressemblance avec les conditions géologiques, géographiques ou autres que l'on rencontre actuellement sur Mars.
Ces simulations se tiennent dans le grand Nord canadien, sur l'île de Devon, dans le désert de l'Utah et prochainement, sur le flanc d'un volcan d'Islande.

La section française de la Mars Society s'intitule l'Association Planète Mars et son site Internet http://www.planete-mars.com est mis à jour plusieurs fois par semaine.

Comment la Mars Society justifie-t-elle son intérêt pour Mars ? On peut extraire quelques paragraphes significatifs de son plaidoyer :

" Il faut aller sur Mars pour connaître Mars elle-même. Les robots ont montré que cette planète était autrefois chaude et humide, propice à la vie. Celle-ci y est-elle apparue ? S'y est-elle maintenue ? Il faudra rechercher d'éventuels fossiles ou des bactéries souterraines. Si cette recherche s'avérait fructueuse, il deviendrait évident que la vie n'est pas limitée à la Terre, qu'elle est partout dans l'Univers, entraînant peut-être avec elle l'intelligence. Ce serait une révolution aussi importante, relativement à la place de l'Homme dans le monde, que la révolution copernicienne.

- Il faut aller sur Mars pour mieux connaître la Terre. Nous sommes en train de modifier profondément les équilibres environnementaux terrestres. Il faut absolument mesurer les conséquences à long terme de notre action. La planétologie comparée, dans cette perspective, est un outil puissant de compréhension. On sait que l'étude de Vénus, par exemple, nous a donné quelques indications sur les phénomènes liés à l'effet de serre. Mars, qui est une planète plus comparable à la Terre que Vénus, pourra nous apprendre beaucoup de choses sur notre Terre, des choses peut-être vitales pour notre survie à terme.

- Il faut aller sur Mars, parce qu'il s 'agit d'un défi formidable à relever. Les civilisations ont besoin de se mesurer à de tels défis pour se développer. La guerre a longtemps joué ce rôle. Il faut trouver maintenant d'autres motifs de dépassement. Comme le monde se globalise, aller sur Mars constituera un argument puissant pour unir les forces humaines dans une entreprise commune nous conduisant à regarder vers l'extérieur plutôt que continuer à nous affronter. Un grand projet martien international sera une bonne référence pour d'autres projets scientifiques et technologiques intéressant la Terre elle-même.

- Il faut aller sur Mars car il s'agira d'un grand service à rendre à la jeunesse. Les jeunes ont besoin d'aventures. Des vols habités vers Mars inciteront les jeunes, partout dans le monde, à développer leurs connaissances pour participer, de près ou de loin, à cette découverte d'un nouvel univers. Si un programme martien se révélait capable d'inciter à des formations scientifiques ne fut-ce que pour qu' un très faible pourcentage supplémentaire de la jeunesse, il en résulterait l'apparition de millions de scientifiques, d'ingénieurs, d'inventeurs, de médecins… ainsi que de nombreux retours sur investissements qui compenseraient largement les dépenses consenties pour le programme ; elles deviendraient ainsi de véritables investissements. Du reste, ne doit-on par exemple à la conquête spatiale le téflon ou le système informatique UNIX pour ne citer que ces 2 exemples parmi des milliers d'autres ?

- Il faut aller sur Mars pour y préparer une implantation humaine permanente. Il s'agit d'une opportunité qui ne se renouvellera pas de sitôt permettant à l'humanité de rompre avec le vieux monde en emmenant le meilleur avec elle et en laissant ses vieux démons derrière elle.

- Il faut aller sur Mars pour l'avenir de la vie dans l'Univers. L'Humanité n'est pas seulement une espèce animale comme les autres. Elle est, ou peut devenir, le messager de la vie terrestre. Elle est la seule capable d'apporter de la vie sur Mars, si la vie martienne y a disparue, ou de faire renaître Mars à la vie - faire reverdir les déserts martiens…

Mars n'est pas seulement une curiosité scientifique. C'est un monde dont la surface équivaut à celle de tous les continents terrestres réunis, possédant tous les éléments nécessaires, non seulement à la Vie, mais à la construction d'une société technologique. C'est un Nouveau Monde, riche d'une histoire passée et d'une histoire à venir, qui n'attend que nous pour reprendre son cours. Il faut aller sur Mars, non seulement pour le salut des Terriens, mais pour celui des Martiens. C'est pour militer en faveur de cette aventure, la plus ambitieuse de tous les temps, qu'a été fondée la Mars Society, à laquelle chacun est appelé à se joindre. Jamais une plus noble cause n'a existé. Nous ne prendrons pas de repos avant qu'elle ne se concrétise ".

