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Automates Intelligents s'enrichit du logiciel Alexandria.
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11 Mars 2001
propos recueillis par Jean-Paul Baquiast

Jean-Philippe Rennard, créateur du site "Vie artificielle par Jpr"

http://www.rennard.org/alife/

Vu sur le site de Jean-Philippe Rennard


   
Jean-Philippe RennardJean-Philippe Rennard, ancien chercheur en économie, aujourd'hui dirigeant d'entreprise et consultant auprès d'entreprises d'informatiques, est le créateur d'un site web remarquable consacré à la Vie artificielle, accessible en français et en anglais.
A l'image de ce que font déjà de nombreux organismes et chercheurs dans d'autres pays, cette réalisation exemplaire montre qu'il existe en France un véritable vivier de spécialistes prêts à partager leur savoir avec la population, et notamment les jeunes, dans des domaines encore peu connus sur notre territoire.

Jean-Paul Baquiast : Vous proposez, en français et en anglais, un site remarquable consacré à la Vie artificielle, automates cellulaires, biomorphs, algorithmes génétiques. Qui êtes-vous et quel est votre parcours?
Jean-Philippe Rennard : A la base, je suis économiste, développementiste pour être plus précis, c'est à dire spécialiste des problèmes de sous-développement. J'ai quitté la recherche et l'enseignement fin 1994 (Centre Asie/IREPD, UPMF Grenoble). Je suis aujourd'hui dirigeant d'entreprise et exerce, en parallèle, des fonctions de consultant auprès d'entreprises spécialisées en informatique. J'ai par ailleurs continué à enseigner dans mon Université d'origine jusqu'à l'an passé.

J.P.B : A quel titre avez-vous commencé à vous intéresser à la vie artificielle ?
J.P.R : Permettez-moi tout d'abord cette petite digression ! Après m'être longtemps intéressé à la physique et à l'astrophysique, je suis tombé un jour sur un article traitant de "la crise du darwinisme". Je ne m'étais jamais particulièrement préoccupé de biologie, mais je crois que si l'on m'avait annoncé une remise en cause du modèle héliocentrique ou du second principe de la thermodynamique, je n'en aurais pas été beaucoup plus ébranlé. C'est dans ce contexte que j'ai commencé à travailler le sujet. Je mesure maintenant la naïveté de mes positions de départ, mais Darwin en sort pour le moment largement renforcé.
Et puis, j'ai découvert quelques années plus tard "Tierra"(1), du biologiste Thomas Ray. Il s'agit d'un espace virtuel peuplé de créatures purement algorithmiques, se voulant un outil d'expérimentation des règles générales présidant à toute forme de vie. J'ai appris notamment que très rapidement le monde de Tierra avait réinventé le phénomène du parasitisme.

J.P.B : Réinventé ?
J.P.R : Oui. J'insiste sur le terme"réinventé" car Thomas Ray n'a pas programmé de comportements parasitaires. C'est le jeu des interactions individuelles, de la sélection "naturelle" et des mutations "génétiques" obtenu par les algorithmes, qui a conduit à l'apparition de parasites.
Evolution, biologie et informatique comment aurais-je pu résister ? L'arrivée d'Internet, la découverte des premiers sites américains sur le sujet, la constatation du fait que le public ne soupçonnait pas l'existence de ce domaine de recherche et mon goût pour la vulgarisation m'ont amené à partager ce que j'avais découvert au cours de ces dernières années.
Ainsi, je ne suis en aucune manière un "spécialiste" de la vie artificielle au sens où les chercheurs concernés le sont. Je suis simplement quelqu'un qui profite de son "background" pour partager une immense fascination intellectuelle.

J.P.B : Avez-vous d'autres activités ou projets dans ce domaine ?
J.P.R : Des projets sont effectivement en cours, mais comme tous les individus férus de rationalité, je suis trop superstitieux pour en devancer l'annonce !

J.P.B : Pensez vous que la France manifeste en matière de vie artificielle un retard par rapport à d'autres pays, USA ou Europe notamment, aussi bien dans les réalisations que dans la prise de conscience globale? Et si oui, dans quels domaines...
J.P.R :
Non. ce n'est pas mon sentiment. Je ne pense pas que la recherche française ait à pâlir de ses réalisations dans le domaine. De nombreux laboratoires à l'INRIA et ailleurs traitent de ce type question au plus haut niveau.
En revanche, d'un point de vue plus général, il est évident que les Etats-Unis disposent d'une avance réelle.

