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Diplômé
de l'Ecole normale supérieure de Cachan (Magistère
de Mathématiques et d'Informatique), David Chavalarias
se passionne pour les sciences cognitives et la vie artificielle.
Après son agrégation de mathématiques,
il rejoint le Centre de Recherche en d'Epistémologie
Appliquée (CREA) [laboratoire de l'Ecole Polytechnique/CNRS
] où il obtient le DEA de sciences cognitives*. Il y
termine aujourd'hui sa thèse sous la direction de Paul Bourgines, animateur du
thème "Cognition sociale, Rationalité
adaptative et Complexité" au CREA. Les travaux de David Chavalarias
conduisent à proposer une nouvelle approche dans le cadre mathématique
et multi-agents de la modélisation de la transmission dans les
systèmes sociaux. A ce titre, le jeune scientifique de
27 ans va bientôt soumettre un de ses articles** au journal
Nature.
*Polytechnique
est l'un des établissements cohabilité à
cette formation doctorale du Centre d'Analyse et de Mathématiques
Sociale de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales
** "Metamimetism
and Spatial Games" (format pdf)
Compositeur
et musicien (pianiste, percussionniste) David Chavalarias a par ailleurs
fondé en 1998 l'association "Naima", dont il est
le président. Né autour d'une rencontre entre la danse,
la musique et l'image, ce collectif produit ses propres spectacles.
L'objectif est de participer à l'essor du spectacle vivant
en favorisant un regroupement de personnes, d'idées et de moyens
autour de projets pluridisciplinaires.
Christophe Jacquemin
(AI):David Chavalarias, vous faites actuellement
une thèse sur la modélisation des systèmes
sociaux. Quel a été votre parcours ? David Chavalarias (DC) : S'il est vrai que je suis tout d'abord entrée
à l'Ecole Normale Supérieure (ENS) à Cachan en section
mathématiques, j'ai toujours gardé un oeil sur bien d'autres
disciplines. Après mon agrégation, j'ai poursuivi à l'Ecole
Polytechnique par un DEA... en sciences cognitives. Ce qui m'intéresse
est de mettre l'outil mathématique à la disposition d'autres
sciences, ce qui explique ce parcours. Aujourd'hui, depuis deux ans, et toujours
à Polytechnique, je poursuis ma thèse au Centre de Recherche
en Epistémologie Appliquée (CREA).
AI : Par ailleurs,
vous êtes musicien... DC : Oui, je pratique la musique depuis pas mal d'années
et, là aussi, je m'intéresse à l'échange entre
musique et autres disciplines. Je travaille donc en collaboration avec des
danseurs, avec des gens qui font du théâtre ou de l'image. Et
c'est un thème à peu près récurent dans tout ce
que je fais : essayer de mettre en présence des personnes de secteurs
différents au sein d'un même projet. J'ai créé
ainsi Naima, une compagnie qui monte des spectacles pluridisciplinaires, dont
le noyau dur est un quintet de jazz dont je fais partie.
AI : Mais revenons
aux sciences cognitives. Comment, après une formation pure
en mathématiques en vient-on précisément à
se tourner vers ce secteur ? Vous parlait-on de sciences cognitives
à l'Ecole Normale DC: Non, pas vraiment. Mais je me passionnais déjà pour
foule de domaines bien avant. En prépa, lorsque j'ai commencé
à faire des mathématiques sérieusement, je m'intéressais
aussi à d'autres disciplines comme la physique, la biologie, les sciences
sociales... Alors j'ai vraiment été ravi d'entrer à l'Ecole
Normale parce que la scolarité offre une certaine souplesse et donc
permet de continuer à s'intéresser à d'autres choses.
C'est ainsi que tout au long de ma deuxième année, j'ai organisé
avec deux amis à l'Ecole un séminaire "Sciences sociables"
: autour de conférenciers extérieurs invités, l'idée
était de voir quel rapport pouvaient entretenir entre elles les sciences
dites "dures" ou "molles", ou "humaines" ou
"inhumaines", "exactes" "inexactes". Il faut
savoir qu'on trouve à l'ENS de Cachan différentes disciplines
sur le même site : économie, sciences sociales, mathématiques,
physique, biologie, linguistique, arts plastiques... Je trouvais dommage qu'on
ne puisse pas profiter de cet atout. Et cela a bien marché : des élèves
des différentes sections sont venus suivre ce séminaire, donnant
lieu à des échanges intéressants. En tous cas, par ce
biais, j'ai pu pour ma part mieux aborder les sciences cognitives et faire
des rencontres. C'est un sujet vraiment passionnant qui nécessite certainement
plus que tout autre une approche pluridisciplinaire pour mieux comprendre
l'homme, ses mécanismes de raisonnement et son fonctionnement. Et ici,
les mathématiques ont bien sûr tout leur rôle à
jouer à travers la modélisation que les scientifiques cherchent
à obtenir de certains phénomènes.