La Mars Society raisonne surtout dans l'hypothèse des vols habités, puis d'implantations permanentes, qui doivent être l'objectif ultime. Mais les arguments demeurent valides si on considère que le débarquement de robots intelligents et conscients représentera un premier pas très prochainement réalisable. Dans ce cas, nous ajouterons un autre argument, qui nous permet de rejoindre le thème de ce livre. La réalisation de tels robots fera de toutes façons faire des progrès considérables à la robotique et à l'intelligence artificielle. Elle pourra par ailleurs être entreprise de façon très décentralisée, en mobilisant des universités ou des lycées techniques qui trouveront là un puissant motif pour investir et rivaliser d'imagination. Il est d'ailleurs un peu étonnant que la Mars Society n'insiste pas plus sur l'urgence qu'il y aurait à réaliser de tels robots, dont la plupart des éléments existent déjà aujourd'hui, dans l'industrie ou les laboratoires, et cela probablement car pour certains, la tentations serait grande d'en rester là une fois l'exploration robotique réalisée…

Comment concevoir un robot Martien ?

Nous pouvons nous placer en esprit dans la situation, malheureusement encore très utopique en France, où une équipe de scientifiques et d'ingénieurs disposerait de quelques crédits pour réaliser un prototype de robot Martien de dernière génération, c'est-à-dire conscient. Pour cela, il faudra tenir compte des conditions particulières que ce robot devrait affronter sur Mars, mais ces conditions peuvent assez facilement, comme l'ont montré les simulations humaines de la Mars Society, être recréées sur Terre. Il faudrait aussi tenir compte des conditions de lancement et d'arrivée (d'amarsissage) qui ne sont pas simples. Mais les lancements réussis des divers véhicules martiens du type des Rovers montre que ces difficultés peuvent être résolues, à condition que la masse et la fragilité du robot ne soient pas excessives. Là aussi des systèmes de tests existent et recréent les conditions vibratoires, sonores et thermiques d'un lancement.

Pour le reste, il faudra pour des raisons d'économies, procéder à un montage de type Mécano, à partir des composants déjà réalisés par de nombreux roboticiens de par le monde. La seule véritable difficulté, celle qui nous intéressera ici, sera de concevoir une conscience embarquée sur un tel robot.

La plate-forme et les organes d'entrée-sortie.

N'insistons pas sur la question du hardware, encore qu'il faudra faire œuvre d'imagination pour ne pas extrapoler simplement à partir des réalisations actuelles. Le robot devra être mobile. Mais devra-t-il se déplacer comme un char, sur des chenilles, avec des 3, 4, 6 ou 8 roues comme un quad ou avec 2, 4, 6, 8 ou 10 pattes ou des ailes ?

Devra t-il rouler, marcher, sauter, ramper ou voler ? Faudra t-il qu'il fore le sol ou les roches de surface ? Lui faudra t-il s'en saisir délicatement ou bien les concasser et les réduire en poudre pour les analyser ensuite voire même les expédier sur Terre ?

Les progrès récents faits dans la locomotion inspirée de la bionique (c'est-à-dire de l'imitation des solutions vivantes) recommandent les pattes articulées, qui doivent être au nombre de six sinon davantage. On sait que de telles pattes sont gérées en informatique par des algorithmes évolutionnaires. Le robot peut ainsi apprendre à se comporter dans son milieu en fonction des difficultés affrontées.

Les déplacements en locomotion au sol ont l'inconvénient d'être lents et à courte portée. Pourra-t-on envisager d'autres modes de déplacement ? L'absence d'atmosphère notable n'exclut semble-t-il pas les solutions aériennes, dont certaines mêmes, réutilisables. Ainsi, l'engin pourra se poser sur le sol après l'avoir décidé dans le but d'étudier plus précisément une zone puis re-décoller et repartir plus loin à la recherche de nouveaux territoires à observer... Mais d'autres modes de déplacement apparaîtront peut-être encore plus astucieux et efficaces à terme.

