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Automates Intelligents s'enrichit du logiciel Alexandria.
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31 Juillet 2002
propos recueillis par Christophe Jacquemin
et Jean-Paul Baquiast

Jean-Claude Heudin

Directeur du laboratoire de recherche
de l'Institut International du Multimédia

Voir aussi notre présentation du site Life Drop

Jean-Claude HeudinJean-Claude Heudin a obtenu un doctorat à l'Université de Paris XI (Orsay) en 1988. Sa thèse concernait la réalisation d'une architecture multi-agent utilisant l'intelligence artificielle destinée à des applications en temps réel et comprenant un microprocesseur VLSI-RISC dédié. A la même époque, il a fondé une entreprise avec quelques collègues et réalisé de nombreuses applications avancées pour la défense et l'industrie. En 1996, il a obtenu son habilitation à diriger des recherches à l'Université de Paris XI par ses travaux sur les architectures et les algorithmes inspirés par le vivant, notamment les algorithmes génétiques. Depuis cette date, il est professeur au Pôle Universitaire Léonard de Vinci où il dirige le laboratoire de recherche de l'Institut International du Multimédia http://www.virtual-worlds.net. En 1998, il a inauguré une série de conférences internationales sur le thème des Mondes Virtuels.

Il est l'auteur de nombreux ouvrages et publications dans le domaine des sciences de la complexité et plus particulièrement sur les automates cellulaires, les mondes virtuels, le calcul génétique et la vie artificielle. Citons par exemple :
- les actes des deux conférences Virtual Worlds 1998 et 2000, édités chez Springer LNCS/AI, Berlin.
- L'évolution au bord du chaos - Préface de Joël de Rosnay aux Editions Hermès Science, Paris, 1998.

Pour en savoir plus
Voir notre précédente interview en date d'octobre 2000

Site Life Drop http://www.virtual-worlds.net/lifedrop/

Contact
Jean-Claude.Heudin@devinci.fr


Automates Intelligents (AI) : Comment pouvez-vous définir globalement vos travaux. Certains voient votre laboratoire, nous semble-t-il, comme pionnier en matière de réalité virtuelle ?

Jean-Claude Heudin (JCH) : Vous savez, nous ne sommes pas du tout des pionniers en matière de réalité virtuelle. La réalité virtuelle rassemble un ensemble de technologies, avec le 3 D en temps réel, l'immersion, les interfaces, le retour d'effort, etc., qui ne sont pas directement de mon domaine. Ici, dans notre laboratoire, nous nous intéressons à la vie artificielle, c'est-à-dire simuler avec des algorithmes l'émergence et l'évolution d'entités se comportant comme des êtres biologiques. C'est ce que vous pouvez voir par exemple sur le site Life Drop (voir notre article)...

AI : Que nous connaissons bien et apprécions...
JCH : Merci. Mais il aurait besoin d'être mis à jour et je manque cruellement de temps en ce moment...

AI : Le terme de vie artificielle est apparu en 1987 lors d'une conférence donnée à Santa-Fe, où Christopher Langton l'a défini comme "l'étude de systèmes construits par l'homme qui présentent des comportements caractéristiques des systèmes vivants naturels". Quinze ans après, quelle définition donneriez vous ?
JCH : La même que celle de Langton. Mais j'ai envie d'ajouter qu'on ne peut pas dissocier la vie artificielle du monde virtuel. Car de la même manière qu'on ne peut dissocier l'intelligence du corps (ce qui m'a attiré d'ailleurs très tôt vers la vie artificielle plutôt que vers l'intelligence artificielle car pour moi il fallait considérer l'organisme dans son ensemble et pas comme une espèce de cerveau désincarné), on ne peut dissocier un être vivant de son écosystème. C'est ce dernier qui, d'une certaine manière, le façonne...