AI : Pouvez-vous citer des
exemples... DC: Il y a deux aspects qui sont la cognition individuelle et
la cognition sociale. La cognition individuelle s'intéresse à
la compréhension des mécanismes biologiques qui mènent
au raisonnement; ou alors à celle des mécanismes symboliques
qui font que l'homme est si spécifique au niveau cognitif. Là,
il y a une grosse part de modélisation, ne serait-ce qu'en biologie,
sur les problèmes de réseaux de neurones, ou alors dans les
processus logiques pour construire - en intelligence artificielle - des systèmes
experts... Et puis, il y a la cognition sociale, celle sur
laquelle je concentre mes recherches. L'idée est ici de comprendre
les dynamiques des phénomènes sociaux, c'est-à-dire comment
on peut avoir des structures émergentes à partir d'interactions
entre individus qui ont des caractéristiques propres. Là aussi,
la modélisation joue un grand rôle : bien qu'on s'abstrait de
certains détails ayant trait aux entités étudiées
- en l'occurrence des sociétés humaines ou des sociétés
artificielles (par exemple des sociétés d'agents sur le web),
elle permet de comprendre comment peuvent apparaître des phénomènes
d'auto-organisation. Ceci revient à comprendre les structures émergentes
qui sont indépendantes de ces détails-là. Ce sont des
classes de phénomènes que l'on recherche et, dans ce cadre,
la modélisation mathématique et informatique est vraiment essentielle.
AI : Revenons à votre
formation : vous décidez alors de suivre le DEA de sciences
cognitives... DC: Oui. Ce DEA, qui regroupe l'Ecole Polytechnique, l'Ecole
Normale, l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et l'université
Paris VI, comprend un stage en laboratoire durant 6 mois. C'est une partie
très importante ce qui veut dire que dès l'inscription, il faut
avoir son tuteur pour le mémoire. Ceci suppose donc d'avoir au préalable
discuté avec un certain nombre de professeurs des différents
laboratoires et voir ce qu'on pourrait éventuellement faire avec eux.
Dans mon cas, j'ai notamment rencontré Paul Bourgine au Centre de Recherche
en Epistémologie Appliquée (CREA), qui est maintenant mon directeur
de thèse. Ce laboratoire a pour vocation de travailler sur les sciences
cognitives - cognition individuelle, cognition sociale, que j'ai évoquées
tout à l'heure - et sur l'épistémologie de cette science,
donc des différentes disciplines concernées.
Avec Paul Bourgine, nous n'avons pas décidé d'un sujet tout
de suite mais sommes tombés d'accord sur des intérêts
communs. Le sujet s'est ensuite décidé petit à petit
pendant ma scolarité. Mon profil de mathématicien s'intéressant
aux relations avec les autres sciences comme l'économie, la biologie
ou les sciences sociales l'a beaucoup intéressé. Nous avons
donc décidé de travailler sur les problèmes de modélisation
de systèmes. Au début, on ne savait pas si j'allais plus orienter
mon travail sur le côté biologique (compréhension du cortex
visuel ou de la mémoire, par exemple) ou sur la cognition sociale avec
la modélisation des systèmes sociaux. Les deux sujets m'intéressaient
beaucoup. Si je me suis plus concentré sur les modélisations
en cognition sociale au cours du DEA, j'ai en tous cas toujours essayé
de suivre les développements des travaux concernant la cognition individuelle
pour essayer de les mettre en oeuvre dans des modèles plus généraux.
AI : Cela ne paraissait
donc pas étonnant qu'un mathématicien veuille faire
son stage au CREA DC: Non, au contraire parce que ce laboratoire regroupe des
chercheurs de différentes disciplines, chercheurs issus souvent de
plusieurs formations. On y trouve des gens qui font de l'économie,
des sciences sociales, des mathématiques, de la biologie, de l'anthropologie.
La force du CREA réside dans cet échange permanent entre disciplines.
Des séminaires internes sont organisés où chacun présente
aux autres ses travaux, ce qui permet ensuite d'obtenir des approches sous
différents points de vue. Il existe aussi des groupes transdisciplinaires
de travail interne. Pour ma part, je fais maintenant partie du groupe "Formation
de réseaux et interactions", groupe qui comprend des économistes,
des mathématiciens, des informaticiens... On y travaille sur la modélisation
des réseaux sociaux et de leur dynamique.