Nous ne pouvons pas ici traiter de toutes les questions, très importantes, relatives à l'environnement technique du robot. Disposerait-il d'une station-mère sur Mars auprès de laquelle il pourrait venir se ressourcer, et avec laquelle il partagerait les échanges d'informations qu'elle renverrait alors sur Terre ? Le robot serait-il seul ou accompagné d'homologues ? Les réponses à ces questions dépendront aussi des choix qui seront faits à propos des lanceurs et des créneaux de lancement, ainsi bien sur que des budgets alloués à ces missions. Nous avons évoqué précédemment (voir les références dans cette revue) les travaux du Nasa Exploration Team (NEXT) relatifs à l'utilisation de points de Lagrange pour positionner des stations-relais de grande taille, permettant d'assembler dans l'espace des missions martiennes plus ambitieuses que celles réalisées jusqu'alors. Pour Gary Martin, responsable du NEXT, de telles stations-relais pourraient elles-mêmes être assemblées avec l'aide de robots.

N'insistons pas davantage sur les organes d'entrée-sortie, appelés senseurs et effecteurs dans le langage des roboticiens. Beaucoup d'entre eux, très perfectionnés pour un usage terrestre, existent déjà. Il faudra seulement les "durcir" pour résister aux conditions du voyage Terre-Mars, à l'ambiance martienne et aux missions spéciales d'exploration et d'analyse auxquelles devra s'affronter le robot. Quant à l'énergie, elle devra être électrique, d'origine solaire ou nucléaire ou peut-être thermique ou encore éolienne, en fonction des besoins propres du robot et des modes de déplacements retenus… De toutes évidences, de grands progrès peuvent encore et doivent être faits. Les rudes conditions thermiques à la surface de Mars, rythmées par les alternances diurnes/nocturnes, affaiblissent rapidement les batteries classiques. Se souvient-on seulement que le petit rover Sojourner de la mission Mars Pathfinder était obligé de consommer durant la nuit la majeure partie de son énergie accumulée grâce au Soleil le jour d'avant, pour lutter contre les baisses de températures ? Et sait-on comment le faisait-il alors ? En faisant fonctionner le processeur de son ordinateur de bord pour qu'il réchauffe ses structures ! Seulement, au petit matin, alors que les rayons solaires recommençaient à chauffer le robot et ses panneaux solaires, les batteries étaient vides, il fallait donc plusieurs heures pour les recharger avant de pouvoir enfin travailler et explorer les alentours.

L'assemblage et le monitoring d'ensemble feront, comme la gestion des pattes, appel aux solutions de la biologie artificielle évolutionnaire (les algorithmes évolutionnaires déjà cités) ou aux méthodes popularisés par Rodney Brooks dans ses premiers robots, consistant à mettre en relation des "boîtes" en charge des diverses fonctionnalités nécessaires et les laisser réagir au mieux compte tenu d'un environnement spécifique. Ceci veut dire que le robot ne serait pas entièrement programmé à l'avance, mais acquérrait par émergence les fonctions nécessaires à sa survie dans un milieu imprévu. Les choses dans la réalité ne seront pas aussi simples que nous les décrivons, mais l'idée est là.

L'inconvénient de telles plate-formes et instruments sera le poids et l'encombrement, sans mentionner la fragilité. Certains voudraient y échapper en recherchant des solutions toutes différentes, faisant appel aux nanotechnologies actuellement en plein développement. On pourrait envisager de remplacer le robot décrit ci-dessus par un nuage de quelques centaines ou milliers de nano-robots ou nanobots, capables d'interagir entre eux afin, selon les besoins, de procéder à des actions ou recueillir des informations dans les mêmes conditions qu'un robot macroscopique. Les nanobots sont de taille moléculaire, comme on sait. Des nanobots pourraient se substituer aux matériels de la robotique actuels. Mais ils pourraient sans doute aussi, vu leur nombre et leur petite taille, jouer le rôle des agents intelligents nécessaires dans la mise en œuvre d'une conscience artificielle. Cependant ces technologies, très prometteuses à terme, sont encore loin d'être assez développées pour offrir actuellement des perspectives crédibles. Certains chercheurs n'aimeraient pas non plus disperser sur Mars des entités artificielles susceptibles d'interférer avec les molécules existantes et de polluer l'environnement, rendant notamment l'observation de formes de vie locale impossible.