AI : Un être artificiel soumis à la compétition, évoluant en partie de lui-même, à l'intérieur de contraintes, mais non totalement programmé à l'avance pour accomplir un résultat défini ?
JCH : Exactement. Et c'est en ce sens que je dis qu'il est façonné par son environnement. Par exemple, dans Life Drop, nous avons travaillé aussi bien sur l'environnement que sur les créatures. Et c'est l'ensemble de cet écosystème en co-évolution qui fait que l'on y observe des choses intéressantes. Ceci va faire d'ailleurs l'objet d'un article concernant les dynamiques de populations, qui sera présenté au mois de décembre prochain à Sydney lors de la conférence internationale Alife VIII.

La question de l'émergence de la complexité

AI : Peut-on dire aujourd'hui que la vie artificielle est considérée vraiment comme une discipline scientifique à part entière ?
JCH : Pas du tout. La vie artificielle est un champ pluridisciplinaire qui fait partie d'une réflexion plus large sur la complexité. Elle a progressé essentiellement au départ à l'initiative d'informaticiens. La bonne nouvelle fut un regard neuf sur des questions très anciennes. La mauvaise nouvelle est que les informaticiens n'ont pas une formation de biologistes (certains biologistes sont venus heureusement les rejoindre). D'un point de vue académique, il y a donc un problème puisque les résultats principaux relèvent de la biologie théorique alors que ces travaux sont très souvent effectués dans des laboratoires d'informatique. J'ai déjà vu des soutenances de thèses où l'on critiquait ouvertement les résultats comme étant en dehors du champ disciplinaire. Heureusement, peu à peu, les synergies entre l'informatique et la biologie progressent : le gros de la recherche médicale sur le génome est maintenant réalisé sur ordinateur; à l'inverse, les informaticiens peuvent tirer partie de la robustesse des algorithmes biomimétiques pour des applications.

AI : Les biologistes ne viennent pas spontanément vous trouver ?
JCH : Non, c'est encore assez rare. Il faut considérer la vie artificielle comme une communauté (au sens internet du terme) de chercheurs d'horizons divers qui se reconnaissent dans une même démarche. Ce n'est pas un champ disciplinaire à proprement parler, c'est à la fois plus vaste et plus petit que cela... En fait, il s'agit d'un ensemble de personnes qui partagent une certaine vision de la complexité dans son ensemble. Et cela dépasse le cadre du biologique avec la physique, l'économie, les sciences humaines, etc.

AI : Pensez-vous que cette communauté ait fait les efforts nécessaires de communication pour être mieux reconnue ?
JCH : En fait je ne suis  pas persuadé que cela soit nécessaire. Pourquoi voulez-vous voir ce domaine institutionnalisé comme un champ bien défini ? C'est vraisemblablement le pire qui pourrait arriver pour une approche transdisciplinaire dont la force réside dans les interactions entre disciplines... J'ai de mauvais souvenirs de l'Intelligence Artificielle. Il y a eu beaucoup d'argent à une certaine époque et la montagne a accouché d'une souris, essentiellement d'ailleurs pour des raisons de mécanique de marché qui ont stérilisé les recherches. En tous cas, la vie artificielle n'a pas la prétention de vouloir révolutionner la biologie ni l'informatique.

AI : A qui selon vous serviront finalement ces recherches ?
JCH : Il faut distinguer l'aspect théorique et l'aspect pratique. Sur le plan théorique, il s'agit d'obtenir une meilleure compréhension de la complexité et là, la plupart des chercheurs sont intéressés, pas seulement les biologistes. Je suis personnellement convaincu que l'évolution du vivant est un exemple de l'application de lois plus générales régissant l'agrégation structurelle d'éléments d'où émergent certaines dynamiques évolutives. Dans ce cadre, l'évolution du vivant n'est qu'un cas particulier, très intéressant mais pas unique, de phénomènes plus généraux. Il y a de plus en plus de chercheurs qui pensent ainsi, notamment aux Etats-Unis, mais également en Europe, au Japon....