AI : Parlez-nous de la modélisation
des systèmes sociaux... DC: Lorsqu'on travaille sur la modélisation des systèmes
sociaux, on ne peut se permettre de rentrer trop dans les détails,
au niveau individuel, parce qu'il devient alors impossible
d'étudier de grands systèmes en interaction. Par contre,
pour la cognition individuelle, c'est le fait d'avoir des détails très
fins qui nous intéresse. Donc toute la difficulté est de travailler
suivant l'un des deux axes mais en essayant de se rapprocher le plus possible
de l'autre, pour avoir les propriétés les plus intéressantes.
AI : Finalement, quel
a été le sujet de votre mémoire de DEA ? DC: Le titre final était "La thèse de Popper
est-elle réfutable ?" J'ai travaillé sur un modèle
que j'ai construit à partir justement de la théorie de Popper
sur la découverte scientifique et l'évolution des sciences.
AI : Thèse dans laquelle
Popper énonce que l'essor de la science se construit par
propositions puis élimination des mauvaises théories... DC: Oui. Mon idée était de voir comment s'autorégule
la production scientifique au niveau d'une communauté scientifique,
considérant un ensemble de personnes appliquant dans leur recherche
les processus énoncés par Popper. Dans ce cadre, il faut savoir
que le scientifique doit toujours faire face au compromis entre affiner sa
théorie (et donc passer beaucoup de temps pour la contrôler)
et publier rapidement ses travaux. Il y a donc un compromis entre la fiabilité
de la théorie que l'on souhaite proposer, le temps qu'on y passe et
le nombre de choses que l'on aimerait publier. D'un côté cela
ne sert à rien de passer toute sa vie sur une théorie si c'est
simplement pour affiner de tous petits détails. De l'autre côté,
si on n'affine pas, on risque de publier n'importe quoi. Donc l'idée
était d'essayer de formaliser la manière dont un chercheur gère
ce compromis par rapport à l'anticipation d'actions
collectives et à la dynamique globale de la communauté,
c'est-à-dire de l'ensemble des théories qui sont publiées.
Rajoutons aussi que, dans ce cadre, les chercheurs ont deux activités
: publier des nouveautés ainsi que vérifier des théories
déjà proposées et éventuellement les réfuter.
Ceci s'insère dans la théorie des jeux où on considère que lorsqu'on fait de la recherche,
on aime bien publier et on n'aime pas se faire réfuter. On essaie alors
de trouver un compromis entre ces deux équilibres, en sachant qu'on
aimerait quand même publier un certain nombre d'articles. Ceci dépend
aussi de l'état de la science à un niveau donné : si
on est très conscient d'une certaine théorie, on voudra moins
la vérifier; il y a une acceptation générale, on avance
sur des bases sûres. Et puis, si l'expérience montre que des
scientifiques viennent réfuter certaines bases de cette théorie,
les bases commenceront donc à être moins sûres et il y
aura alors tout un processus de vérification qui commencera à
se mettre en marche, un peu comme lorsque de nouveaux paradigmes émergent.
On trouve donc d'abord des données qui ne correspondent pas aux prédictions
des théories actuelles. On essaie ensuite de comprendre pourquoi. Parfois
aussi, c'est une théorie novatrice qui est proposée : la communauté
essaie alors de voir si elle prédit mieux ce qu'on avait déjà
observé.
AI : Et comment formalise
t'on cela dans un modèle ? DC: On a recours à une modélisation multiagents.
On considère qu'il y a un monde à découvrir, monde qui
préexiste, comprenant un ensemble de théories à découvrir.
Chaque théorie a une certaine qualité, prédisant un ensemble
plus ou moins large de phénomènes avec une précision
plus ou moins grande. L'ensemble de théories à découvrir,
c'est-à-dire le monde considéré, est simplement donné
en fonction du niveau technologique d'une société. C'est comme
cela que l'on pourrait justifier qu'il y a un ensemble préétabli
défini, et que les précisions de mesure étant finies,
cela donne un ordre du corpus de théories possibles. On peut donc considérer
un monde fini, avec de plus ou moins bonnes théories le composant.