J.P.B : Quelle en est la raison ?
J.P.R :
Simplement du fait que ces recherches sont nées aux Etats-Unis. Les fondateurs, qui naturellement exercent toujours une influence déterminante, sont très majoritairement américains. Ensuite, du fait que les publications scientifiques, mais aussi celles qui sont destinées au public, professionnel ou non, sont quasi exclusivement rédigées en anglais. Dans ce contexte, il est clair que la prise de conscience est nettement supérieure dans le monde anglo-saxon. Notons toutefois que le Japon est extrêmement présent dans le domaine de la robotique, et ceci autant pour des raisons économiques, qu'historiques et culturelles.

J.P.B : Retard ou pas, souhaiteriez-vous que l'on donne en France plus d'importance à ces questions, sur le plan académique, industriel et économique, médiatique, etc. ? Si oui, comment? Qui devrait prendre les initiatives: l'Etat, les chercheurs, l'industrie... ?
J.P.R :
Votre question est multiple.
- Concernant le plan académique, la vie artificielle n'est pas une discipline scientifique au sens strict. C'est plus un ensemble de recherches, fédérées autour d'un noyau informatique, visant à comprendre et éventuellement reproduire les mécanismes du vivant.
Dans ce contexte, il n'existe pas de cursus « vie artificielle » et je doute que cela soit souhaitable dans l'immédiat.
En revanche je suis convaincu, et les nombreux mails d'étudiants que je reçois le démontrent, qu'un nombre croissant d'étudiants avancés va chercher à se diriger vers des travaux de ce type. Enfin, des laboratoires comme celui de Jean-Claude Heudin(2) au pôle Léonard de Vinci, participent de manière essentielle à la formation d'une génération de praticiens qui sauront utiliser pleinement ces outils.

- Pour ce qui est du domaine industriel et économique, les choses sont un peu différentes. L'industrie et le monde économique en général s'intéresseront sérieusement au domaine à partir du moment où les «coûts d'opportunités» seront suffisamment faibles, soit, pour parler plus clairement, quand ils en percevront des applications pratiques et rentables. Pour l'heure on en est loin, et je dirai qu'en dehors de quelques cas d'espèce, la vie artificielle reste essentiellement cantonnée dans les laboratoires.

- Enfin, pour ce qui concerne le plan médiatique, un effort est souhaitable. Seule la télévision permettra de porter ce domaine à la connaissance du grand public, mais considérant le goût des directeurs de programmation pour les reportages scientifiques, je suis quelque peu pessimiste.

Quant à savoir qui doit prendre l'initiative, dans la mesure où les applications économiquement viables sont encore marginales, l'Etat est susceptible de jouer un rôle moteur, et en l'occurrence seuls les chercheurs peuvent le convaincre d'agir.
Mais en ont-ils vraiment le pouvoir ?

J.P.B : L'interdisciplinarité entre Vie artificielle (VA) et autres disciplines (biologie, neurologie, sciences humaines, philosophie)  vous paraît-elle utile ?
J.P.R :
La question de l'utilité ne se pose pas réellement : la vie artificielle est par définition interdisciplinaire. Le problème se pose cependant du fait que les réalisations sont essentiellement informatiques. En conséquence, les chercheurs en Sciences Informatiques représentent un poids excessif à mon sens. En parallèle, les biologistes, qui sont parmi les plus impliqués dans le domaine après les informaticiens, considèrent souvent que ces derniers ont une vision un peu «romantique» du vivant, mais éprouvent d'énormes difficultés à leur communiquer les éléments précis dont ils ont besoin.

J.P.B : Vous êtes finalement en train de me dire qu'il y a beaucoup de progrès à faire en la matière...
J.P.R :
D'une manière générale, et je crois que c'est là un élément essentiel du problème, il faut comprendre que l'interdisciplinarité est largement étrangère à l'organisation même de la recherche. Il est bien connu que la recherche est de plus en plus atomisée et que chaque domaine a son langage propre. Par exemple, et pour que les lecteurs comprennent l'importance du  problème, en tant que développementiste je me souviens clairement des difficultés que j'ai pu éprouver face à certains textes d'Economie monétaire, et pourtant tout cela restait entre économistes... Alors imaginez les difficultés de compréhension mutuelle que peuvent éprouver des informaticiens, des biologistes et autres psychologues et neurologues.
Cette structure est tellement ancrée dans la recherche contemporaine qu'il est actuellement virtuellement impossible pour un jeune chercheur de se consacrer sérieusement à un domaine étranger au sien : il ne peut se permettre d'en payer le prix en terme de carrière. Aussi, l' interdisciplinarité est-elle souvent réservé aux seuls chercheurs disposant d'une assise suffisante les dispensant de se soucier des critères classiques d'évaluation.