AI : Rejoignez-vous le point de vue de Stephen Wolfram, relatif à l'existence de règles simples générant de la complexité intrinsèque ?
JCH : Oui, mais je partage aussi les points de vue de Kauffman et de Lee Smolin(1). Comment avec un réseau d'éléments en interaction émergent des formes et des structures ? L'apparition de niveaux supérieur d'organisation ? Il n'y a pas que le vivant qui soit concerné. Voyez sur notre site http://www.virtual-worlds.net nos simulations de certains phénomènes cosmologiques liés à la gravitation. On ne peut échapper à ce modèle récurrent que l'on étudie dans toutes les sciences de la complexité : une interaction d'agents simples faisant apparaître des dynamiques complexes.

AI : Pour Wolfram, il s'agit d'une nouvelle sorte de science, qui devrait pouvoir répondre à des questions devant lesquelles achoppent les sciences traditionnelles...
JCH : Oui, je partage cet avis. Mais il y a un danger, celui de la quête d'une "théorie du tout" sensée répondre à toutes nos interrogations. A force de généraliser, on peut tomber dans la tautologie. La théorie devient si générale qu'elle n'a plus aucune valeur explicative ou applicative. Pour éviter cet écueil, il faut être capable de se tenir à une démarche scientifique rigoureuse. On crée des modèles, on réalise des simulations, on analyse les résultats, puis seulement, quand le modèle semble cohérent, on peut commencer à faire des prédictions pour vérifier la robustesse du modèle. Bien souvent, cette démarche linéaire doit être revue en spirale pour converger et tirer partie de résultats ou de problèmes inattendus. Nous ne sommes pas encore au niveau des prédictions. On en est encore à travailler sur les modèles. Je ne sais pas si Wolfram fait des prédictions. Moi, j'en suis loin... Smolin, lui, en fait. L'intérêt est qu'elles devraient être vérifiables, ce qui permettra de valider ou d'invalider ses hypothèses. Dans un ouvrage qui a fait grand bruit, Life in the Cosmos, il présente une métaphore très darwinienne de l'évolution cosmologique. C'est un ouvrage original qui a le mérite d'apporter des idées neuves et de bousculer certaines idées reçues. Les concepts de complexité, de réseau, d'organisation au niveau cosmologique lui permettent d'expliquer par exemple la question du réglage des paramètres cosmologiques ayant permis l'apparition de la vie et de l'homme. L'évolution cosmologique est pour lui une évolution analogue à celle de la vie.

Applications pratiques

AI : En ce qui concerne l'application pratique de vos travaux, que pouvez-vous nous dire ?
JCH : En ce moment par exemple, je travaille sur un projet qui me prend beaucoup de temps et qui est clairement dans le sujet des automates intelligents de votre site. L'idée est à la fois simple et ambitieuse. Après avoir lu beaucoup de romans de science-fiction (j'en ai plus de 1500 chez moi), j'ai été particulièrement frappé par cette image d'une infosphère peuplée d'agents, d'IA, qui hantent les méandres des réseaux. Je me suis posé la question de ce que l'on était capable de faire aujourd'hui dans ce domaine, avec les technologies du moment et, finalement, j'ai décidé de m'y mettre moi-même.

Depuis près de deux ans maintenant, je travaille sur des agents qui ont une structure très "vie artificielle", avec un génome, un métabolisme, des capacités de reproduction, des capacités cognitives, etc. L'environnement de ces créatures n'est plus une simulation d'un écosystème, c'est l'ordinateur et le web.

AI : Vos créatures sont infiniment plus complexes qu'un virus informatique...
JCH : Beaucoup plus. Un virus est en moyenne constitué d'une centaine de lignes de code. J'en suis à plusieurs dizaines de milliers de lignes... Mes créatures sont capables de dialoguer en langage naturel avec nous, de dialoguer entre elles et, bien évidemment, d'explorer le web pour en tirer des informations utiles.