On place donc une population d'agents devant ce monde-là et chacun
pioche des théories et puis travaille sur celles-ci en essayant de
découvrir leur fiabilité. Pour faire simple, au niveau de la
modélisation, on dit qu'une théorie a une certaine probabilité
entre 0 et 1 d'être en accord avec l'observation sur un test (et donc
1 moins cette probabilité d'être en désaccord). En gros,
l'agent tire des variables binomiales pour voir quelle est la proportion des
1, par exemple. Il se construit alors une idée de la fiabilité
de la théorie. Ensuite, il peut risquer de la proposer, ou non, suivant
l'idée qu'il se fait de la probabilité qu'il aura de se faire
réfuter. Ceci dépend de savoir si la communauté est très
critique, ou pas En fait, il s'agit plus là d'un processus de diffusion
de connaissances. Par exemple, dans le milieu scientifique, les publications
sont vérifiées assez précisément. Maintenant,
il peut y avoir des milieux moins rigoureux. Le choix de publier ou pas dépend
entre autres de la manière dont on s'imagine que la société
va accueillir cette publication et la vérifier, ou au contraire va
s'appuyer dessus pour construire d'autres choses. Dans le cadre de la théorie
des jeux, on regarde comment va évoluer ce corpus, avec des théories
qui vont être affichées comme bonnes, certaines vont être
réfutées donc affichées comme mauvaises, l'ensemble des
théories à découvrir va diminuer jusqu'à ce qu'on
ait trouvé les bonnes théories, en adéquation avec notre
niveau technologique. Il s'agit donc d'étudier cette dynamique. En
gros, on voit qu'il y a un compromis à faire entre la vitesse de découverte
d'un domaine (le temps que l'on a mis à trouver toutes les bonnes théories
et à jeter toutes les mauvaises) et puis la fiabilité de l'ensemble
des théories affichées comme bonnes au cours du temps. C'est-à-dire
que si l'on est trop consciencieux, la communauté attachera une grande
importance à la vérification, et donc il y aura peu de publications.
Les mauvaises théories restant dans l'ensemble des choses à
découvrir, car non publiées, seront étudiées plusieurs
fois par divers agents, d'où une perte de temps pour la communauté.
Le temps pour découvrir l'ensemble des bonnes théories sera
long, mais la fiabilité des théories reconnues sera grande.
Par contre, si on est moins rigoureux, on va aussi publier un peu n'importe
quoi sans précaution puis la communauté rentrera dans une phase
de vérification. Cela est plus rapide en ce qui concerne le temps de
découverte de l'ensemble des bonnes théories, mais durant cette
recherche collective, le corpus des théories reconnues sera de piètre
qualité.
AI : Mais n'est-ce
pas là un simple jeu d'esprit ? Est-ce que votre modélisation
a permis de vérifier tout cela sur une certaine branche scientifique
? DC: Non pas encore, car j'ai encore des choses à affiner
dans mon modèle. J'ai besoin pour cela d'avoir une modélisation
plus fine et plus cohérente de l'anticipation des agents, et comment
ces derniers adaptent leur comportement en fonction de ce qui se passe autour.
Ceci m'a un peu bloqué dans ma recherche et puis, finalement, 6 mois
de stage en DEA, c'est court. Mais je souhaite bien sûr un jour continuer
ces travaux. Ma thèse s'intéresse à un autre domaine
mais, finalement, avec les recherches que je suis en train de mener, j'ai
mis en place d'autres formalismes qui pourraient sans doute permettre de mieux
continuer ce précédent travail.
AI : Alors dites-nous :
à votre avis la thèse de Popper est-elle réfutable
? DC: (Rires). J'ai choisi ce titre pour mon mémoire parce
que cela m'amusait. Parce que l'idée était de construire un
modèle et de dire : si la thèse de Popper est vraie, alors ce
modèle-là, s'il est bien ficelé, devrait montrer des
phénomène analogues
à ceux que l'on observe.
Cette thèse serait donc réfutable si on pouvait construire un
modèle montrant qu'elle ne correspond pas à la réalité.
Mais le problème est alors qu'on pourra toujours vous rétorquer
que c'est votre modèle qui est mal foutu. En tous cas, il s'agissait
plus là pour moi de voir si cette thèse de Popper pouvait être
corroborée, c'est-à-dire de construire un modèle qui
montre des structures émergentes conformes avec ce qui est observé.
A ce moment-là si ce modèle est tiré d'une conception
à la Popper de l'évolution des sciences, on pourra dire que
la thèse de Popper est valable. J'aimerais pouvoir vous donner la réponse
mais il y a encore un énorme travail à faire, travail que je
continue lorsque ma thèse m'en laisse le temps.
AI : Ce travail de DEA a
donc débouché sur l'idée de faire une thèse,
toujours au CREA... DC: Ce que j'ai découvert dans ce DEA m'a beaucoup plu,
DEA dans lequel j'ai essayé de comprendre comment les mathématiques
en tant qu'outils peuvent aider à développer certaines branches
d'autres sciences. C'est ce qui m'a poussé à continuer de travailler
autour de la modélisation informatique et de m'orienter vers les problèmes
de cognition sociale, donc la compréhension de grands systèmes
sociaux.
AI : Quelles en sont les
applications ? DC: En économie, tout d'abord. Cela commence aussi à
beaucoup se développer en sociologie. Mon travail consiste à
essayer de trouver des formalismes plus appropriés que ceux existant
actuellement.