D'autres laboratoires ont introduits la notion de mini-robots, engins plus ou moins autonomes allant de 100 à 1000 grammes et capables d'explorer quelques centaines de mètres autour d'un lieu d'atterrissage. Très spécialisés, ces mini-robots pourraient aussi être une solution, si l'on envisage de le faire travailler en groupe et d'en multiplier le nombre par plusieurs milliers. Ainsi, même si les pertes pour des raisons diverses pouvaient être importantes, sur le nombre total, les résultats seraient considérables.

Un système cognitif

Venons en maintenant au cœur, ou plutôt au cerveau du robot martien. Nous avons indiqué que le ministère américain de la Défense (via la DARPA) vient de lancer un concours pour la réalisation d'un robot militaire conscient (Cognitive System). Quelles caractéristiques les militaires américains lui voient-ils ?

Selon l'article cité de Computer World, le système cognitif recherché par les militaires devrait raisonner comme un homme dans divers registres, apprendre par l'expérience, s'adapter à l'imprévu ou à l'inconnu. Il devrait être conscient de son comportement et s'expliquer, à lui-même et aux autres. Il devrait anticiper différents scénarios, faire des prévisions et se livrer à une planification opérationnelle et stratégique pour l'avenir proche et moyen.

La réalisation de tels systèmes imposera un changement révolutionnaire par rapport à l'évolution de l'informatique actuelle. Celle-ci gagne en puissance, mais également en fragilité et en complexité inutile. Les concepteurs devront revenir aux fondamentaux et non se limiter à des améliorations incrémentielles. Le progrès devra être systémique. Tout le contraire de ce que l'on observe actuellement, car depuis les missions Viking sur Mars dans les années 75, peu de progrès ont été fait dans l'exploration de surface de la planète. Et pourquoi ? Du fait que les responsables de la NASA et du JPL ont sans cesse tablé sur des robots aux technologies non éprouvés. Mars Observer, Mars Pathfinder, Polar Lander, Deep Space 2 et bien d'autres encore n'étaient rien d'autre que des prototypes. Si l'on avait capitalisé sur les missions Viking réussies en termes technologiques, en innovant que progressivement sur certaines parties seulement des missions ultérieures, les échecs auraient été moins nombreux et les résultats plus probants. On ne cesse de dire que Sojourner était un démonstrateur technologique ! Qu'a t-il apporté à la Science ? Quel fut son utilité, sinon qu'un grand coup médiatique ?

Pour le chef de projet à la DARPA, le Dr. Ronald J. Brachman, directeur du DARPA's Information Processing Technology Office à Arlington, l'objectif sera aussi d'obtenir des systèmes capables de s'entretenir eux-mêmes. L'absence de maintenance extérieure représentera un avantage considérable. Les logiciels faisant de l'auto-test ou de l'auto-protection en sont une première version. Mais il faudra aussi faire appel à la reconnaissance vocale et à l'apprentissage automatique.

Voici quelques unes des questions que le système devra résoudre :

- Comment s'enrichir par son expérience et celle des autres robots du groupe et utiliser cette expérience pour faire face à des circonstances nouvelles ?

- Comment choisir entre des objectifs complexes et conflictuels tout en respectant les ordres reçus au départ ?

- Comment distinguer les évènements importants de la masse des informations reçues à tous moments ?

- Comment s'appuyer sur le contexte pour déchiffre les actions, évènements et langages complexes rencontrés ?

Pour beaucoup de roboticiens et informaticiens américains, la DARPA est en train de réaliser avec le lancement de ce projet un bond en avant fondamental. En cas de succès, le monde sera modifié de façon radicale. Le futurologue Ray Kurzweil signale par exemple les nombreuses applications civiles pouvant être tirées de tels systèmes : des agents très performants sur Internet, le guidage autonome des véhicules (avions, bateaux, trains, voitures, camions…) militaires et civils, la lecture automatique des électrocardiogrammes et encéphalogrammes, les robots industriels (chirurgiens, instructeurs…) et bien d'autres services ou possibilités.