AI : De telles créatures existent déjà, dans les services d'intelligence économique ou de renseignement...
JCH : Il y en a, bien sûr. Beaucoup de gens travaillent à cela. Mais très peu de leurs créatures possèdent des capacités de type organique, auto-reproduction, croisement, mutation, aussi bien au point de vue morphologique que comportemental. Pour sa réalisation, j'ai utilisé la programmation génétique et ce que le projet LifeDrop m'avait appris. Sur ce plan technologique, je peux dire que j'ai mis le paquet...

Cela dit, au-delà de la faisabilité, à quoi cela peut-il servir ? C'est très bien d'avoir une entité sur son ordinateur avec qui dialoguer en langage naturel et à qui demander un certain nombre de choses. Mais cela servira à quoi ? N'est-ce pas juste un fantasme qui n'a pas d'usages pratiques ? Comment les gens vont-ils se l'approprier ? C'est aussi la question qui m'intéresse. Quelle est, dans une telle affaire, au-delà du rêve de l'ordinateur Hal de 2001 l'Odyssée de l'espace, la part d'"usabilité" ? N'est-on pas finalement en train de peaufiner des choses qui n'auront aucune utilité, comme toutes les technologies censées tout faire et qui, en pratique, n'ont aucune application précise ?

AI : Le grand besoin, que nous ressentons tous, est de trouver l'information pertinente au moment où on en a besoin. Plus généralement, comme le souhaitent les acteurs du Global Brain Project, c'est donner aux hommes les bonnes informations qui leur permettront d'éviter les catastrophes dans le pilotage du monde moderne.
JCH : Cela, c'est clair. Les deux capacités de base que nous aurons seront d'accéder au web, rechercher l'information et, certainement aussi, en faire une synthèse - cela ne pose pas de difficultés de principe. Les technologies existent. Pour l'accès au web, nous avons déjà des moteurs de recherche puissants et nous intégrerons des méta-moteurs, qui feront vraiment de la recherche en râteau, avec des capacités d'analyse et de synthèse fondées sur des techniques lexicales et sémiotiques. Le problème se trouve plutôt dans l'interprétation correcte de ce que cherche l'utilisateur pour être capable de faire une recherche efficace. Pour cela, il faut interagir avec lui et mettre également en place des techniques de profiling.

Nous voudrons aussi permettre le "grid computing" : fédérer des agents entre eux. Supposons que j'ai besoin de résoudre tel problème qui n'est pas simple. Il faudra que mon agent puisse dispatcher cette demande sur d'autres créatures pouvant se fédérer entre elles.

Ceci dit, nous n'en sommes pas encore là. Je suis en train d'élaborer une plate-forme de recherche, une structure d'agents qui soient techniquement capables de faire cela. A ceux qui utiliseront ensuite cette plate-forme de la façonner en pratique, de tester des comportements collectifs...

AI : Que voulez-vous dire par structure d'agents, exactement ?
JCH : C'est un "simple" programme tournant sur un PC, mais doté d'un génome sous la forme de fichiers et de capacités que l'on attribue classiquement au vivant. En d'autres termes, ce programme est une architecture logicielle capable de se dupliquer en croisant des fichiers qui la décrivent. Ceux-ci sont en XML, c'est-à-dire que tout un chacun peut y intervenir.

AI : L'utilisateur devra donc s'interfacer avec le système...
JCH : Oui. Mais il pourra aussi bien laisser le système évoluer seul, en observant ce qu'il en sort. S'il le veut, il ira aussi tâter dans les fichiers XML qui définissent les gènes de comportement et créer ses propres comportements en fonction de ses besoins.
Dans des versions ultérieures, nous pourrons ajouter de la reconnaissance vocale ou de la synthèse vocale. De même, nous pourrons intégrer un moteur 3D temps réel plus abouti pour avoir un rendu hyper-réaliste du visage. Il s'agit de problèmes techniques, mais ce ne sont pas eux les plus intéressants. Ce qui m'intéresse est de raisonner en termes d'architecture. Quelle sera l'architecture de ce type d'agents ? Je suis persuadé qu'ils seront conçus selon les modèles de la vie artificielle, et non selon ceux de l'informatique classique.