AI : Par exemple ? DC: Les travaux de micro-économie qui étudient
des comportements d'agents passent par une modélisation de l'agent
et de ses interactions avec les autres agents économiques. Il y a eu
pendant quelques années la conception de l'agent rationnel égoïste,
c'est-à-dire un agent optimisateur, qui prend ses décisions
en optimisant sur les préférences. Inséré dans
un modèle, ceci donne une certaine dynamique.
Ce qui m'intéresse c'est la définition de ces concepts de préférence,
de l'optimisation : qu'est-ce que cela veut dire d'être rationnel égoïste
? Est-ce que cela correspond vraiment à ce que
l'on peut observer ? Il y a pas mal de débats là-dessus. En tous cas, autour
de cela se distingue aujourd'hui un problème très en vogue qui est celui de
l'hétérogénéité des préférences dans la modélisation des populations d'agents.
Dire que l'agent est rationnel égoïste, cela veut dire simplement que ses
actions sont conformes à ses préférences. Mais en fait, cela reporte le problème
à savoir quelles sont les préférences des agents que l'on met dans le système.
Pendant très longtemps, les préférences dans la population d'agents étaient
complètement homogènes et le comportement des agents changeait en fait en
fonction des différentes interactions qu'ils avaient, et de leur histoire.
Bien sûr, les préférences correspondaient exactement à
ce qu'ils obtenaient matériellement de leurs interactions. Là
où le terme égoïste est mal choisi, c'est que l'on peut
très bien considérer des agents dont les préférences
sont d'agir de manière altruiste. Dans ce cas précis, l'agent
rationnel dans le sens où il anticipe les conséquences de ses
actions de manière à choisir celle qui s'accorde le mieux avec
ses préférences, choisira de manière égoïste
(i.e. en ne considérant que ses propres préférences)
d'être altruiste! On voit bien là
que cadre standard de l'agent rationnel égoïste n'a pas de sens
s'il y n'y a pas de moyen de donner des préférences hétérogènes
aux agents de manière acceptable. Ceci
est un problème central, non seulement en économie, mais de façon plus générale
pour une meilleure compréhension des systèmes sociaux,
du fait de formalismes communs. Parce que si on permet aux préférences
d'évoluer sous l'influence des interactions que l'on a avec les autres, on
obtient d'autres types de dynamiques qui nous permettrons peut-être de formaliser
des phénomènes d'un type nouveau. On pourra ensuite les comparer avec ce qu'on
connaît. Ils permettront peut-être aussi de donner des exemples de dynamiques
contre intuitives conduisant à mieux comprendre des phénomènes observés dans
la vie courante.
Autour de ce problème, je me suis intéressé
aux dynamiques mimétiques, au problème de l'influence que peut
avoir, justement sur les préférences d'une personne, ses interactions
avec son entourage, par les gens qu'il fréquente. Ceci a été
très étudié ces dernières années, en ce
qui concerne le problème de la diffusion technologique, par exemple
pour savoir comment les gens adoptent une norme téléphonique
ou un système d'exploitation sur un ordinateur... Ceci a été
aussi étudié en matière d'économie avec des travaux
sur le mimétisme sur les marchés financiers. En sociologie aussi,
sur la diffusion de traits culturels.
Là encore, dans les phénomènes de mimétisme, il
y a toujours le problème de définir l'imitation, en quoi va-t-elle
consister ? Comment va t'on mettre pratiquement dans le modèle la notion
"un agent imite un autre". Et là, c'est pareil : on voit
bien qu'il existe différentes manières d'imiter. On peut imiter
quelqu'un parce qu'on le fréquente souvent ou alors parce qu'il réussit
particulièrement bien sur une certaine échelle de valeurs, par
exemple parce qu'il est très riche ou a beaucoup de prestige... et
on veut être comme lui ; on peut aussi imiter la majorité...
Il y a donc différentes manières d'être influencé
par son entourage...
AI : Si je vous suis bien,
vous êtes en train de nous dire que dans une dynamique d'évolution
multiagents, on ne s'était jamais vraiment penché
dans les modèles sur la question de définir précisément
l'imitation, ce qui fait que quelqu'un imite l'autre. C'est là
toute l'originalité de votre travail... DC: Avant de vous répondre, il faut replacer la perspective
d'étude de systèmes économiques et sociaux dans leur
contexte historique. Il y a eu des approches qui ont très bien marché
en biologie : ce sont les approches évolutionnistes. Comme cela, on
a expliqué l'évolution des espèces par mutation, variation,
sélection. Ensuite, les chercheurs ont commencé à étudier
des phénomènes analogues, mais pour ce qui concerne l'évolution
économique ou culturelle. Ceci a donné lieu à l'économie
évolutionniste, thème apparu récemment et aujourd'hui
en plein développement. Même chose pour les phénomènes
d'évolution culturelle : il y a eu pas mal de modèles inspirés
du formalisme biologique qui ont été introduits dans des phénomènes
culturels. Cela se passait par variation, sélection sur des entités
physiques. Parallèlement à cela, et toujours pour les systèmes
sociaux, il y a eu des études sur des phénomènes, cette
fois-ci mimétiques où là, il n'y a pas de sélection
par génome. Les choses se propagent alors par diffusion à travers
des mécanismes d'imitation. Il y a donc eu deux formalismes différents
pour expliquer l'évolution culturelle.