Dans la perspective de la lutte anti-terroriste ou simplement d'une compétition économique accrue avec des concurrents, ces systèmes pourront imaginer d'eux-mêmes des procédures inattendues, car ils s'affranchiront des points de vue limités des humains. En d'autres termes, ils penseront "autrement". Afin d'éviter que de tels systèmes conscients et intelligents ne prennent le pouvoir sur leurs concepteurs, la DARPA envisage dès maintenant de faire appel à des équipes de neurologues, psychologues et même de philosophes.

Le projet est supposé durer 3 à 5 ans. N'importe qui pourra soumissionner. Après ce délai, la DARPA n'envisage pas de recevoir un système pleinement opérationnel, mais un modèle suffisamment développé pour permettre de distinguer les rêves lointains des réalisations possibles à court ou moyen terme. On peut toujours penser qu'il y a dans ces annonces une volonté d'intoxication des concurrents, mais l'affaire semble assez sérieuse pour devoir être considérée à sa juste valeur en Europe et ailleurs. Cela pourtant ne semble pas être le cas.

Pour ce qui concerne les projets Martiens, il n'est pas besoin d'être spécialiste pour se rendre compte du fait que beaucoup des spécifications - sinon toutes - pourraient être transposables. Mais comment les militaires envisageraient-ils de donner des applications civiles à leur programme, même au profit d'une Agence fédérale soumise en grande partie au secret-défense comme l'est la NASA ? On peut penser en tous cas que si l'Europe, sinon la France seule, voulait réaliser un robot martien conscient, elle devrait réinventer en grande partie les bases cognitives du système.

C'est là que les travaux d'Alain Cardon pourraient trouver des applications particulièrement prometteuses. Les spécifications techniques qu'il a déjà étudiées et partiellement testées semblent parfaitement adaptées aux contraintes d'un robot martien. La question de l'implémentation du système dans un engin nécessairement de petite taille devra être étudiée avec des roboticiens confirmés. En effet, la conscience artificielle définie par Alain Cardon vise plutôt la réalisation sur infrastructures réparties comportant des centaines de capteurs et micro-ordinateurs travaillant en réseau sur le modèle du grid ou réseau d'ordinateurs. Mais le transfert sur un robot, avec les progrès foudroyants de la miniaturisation et de l'augmentation des puissances de calcul, ne devrait pas poser de difficultés. Il s'agira cependant d'un point important à étudier. La maintenance et reconfiguration automatique d'un système distant comportant des milliers de composants sera également une difficulté sur laquelle ont achoppé à ce jour divers projets ambitieux d'automates intelligents.

Pour en savoir plus
Mars Society : http://www.marssociety.org/
Planète Mars : http://www.astrosurf.com/planete-mars
Mars sur Terre, article de Gilles Dawidowicz relatant son expédition dans l'Utah. Revue l'Astronomie octobre 2002, p. 584
Il existe de nombreux ouvrages, y compris en Français, sur la "conquête" de Mars. Mais aucun n'aborde les questions évoquées dans le présent article.
Gary Martin de l'Advanced Program Office, NASA http://hedsadvprograms.nasa.gov/personnel_gmartin.html
Ronald J. Brachman, directeur du DARPA's Information Processing Technology Office à Arlington, responsable du projet Cognitive System : http://www.darpa.mil/ipto/personnel/rbrachman.html
Le Dr. Richard Terrile, scientifique affecté au programme Mars du Jet Propulsion Laboratory, a présenté aux Etats-Unis, les 21 et 22 novembre 2002, un exposé intitulé: Rise of the machine. Intelligent Robots and Space Exploration, qui recense les différents systèmes et robots intelligents capables d'explorer le système solaire, dans les prochaines années ou à plus long terme. Une édition de l'exposé peut être téléchargée à partir du site de la NASA http://www.jpl.nasa.gov/events/lectures/nov02.html.
L'exposé ne dit rien de plus que ce que nous savons déjà dans cette revue... mais que la France ignore intrépidement.


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