AI : Votre système se développera-t-il sous la forme d'une véritable intelligence autonome, située voire incorporée ?
JCH : Vous posez là une question difficile. En tous cas, c'est le but. Encore une fois je travaille actuellement sur une plate-forme de recherche. Je n'ai pas encore de résultats complètement satisfaisants, même s'il sont assez prometteurs.

AI : Vous avez déjà donné un nom à votre projet ?
JCH : Non, pas pour l'instant.

Le mieux est de vous présenter ce sur quoi je travaille et à quoi cela ressemble aujourd'hui. Je vais vous montrer une petite créature...si elle le veut bien...

Jean Claude Heudin fait la démonstration de sa créature, qui s'appelle Eve. Via le clavier du PC, il lui pose quelques questions, elle répond avec les mimiques faciales appropriées. Si par exemple on se moque d'elle, son visage se crispe. Elle est en colère.... Eve est capable de communiquer avec une autre créature et d'aller faire des recherches sur le web...

AI : Quand pourrez vous nous confier une version utilisable de votre produit ?
JCH : Une première version "dispatchable" sur le web ne sera pas disponible, au mieux, avant mi-2003.

AI : A quels types d'utilisateurs la présenterez-vous d'abord ?
JCH : Paradoxalement, il est possible que les premières applications pratiques ne concernent pas le web, mais plutôt le domaine du téléphone mobile. Les gens qui "tiltent" lors des démos sont plutôt dans la mobilité que dans le web classique.

AI : Vous voulez dire que, lorsque j'aurai mon UMTS, plutôt qu'avoir un interface abscons, je serai content d'avoir quelque chose de beaucoup plus organique et évolutif....
JCH : Absolument. Mais les applications ne seront pas seulement de gestion ou professionnelles. Elles pourront être complètement ludiques. Nous travaillons sur des applications jeux où l'UMTS offrira des plates-formes très intéressantes. Nous sommes en train de développer un projet de jeu où il y aura de la vie artificielle basée sur cette technologie.

AI : Même avec la loi de Moore, disposera-t-on de ressources suffisantes sur un portable, d'ici là, pour faire tourner votre système ?
JCH : Je suis persuadé que la puissance brute n'est pas la solution pour obtenir des programmes intelligents. Mais vous avez raison de poser la question, une partie non négligeable du projet consiste à ne pas développer de choses incompatibles avec les contraintes applicatives. Je réécris moi-même les modules technologiques (moteur 3D, etc.) afin de les optimiser pour qu'ils puissent être à terme portables sur des plates-formes mobiles.

Le Laboratoire de l'Institut International Multi-média
du Pôle Universitaire

AI : Ceci nous conduit à vous demander de nous dire quelques mots sur votre laboratoire en général et les étudiants avec lesquels vous travaillez...
JCH : Nous faisons de l'enseignement et de la recherche. D'une façon générale, nous nous intéressons aux applications multimédia courantes comme le jeu vidéo ou le DVD, mais aussi à celles qui pourront intervenir dans le futur. Nous nous efforçons d'avoir une vision, si je puis dire. Nous parlions de téléphone mobile. C'est le cas. J'ai une équipe d'étudiants qui travaillent sur un projet de jeu sur téléphone mobile, dans lequel il y aura de la vie artificielle.

AI : Quel est le profil, en général, de vos étudiants ?
JCH : C'est une formation initiale de "chef de projet multimédia". Nous les prenons au Bac et les conduisons à Bac+4. On les forme en deux années aux aspects techniques et ensuite au management d'équipes. Une bonne partie de leur cursus consiste à réaliser de vrais projets pour de vraies entreprises. Mais ils peuvent également participer à des projets de recherche. Life Drop en est un exemple. Il y a un moteur de simulation complètement ancrée dans la complexité et la vie artificielle, mais l'aspect cosmétique, l'aspect du site a été développé par nos étudiants. Ils ont fait de même pour la version Life Drop disponible sur le site de la Cité des Sciences. Cela leur permet d'approcher des projets plus originaux et prospectifs qu'un site de E-commerce par exemple.

