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20
Janvier 2001
Propos
recueillis par Christophe Jacquemin
Nanobapt, un
lycéen passionné de robotique
Nanobapt (de son vrai nom Baptiste Denaeyer) est
un passionné de robots. Pour ce jeune lycéen
de 16 ans, il n'y a aucun doute : "Plus tard, je serai
chercheur en robotique".
Dans le cadre d'un club créé dans son
lycée, cet as du kit Lego Mindstorms (il a d'ailleurs
conçu un site très intéressant à
ce sujet) va participer en mai à la Coupe de France
de robotique.
Avec d'autres utilisateur de Mindstorms, et par le
biais du site web qu'il a développé, il compte
aussi se présenter au concours Exposciences. Le projet
consiste à recréer un véritable écosystème
de robots, certains jouant le rôle de carnivores
et d'autres d'herbivores...
C.J
: Pourquoi
ce nom... Nanobatpt? Nanobapt : Parce que je trouve que cela
sonne bien (rires). En fait, j'ai choisi Bapt comme Baptiste, et
nano car cela me fait penser aux technologie de pointe dans lesquelles
travaillent des chercheurs...
C.J
: Aujourd'hui,
à 16 ans, en Première S, tu envisages d'être
chercheur en robotique. D'où te viens cette passion? N. : Cette passion ne date pas d'hier.
Tout a démarré en regardant E=M6 à la télévision.
Depuis plus de cinq ans, cette émission a lancé un
concours dans le domaine de la compétition robotique. Je
me suis dit que j'y participerais un jour. Et puis, en 1998, est
sortit en France le "Cybermaster", que l'on pouvait programmer par
ordinateur. Finalement je ne l'ai pas acheté pensant qu'il
y aurait sûrement de meilleurs produits les années
suivantes. Je ne me suis pas trompé : quelques mois
plus tard, en consultant le site web de Lego, j'ai découvert
avec émerveillement les possibilités du "Mindstorms".
Je n'arrêtais plus de visiter le site pour prendre connaissance
des potentialités des créations réalisées
par les possesseurs de ce kit de construction. Et c'est au Noël
1999 que l'on m'a offert cette invention géniale. Enfin un
moyen d'accéder facilement à ma passion.
C.J
: En
quoi consiste ce kit Lego? N.
: La boîte Minstorms contient plus de 700 pièces
de toutes sortes -différentes petites pièces Lego
que tout le monde connaît, mais aussi beaucoup d'autres choses
comme par exemple toutes sortes de roues, d'engrenages... , et aussi
deux moteurs. Mais surtout, on y note la présence d'une brique
intelligente, le RCX qui, en dialoguant avec votre
ordinateur par liaison infrarouge, et à partir d'une programmation
assez intuitive, permet d'animer vos créations et de leur
donner de "l'intelligence". Le système a été
conçu par les chercheurs en robotique du MIT. Il paraît
d'ailleurs qu'ils utilisent couramment le Mindstorms pour illustrer
leurs cours de travaux dirigés...
La boîte contient aussi 2 capteurs tactiles et un capteur
de lumière que l'on peut fixer sur la brique, qui réagit
en fonction du programme introduit...
Au début je n'arrêtais pas d'avoir des idées,
la joie de découvrir les différentes possibilités.
Enfin je pouvais réaliser les inventions que j'avais imaginé
avant d'avoir la boîte.
C.J
: De
quelle invention es-tu le plus fier? N.
: Il s'agit d'un robot que j'ai appelé "Arrangebot",
destiné à tous ceux qui n'ont pas le courage
de ranger leur chambre! J'en suis fier car j'ai eu l'opportunité
de montrer cette invention au grand public : cela a impressionné
les gens de voir qu'un petit bonhomme comme moi pouvait réaliser
ce genre de choses.
Parmi tous mes robots, je pense que c'est celui qui contient
le plus d'intelligence. En tous cas, c'est celui qui est le
plus utile car il est capable de prendre un objet et de le
mettre à une place bien précise (près
d'une source de lumière).On le voit par exemple ici
se saisir de pneus et venir les déposer à l'endroit
indiqué.
On peut imaginer par la suite une dizaine de robots du même
style, chacun chargé de ramener des objets différents.
Un véritable travail de groupe, un peu comme les fourmis.