AI : Ceci n'est pas vraiment
nouveau... DC: Oui, ce n'est pas nouveau. Mais si le mimétisme a
déjà été évoqué à partir
des années 30, ce n'est apparu au niveau des formalismes qu'à
partir des années 80, grâce par exemple à des chercheurs
comme André Orléans.
Il y a aussi des scientifiques qui essaient d'expliquer des évolutions
culturelles - si on peut parler de culture - chez les animaux, qui cherchent
à savoir comment se transmettent telles ou telles pratiques. Mais la
question qui émerge lorsqu'on veut modéliser des phénomènes
sociaux humains est la suivante : pourquoi les structures des systèmes
sociaux humains sont tellement plus complexes et plus diversifiées
que celles observées dans le règne animal. C'est un des problèmes
que l'on doit se poser lorsqu'on fait ici de la modélisation : il faut
rechercher des propriétés des agents qui vont être spécifiques
aux êtres humains.
Donc, pour résumer, on dispose aujourd'hui de modèles
évolutionnistes et de modèle mimétiques. La
tendance est maintenant de croiser les deux et, de plus en plus,
de trouver des mécanismes qui seraient propres aux humains
ou alors mis en place de manière bien plus performante par
les humains. Par exemple, on dénombre un très
grand nombre de travaux - auxquels je me suis intéressés-
qui concernent le problème de l'émergence de la coopération,
basés autour du dilemme du prisonnier (voir
encadré), répété avec plusieurs
joueurs.
AI : Vous vous attachez
donc à développer un formalisme croisé (modèle
biologique, modèle mimétique) qui pourrait être
intéressant... DC: Oui. Et dans ce cadre, j'essaie de répondre à
la question : "Qu'est-ce que cela veut dire qu'un trait culturel, ou
une pratique en économie, se répand dans la population. Et pourquoi
se répand-elle. Quels sont les mécanismes ?" Cela peut
être par des phénomènes mimétiques mais, à
ce moment-là, quels sont-ils ? Cela peut-être aussi par des modèles
de variation/sélection, mais alors sélection sur quels critères
? En biologie, il y a ce qu'on appelle la fitness, qui est définie
comme le taux de vie moins le taux de mort, ceci nous permettant d'étudier
de manière théorique les populations en disant, par définition,
qu'une population se reproduit proportionnellement à sa fitness.
Maintenant, lorsque l'on parle de phénomènes économiques
ou culturels, les choses sont beaucoup moins claires. Mes dernières
recherches consistaient donc à trouver quelles sont les caractéristiques
qui sont propres aux humains dans les phénomènes mimétiques,
ceci de manière à essayer de trouver un moyen de rendre endogène,
c'est-à-dire interne au système, les différents principes
mimétiques qui seront mis sur les agents. Ceci revient à faire
en sorte que ce ne soit pas le modélisateur qui décide que tous
les agents sont rationnels égoïstes, ou que chacun essaie de faire
comme tout le monde, ou que chacun essaie d'imiter celui qui réussit
le mieux, mais que ce soit le système qui se
structure pour faire émerger de telles règles. Ce choix dépend
bien sûr des capacités cognitives que l'on donne aux agents : pour imiter
celui qui a la plus grande force physique, il faut que l'agent puisse reconnaître
ce qui fait la force chez un autre.
AI : Et comment faites-vous
pour que ce ne soit pas le modélisateur qui décide
au départ des propriétés qu'auront les agents
? DC: L'idée que je creuse actuellement est que ce qui
différencie les processus d'imitation chez l'animal et chez l'homme
réside dans le fait que l'homme peut, d'une certaine manière,
contrôler ses processus d'imitation : il est influencé par les
autres mais il peut aussi manipuler les règles par lesquelles il va
être influencé. Dit d'une autre façon, cela veut dire
que les humains ont conscience d'être des organismes qui apprennent,
ils ont conscience des règles et ils peuvent agir sur ces règles.
Nous avons donc la capacité que n'ont pas les autres animaux (à
part peut-être certains grands singes) de passer à un méta
niveau, c'est-à-dire avoir un certain niveau cognitif, avoir un point
de vue sur ce niveau cognitif et réfléchir à la façon
de manipuler les objets de ce niveau. Par exemple, concernant l'imitation,
on a des règles et on peut les formaliser. Et
connaissant ces règles-là, on peut agir dessus et éventuellement les changer.