J.P.B : Craignez-vous que s'expriment en France des fantasmes ou préjugés contre un prétendu effet réducteur, ou matérialiste, ou socialement dangereux ,qui pourraient découler d'un approfondissement des recherches en VA et robotique ?
J.P.R :
Il me semble que les fantasmes dépendent essentiellement de la manière dont on présente les sujets au public. Ce que l'on peut craindre, c'est que l'éternelle quête de sensationnalisme qui anime nombre de journalistes conduise à une interprétation erronée. La structure des créatures de type Tierra, par exemple, est proche de celle des virus informatiques. Mais la probabilité que ces créatures s'échappent au sein du cyberespace est aussi proche que celle de voir les hommes coloniser un éventuel univers parallèle... Et la comparaison n'est pas neutre. Ceci ne signifie naturellement pas que les risques d'actes malveillants soient nuls.
Concernant la robotique, les réalisations actuelles, aussi époustouflantes soient-elles, ne sauraient avant longtemps être en mesure de provoquer les réactions imaginées par le regretté Isaac Asimov. Plus sérieusement, la crainte des robots repose d'abord sur celle de l'émergence de concurrents or la robotique distribuée s'appuie sur des machines nécessairement trop simples pour être perçues comme potentiellement concurrentes.

J.P.B : Voyez-vous des perspectives immédiates d'application, notamment grâce à l'Internet, des travaux concernant les outils de la VA, présentés sur votre site, ou d'autres ?
J.P.R :
Les algorithmes génétiques sont de plus en plus employés et ceci dans des secteurs extrêmement divers. Ces algorithmes permettent de résoudre des problèmes difficilement solubles autrement. A titre d'illustration, des travaux sont menés dans l'industrie automobile en vue d'optimiser le fonctionnement de certains robots à partir d'algorithmes génétiques.
Le traitement de données, notamment sur Internet, est également en passe d'être révolutionné par les robots et autres agents intelligents.
Enfin et surtout, je suis convaincu que la robotique distribuée révolutionnera le domaine dans les décennies à venir et sera alors partie prenante de notre quotidien.

J.P.B : Le grand public risque-t-il longtemps de se tenir à l'écart de ces questions, face au barrage (relatif) de l'anglais et surtout de la programmation? Sur ce point, votre site reste assez technique, et risque d'en effrayer plus d'un...
J.P.R :
Concernant la programmation je ne pense pas qu'il s'agisse d'un problème. Combien d'utilisateurs de Windows ont une connaissance même basique du fonctionnement de leur système d'exploitation ?
En revanche, et sur le plan de la popularisation, le problème de la langue est réel. Les chercheurs le minimisent inconsciemment dans la mesure où l'anglais n'est pour eux rien moins que la langue de travail. Ceci étant, le jeune public maîtrise de mieux en mieux l'anglais. Que ceux qui ont des bases d'anglais fassent l'effort de lire des textes qui les intéressent, ils seront rapidement étonnés de leurs résultats, et constateront alors que l'obstacle de la langue est relatif.
Une remarque concernant Internet et les chercheurs : En dehors de quelques cas comme Life Drop de JC Heudin, http://www.virtual-worlds.net/lifedrop/menu.htm ou du site de JC Lattaud http://www.math-info.univ-paris5.fr/~latc/va/va.html, les professionnels francophones présentent essentiellement des sites en anglais. J'ai conscience de leur charge de travail et du fait que cela ne leur apporterait rien d'un point de vue professionnel, mais une fois que la version anglaise d'un site est réalisée est il vraiment si lourd de faire une version française ?

 

Page d'accueil du Genetic Algorithm Viewer - http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2001/8/rennard.htm
Genectic Algorithm Viewer : http://www.rennard.org/alife/french/gav.html

Enfin concernant mon site, je me suis efforcé d'introduire aux sujets de manière imagée et non technique.
En revanche, mon parcours étant ce qu'il est, j'ai naturellement et un peu inconsciemment dérivé vers des textes pouvant être utilisés comme point de départ par les étudiants intéressés.
Ne me revendiquant nullement comme expert, je m'efforce alors en pleine rigueur de rester au stade de la présentation générale, et ne me permets évidemment pas de prendre position au sein des débats.
Le succès de Genetic Algorithm Viewer (applet de démonstration du fonctionnement des Algorithmes Génétiques) montre qu'au moins, en ce qui le concerne, j'ai répondu à un besoin.


(1) Voir http://www.isd.atr.co.jp/~ray/tierra/index.html. On consultera également le site "Avida" http://dllab.caltech.edu/avida/  de Chris Adamin, version 2D de type "Tierra", mais beaucoup plus accessible. remonter au texte  
(2) Voir notre interview de
Jean-Claude Heudin (août 2002)  remonter au texte  

Contact : alife@rennard.org

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