Ceci permettrait d'arriver beaucoup plus vite au résultat....
Le rêve : ma chambre toujours rangée!
C.J
: Pourquoi
avoir limité l'évolution du robot dans un enclos? N.
: C'est simplement pour accélérer la démonstration
: l'enclos permet de minimiser l'aire de travail. Mais croyez-moi,
ce robot est capable de faire la même chose sur une aire bien
plus vaste. Simplement, le temps pour cela sera proportionnel à
la taille de la pièce considérée, et au nombre
d'objets à déposer à l'endroit fixé.
C.J
: A
quels problèmes t'es-tu frotté en réalisant
ce robot ? N.
: Pour ce qui est des actionneurs je voulais tout d'abord utiliser
des vérins qui me semblaient pratiques à mettre en
place. Mais après longue réflexion, j'en suis arrivé
à la conclusion que je n'avais pas assez de moteurs pour
pouvoir mettre en place un système à air comprimé.
Je suis donc parti sur l'idée d'une pince commandée
par moteur.
Pour ce qui concerne les capteurs, je voulais que le robot puisse
"voir" les obstacles, et cela de très loin. Mais réaliser
moi-même le capteur idoine était trop compliqué
car je ne suis pas encore assez chevronné. J'en suis
donc resté au capteur fourni par Lego.
Pour ce qui est de la programmation, le robot tout d'abord recule
car les capteurs de contact sont à l'arrière, à
cause de la pince. Il tourne dès qu'il percute un obstacle.
Pendant qu'il tourne il vérifie que l'objet percuté
n'est pas le sien (au cas où il l'aurait lâché
si il en a avait déjà trouvé un). Sinon, il
continu d'avancer jusqu'à trouver l'objet. Une fois l'objet
saisi, il cherche une source de lumière et la suit. Arrivé
à la source, il dépose l'objet et en cherche un autre.
J'essaie en ce moment de réaliser sur écran une interface
graphique permettant de visualiser en permanence ce que le robot
est en train de faire. Cette interface permettrait de configurer
l'objet à prendre.
Concernant la programmation proprement-dite, elle fait appel au
langage NQC (Not Quite C). C'est un langage qui s'approche du C,
plus puissant mais beaucoup plus difficile d'utilisation que le
langage fourni par Lego. Pour ceux que cela intéresse, on
peut le télécharger à partir du web. J'en
parle d'ailleurs sur le site que j'ai créé...
C.J
: Un
site ? N.
: Au départ, j'utilisais surtout le forum de Lego Mindstorms.
C'est là que j'ai pu constater la grande solidarité
de tous les utilisateurs, toujours prêts à se passer
de bons tuyaux. Mais question utilisateurs français, on était
quand même très peu nombreux. Ce qui m'intéressait,
c'était de trouver un site complètement en français.
Et comme il n'en existait pas, j'en ai créé un. Au
départ, c'était pas terrible : peu de contenu, sans
lien ni photos car je ne savais pas comment faire. Puis, j'ai commencé
à obtenir des renseignements auprès de webmasters...
Et de fil en aiguille, j'ai consacré de plus en plus de temps
à sa réalisation, un peu au détriment de la
création de mes robots. Cela dit, je me suis toujours forcé
à maintenir un peu d'expérimentation sur des robots
simples.
Au début, le site était peu connu. Et puis, tout d'un
coup, je suis passé de 40 à 200 visites par semaines.
Et cela ne cesse d'augmenter...
En tous cas, grâce au site, j'ai pu nouer des contacts. Ainsi,
avec d'autres utilisateurs du Mindstorms, nous allons nous présenter
en mai prochain au concours Exposciences à Dunkerque. Il
s'agit d'exposer un projet scientifique devant un jury. Pour l'instant,
nous sommes six sur le projet, mais toute personne intéressée
et qui a des idées peut me contacter (voir contact en
fin de texte).
C.J
: En
quoi consiste votre projet ? N.
: Nous avons choisi de présenter un écosystème
composé de différents types de robots : des herbivores
et des carnivores. Les carnivores "mangeant" les herbivores, et
les herbivores "se nourrissant" d'aliments qui se trouveront
disséminés sur l'aire de démonstration. Quand
je dis "manger", c'est une image : quand les herbivores auront détecté
un aliment, ils le prendront par le biais d'une pince et le relâcheront
aussitôt. Au départ, chaque robot aura 100 points de
vie, mais en perdra suivant le temps qu'il mettra à se nourrir.