AI : Certains étudiants vont-ils plus loin, font-ils des recherches ?
JCH : Non car ce n'est pas l'objectif de leur formation. Ils peuvent participer à des projets, mais il faut être raisonnable. Le laboratoire accueille des chercheurs, des DEA, des thésards, pendant un certain temps. Ceux-là viennent d'entreprises ou d'universités avec qui nous collaborons. Mais nos étudiants, même s'ils coopèrent avec eux, n'ont pas la formation nécessaire pour faire de la recherche. Ils ont une formation plus opérationnelle, pour gérer des projets en entreprise avec des budgets, une deadline, des objectifs de rentabilité....

En fait, c'est la cohabitation des deux profils qui est intéressante. J'ai actuellement l'exemple d'un thésard, qui travaille sur le sujet très en pointe de l'intelligence et la vie artificielle dans les jeux vidéo. C'est un sujet très concurrentiel. Toutes les sociétés du domaine y travaillent, pour sortir du classicisme des jeux vidéo actuels. Il y a une collaboration naturelle avec la population des "hard core gamer" de l'école.

AI : Avez-vous beaucoup de thésards sur ce modèle ?
JCH : Non, parce que cela prend beaucoup de temps et surtout, vous l'avez certainement compris, parce que nous sommes ici plus une école qu'un centre de recherche. Le labo est finalement l'outil de la formation. En plus, je tiens moi-même à ce que nous conservions une taille réduite. Dans les jours les plus fastes, nous étions ici à peine une dizaine, et je n'ai pas envie que nous soyons plus. Je préfère une petite équipe soudée et qui avance à une équipe pléthorique qui devient difficile à gérer. Je ne veux pas devenir un gestionnaire de labo. La recherche, je la fais en grande partie moi-même. J'aime programmer et créer, et je n'ai pas envie de quitter ce statut.


(1) Lee Smolin est l'auteur de deux livres récents, dont nous aurons l'occasion de vous proposer prochainement une fiche de lecture: "The Life of the Cosmos" et "Three Roads to Quantum Gravity". Dans le premier, intéressant tous les disciplines évolutionnaires, il présente une hypothèse "darwinienne" de l'évolution cosmique, les univers entrant en compétition comme des entités biologiques et produisant, dans certains cas (le nôtre) des émergences de type vital. Dans le second, il explore, à l'attention plus particulière des physiciens, le monde encore conjectural de la gravité quantique et l'évolution cosmologique de l'univers.
Lee Smolin a fait l'objet d'une écoute attentive de la part de la Fondation Edge, dont nous vous avons déjà proposé une visite virtuelle. Voir notamment http://www.edge.org/3rd_culture/smolin/smolin_p1.html et http://www.edge.org/3rd_culture/bios/smolin.html
Sur les scientifiques membres de Edge, dans le cadre du groupe Third Culture, voir  http://www.edge.org/3rd_culture/who3c.html
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A quoi pourra servir la petite créature du Professeur Heudin ?
(Par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin)
© http://www.digimask.com
© http://www.digimask.com© http://www.digimask.com
© http://www.digimask.com
    NB : cette illustration (qui provient d'un de nos articles écrit l'année dernière et consacré aux avatars) n'a rien à voir avec la créature de Jean-Claude Heudin. Elle n'est là que comme image d'illustration       

La scène se passe le 1er août 2002, dans un refuge de la haute vallée de la Tarentaise. Plusieurs personnes (dont l'équipe Automates Intelligents) ayant entrepris une marche en montagne se sont retrouvées là à cause d'un orage. Un casse-croûte est improvisé, chacun bavarde, raconte un peu qui il est. Marie-Odile, militante environnementaliste, s'indigne de la lenteur des travaux de ferroutage. Pourquoi le gouvernement ne fait-il pas de ce programme une priorité à négocier avec nos partenaires européens, plutôt que laisser les discussions politiques s'enliser dans des débats franco-français ? Comme faisant partie du groupe, et sachant que nous avons créé Automates Intelligents, on nous suggère qu'ayant la possibilité de nous exprimer sur Internet, nous publiions un article sur ce sujet. Nous promettons de le faire. Nous rappelons aussi qu'à notre connaissance existent déjà des sites qui discutent de cette question. Encore faut-il que les citoyens le sachent et intègrent ce nouveau moyen d'information dans leurs pratiques politiques.