Les êtres humains sont les seuls à pouvoir faire cela. Les grands singes semblent
aussi dans une certaine mesure pouvoir passer au méta niveau, mais sont très
limités dans cette capacité et ne sont pas capables d'empiler
plusieurs méta-niveaux.
Partant de cette idée assez simple, j'essaie de voir comment
introduire ce phénomène dans un cadre multiagents. Dans
ce modèle, non seulement un agent a une règle de mimétisme
qui lui permet de changer son comportement en fonction du comportement des
autres, mais comme il sait qu'il a une règle de mimétisme, il
peut aussi changer cette règle-là en fonction des règles
qu'il peut observer, ou inférer, chez les autres agents qu'il fréquente.
Et de ce fait, il y a à la fois une dynamique comportementale et une
dynamique au niveau des règles utilisées. Il y a donc une dynamique
sur la dynamique. Et cela conduit à des systèmes avec des propriétés
qui semblent assez étonnantes. Ils montrent à la fois une structuration
des populations artificielles que l'on considère, une structuration
hétérogène comme on peut l'observer dans les systèmes
sociaux (ceci revenant à dire que les gens sont différents -
il peut bien sûr y avoir des groupes, avec des similitudes mais, dans
l'ensemble, c'est très hétérogène), mais aussi
une structuration qui ne se fait pas n'importe comment. Au niveau des dynamiques
de la population, dans l'espace des paramètres que l'on se donne pour
le modèle initial, il n'y en a qu'un très petit nombre qui émergent.
Il y a donc une structuration de l'ensemble des sociétés artificielles
possibles, que l'on peut observer.
Mon travail actuel consiste donc à continuer mes recherches
à partir de cette idée : comment rendre les règles de
mimétisme endogènes par ce mécanisme d'autoréférence
au niveau individuel, et voir si cela ne peut conduire à des formalisations
plus élégantes dans la modélisation des systèmes
sociaux.
AI : Avez-vous testé
votre modèle. En avez-vous tiré des lois ? DC: Pour l'instant, il s'agit vraiment d'une recherche qui débute,
nouvelle et originale. J'ai commencé des travaux informatiques de simulation
pour voir comment se comportait ce genre de systèmes. Maintenant, je
les étudie d'un point de vue analytique. Pour ce qui est du comportement
de ce genre de systèmes, lorsque je discute avec d'autres chercheurs
que cette idée intéresse beaucoup, on en arrive toujours à
: "il faudrait essayer ce formalisme-là sur tel modèle".
C'est comme une espèce de plug-in : une idée qui permet de rendre
endogène les mécanismes et processus d'imitation. Il faut savoir
qu'il y a eu pléthore de modèles sur tel ou tel système
social ou économique, modèles utilisant des mécanismes
d'imitations. Mon idée est de voir ce qui change dans ces modèles
lorsqu'on rajoute cette espèce de plug-in, de voir si cela réussi
mieux. En fait, si ces modèles essaient déjà de faire
un lien avec l'expérience. En rajoutant ce plug-in, ce lien sera plus
ou moins réussi. Si cela réussi mieux, cela veut dire que le
fait d'avoir une espèce de conscience des règles d'apprentissage
et de pouvoir les modifier au niveau individuel participe au fait que les
sociétés humaines sont si différentes des sociétés
animales que l'on peut observer. Donc cela peut éventuellement améliorer
les modèles actuellement disponibles où, à mon avis,
le défaut réside dans le fait que les propriétés
des agents sont données au départ par le modélisateur.
AI : Vous avez donc testé
votre modèle en le comparant à d'anciens modèles... DC: Oui, mon premier travail a été de reprendre
un modèle très simple qui avait été proposé
par Nowak et May en 1992 sur le problème du prisonnier spatial et de
l'émergence de la coopération, et de rajouter cette couche qui
permet aux agents de choisir leur règles d'imitation. En comparant
les résultats, on observe une meilleure structuration des phénomènes
étudiés et, surtout, on voit que les dynamiques sont beaucoup
plus stables. Pas en termes de stabilité locale, mais en termes de
stabilité au niveau de la dynamique elle-même. C'est-à-dire
qu'il y a un faible nombre de dynamiques qui apparaissent, qui peuvent caractériser
des systèmes sociaux qui se mettent en place.
Je viens d'ailleurs de proposer un article sur le sujet au journal Nature.
AI : Comment voyez-vous
la suite de vos travaux ? DC: Précisons que le modèle de Nowak et May est
un modèle relativement simple et déjà ancien. Je considère
maintenant des modèles plus récents, bien plus compliqués.
De la même manière, j'y rajoute cette dimension d'auto-référence
et de méta-mimétique, et je regarde ce que cela change dans
les résultats précédemment obtenus.