Cela dit, à chaque fois qu'il "mangera", il en gagnera. Et
si il dépasse 100, alors il pourra placer des aliments dans
ce qu'on appelle "le nid" des herbivores. Les carnivores ne pourront
pas aller dans le nid des herbivores.
C.J
: Et
les carnivores devront poursuivre les herbivores ? N.
: Exactement. Ils auront une arme, un peu comme les scorpions et
devront toucher le dos des herbivores. A chaque fois qu'un herbivore
sera touché, il perdra des points. Et si son score arrive
à zéro, alors il sera déclaré mort.
C.J
: As-tu
d'autres projets ? N.
: Oui. Par le biais d'un club de robotique monté un peu à ma demande
dans mon lycée, je vais aussi participer en mai à la Coupe de France
de robotique organisée par VM Productions (émission e=M6), l'Association
Nationale Sciences Techniques Jeunesse et la Ville de la Ferté-Bernard.
J'ai la chance d'être au Lycée "Europe" de Dunkerque,
lycée axé principalement sur les sciences. On peut
y passer le bac scientifique, mais on y trouve aussi une classe
préparatoire et également des classes de BTS. Le lycée
a concouru l'année dernière dans le cadre d'un projet
d'informatique industrielle et est arrivé 5ème...
Cette année, le lycée se présente de nouveau
par le biais des classes de BTS d'informatique industrielle et des
terminales STI électronique. Mais l'existence du club permet
aux autres élèves moins avancés - moi-même
en l'occurrence, car je suis en première S-, de participer,
même si je n'ai pas les mêmes connaissances qu'eux
en programmation.
C.J
: Et
il y a beaucoup d'élèves de première, voire
de seconde, dans ce club N.
: Non, je suis le seul.
C.J
: Que
faut-il faire pour gagner la Coupe? N. : Il y a un règlement. Dans
ce concours, les robots sont totalement autonomes. Une équipe
de robots devra battre une équipe adverse. Il s'agira pour
les robots, sur une grande table de jeu, d'aller planter des drapeaux
sur des astres (figurés par des cylindres de plus ou moins
grande taille), le jeu consistant à conquérir le plus
d'astres possible. Si deux drapeaux appartenant à des équipes
différentes sont placés sur le même astre, c'est
le drapeau planté le plus haut qui départagera. Il
y a des éliminatoires et l'équipe gagnante sera celle
qui aura vaincu toutes les autres.
C.J
: Tu
es vraiment passionnés par les robots... N.
: Oui, mais pas seulement. Je fais partie de l'association "Jeunes
Science Nord", basée à Dunkerque, qui propose différents
ateliers : électronique, informatique, astronomie et holographie.
Pour ma part, j'ai choisi l'atelier holographie. J'aime ce club
car il me permet de rencontrer des jeunes comme moi, passionné
par la science.
C.J
: Tu
m'as dit tout à l'heure vouloir devenir chercheur en robotique.
Outre cette passion, qu'est-ce qui te guide dans ce choix ?
La robotique m'intéresse car c'est comme si l'homme voulait
refaire la nature, en tout cas tenter de mieux la comprendre. A
la fin de mes mail, j'inscris d'ailleurs toujours cette phrase :
la vie est un gigantesque point d'interrogation.
Avec la robotique, l'homme essaie de recréer. Dieu créa
l'homme et l'homme créa... les robots.
Je voudrais être chercheur pour développer moi-même
les concepts d'un robot. Je n'ai pas envie de simplement étudier
(ou de réparer) des robots conçus par quelqu'un d'autre.
Je pense que la robotique va prendre de plus en plus d'expansion
et que personne ne pourra y échapper. Les robots seront partout.
D'ailleurs ils nous entourent déjà. Je ne suis pas
encore assez avancé pour dire jusqu'où ira la robotique
mais je pense qu'elle va s'imposer partout, comme cela s'est déjà
fait avec l'informatique.
C.J
: Je
suppose que tu es un très bon élève... N : Pas vraiment. J'ai tendance à
avoir de mauvaises notes car je suis trop occupé par ma passion...