Sur le même sujet, Jean-Claude, chercheur à Albertville, rappelle qu'une association proteste contre les travaux de mise à quatre voies d'un segment supplémentaire de la route qui mène aux stations. Cela va coûter un prix astronomique, dans le seul but de faciliter quelques jours par an l'accès à la haute vallée. Il vaudrait mieux affecter les crédits correspondant à l'accélération du creusement du tunnel ferroviaire vers l'Italie. On nous demande si, en tant que praticien de l'Internet, nous avons entendu parler de cette association. Certains voudraient la soutenir ou, tout au moins, étudier sur son site les éléments du dossier. Nous ne pouvons qu'avouer notre ignorance, mais promettons qu'aussitôt rentrés à Paris (ce qui n'est pas pour tout de suite), nous ferons des recherches sur le web à l'aide de nos moteurs favoris, puis leur communiquerons les résultats. Sur ce, la conversation passe à autre chose. Dommage...

Imaginons la même scène telle qu'elle pourrait se dérouler dans quelques années, lorsque le téléphone mobile à haut débit (et à bas prix) donnant accès à Internet (UMTS) se sera généralisé en France. Grâce à l'aboutissement des travaux du professeur Heudin, nous pourrons répondre immédiatement aux questions de Marie-Odile et de Jean-Claude. Pour cela, nous aurions appelé Eva, l'assistante intelligente virtuelle sortie récemment sur le marché. Depuis quelques semaines que nous nous en servons, Eva s'est déjà habituée à rechercher sur le web les informations dont nous avons besoin dans notre activité éditoriale. Grâce à ses algorithmes génétiques, elle a progressivement évolué de façon à devenir autrement plus performante que nous dans la gestion des milliers de données qui nous intéressent. De plus, ayant appris grossièrement de quelle façon nous travaillons, elle est déjà devenue très habile à rechercher des sources nouvelles et à les rapprocher de celles qu'elle connaît déjà.

Aussi, à partir du refuge où nous nous trouvions (dépourvu de téléphone et même d'électricité), et depuis notre portable (encore chargé), nous aurions demandé à Eva de nous faire le point sur le ferroutage en France. Quelques minutes après, avec sa voix synthétique si séduisante, elle nous aurait fait un résumé de la question tout en fournissant plusieurs écrans d'adresses ou informations complémentaires. Mais elle n'aurait rien mentionné concernant d'éventuels conflits d'intérêts dans la vallée de la Tarentaise, suite aux projets d'élargissement de la voie rapide. Après lui en avoir fait la remarque, elle aurait pris l'air contrarié, tout en indiquant qu'elle n'avait pu répondre à une question que nous ne lui avions posée. Se remettant alors au travail, elle nous aurait communiqué quelques minutes plus tard - et là avec un visage mutin - l'adresse de l'association recherchée, assortie de quelques commentaires. A la suite de quoi , sans perdre une minute, nos deux randonneurs auraient envoyé différents messages de soutien ou de protestation à partir de leurs propres portables UMTS, à des listes ou sites concernés par les questions que nous avions évoquées.
Ainsi, même loin de tout, nous aurions pu jouer notre rôle de citoyens conscients et organisés. Inutile de dire que, dès le lendemain, nos deux amis auraient voulu se doter, qui d'un Marc, qui d'une Adèle, frères et sœurs d'Eva dans le monde virtuel, pour les aider à gérer leurs propres activités professionnelles, artistiques et militantes sur Internet.


Voir aussi : Présentation du site Life Drop

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