Maintenant, je suis également en train de travailler sur d'autres choses,
qui incluent aussi des problèmes de sélection naturelle. Là,
mon idée repose sur un constat : si l'on regarde l'évolution
génétique de l'homme sur les derniers milliers d'années,
il n'y a eu pratiquement aucune évolution au niveau génétique
; en revanche, en ce qui concerne le niveau culturel ou technologique, et
si l'on se réfère au siècle dernier, cela n'a plus rien
à voir avec ce qu'on voit aujourd'hui. Cela veut dire que l'évolution
des sociétés humaines se place maintenant à un autre
niveau : nous n'évoluons plus principalement de manière génétique,
mais par des voies culturelles, technologiques et économiques. Alors,
quelle est l'essence de cette dynamique ? Désormais, il s'agit donc
à mon avis de phénomènes de transmission culturelle,
par l'imitation au sens large, imitation au sens large voulant dire que l'on
choisit, dans l'ensemble des gens qu'on fréquente, un sous-ensemble
de gens desquels on va essayer d'apprendre certaines choses.
AI : Cette accélération
des acquis sociologiques ne proviendrait-elle pas tout simplement
du fait que cela va maintenant bien plus vite d'aller d'un côté
de la planète à l'autre, d'une explosion récente
aussi des réseaux d'informations et de communication... DC: Oui, bien sûr. Mais remontons simplement à
deux siècles d'ici, où l'on n'avait pas tout cela, pas d'électricité...
: l'évolution culturelle entre il y a 6000 ans et il y a deux siècles
s'est faite beaucoup plus rapidement que n'a évolué notre génome,
qui n'a d'ailleurs plus évolué. Donc mon idée est que
la structuration spécifique des sociétés humaines n'est
pas particulièrement due à des phénomènes génétiques.
Ces derniers ont pu l'amorcer en nous donnant des capacités cognitives
particulières, mais la structuration s'est faite ensuite par d'autres
processus. Et à mon avis, un de ces processus, très important,
est celui de transmission sociale par des processus
d'imitation. Et celui-ci va beaucoup plus vite car on n'a pas besoin
d'attendre de mourir pour pouvoir faire une variation et puis éventuellement
la sélectionner... nous la faisons nous même par influence par
rapport aux autres et en changeant nos propres règles.
AI : Que pensez-vous de
la mémétique, dont nous parlons souvent sur notre
site. Comme il y aurait le gène, il y aurait le mème
- "entité réplicative d'idées", sorte
d'agent répliquant soumis aux règles de l'évolution
darwinienne, qui profiteraient de nos cerveaux pour se transmettre...
Après sélection ne se transmettraient de cerveaux
à cerveaux que les idées les plus "fortes"... DC : Oui, je connais la mémétique. Mais il s'agit
des idées les plus fortes par rapport à quoi ?
AI : Idées les plus
"fortes", au sens Darwinien... DC : Oui, mais alors idées les plus fortes par rapport
à un certain écosystème. Si on regarde l'évolution
des espèces, la fitness d'une espèce dépend des autres
espèces et de l'environnement dans lequel elle se trouve. Traverse-t-elle
par exemple une période glaciaire, une période chaude, vit-elle
dans les montagnes, etc. Donc si on veut faire l'analogie et garder la terminologie
de méméticiens, une idée n'est pas forte en soi. Sa "force"
va dépendre des autres idées qui sont en présence, et
de leurs écosystèmes, au sens substrat, et donc des réceptacles.
Comment sont ces réceptacles ? A mon avis, on ne peut pas étudier
la mémétique sans savoir quelles sont les propriétés
de ces réceptacles. Si on veut en savoir plus sur la propagation d'entités
comme les mèmes, il faut aussi savoir ce qui fait qu'ils vont être
plus ou moins acceptés. Alors on peut voir cela comme des méta-mèmes
: cela peut être aussi justement une des propriétés cognitives
de l'être humain qui est la manipulation de ses propres règles
d'apprentissage et d'imitation. A ce moment-là, les travaux sur lesquels
je me penche peuvent justement permettre de voir quels types d'écosystèmes
peuvent rencontrer les idées.
AI : Les scientifiques français
sont-ils novateurs dans les domaines que vous étudiez ? Quelle
est ici l'excellence de la France par rapport aux autres pays ? DC : Disons que dans notre domaine, la France commence à
se réveiller... Les leaders sont les américains mais nous commençons
à avoir aussi de très bons chercheurs et de très bons
laboratoires autour des sciences cognitives, autour aussi de la modélisation
multiagents. Mais il faut savoir que le fait d'avoir chez-nous des licences,
maîtrises et DEA de sciences cognitives est très récent.
Et puis, les approches pluridisciplinaires viennent maintenant en force grâce
par exemple au CNRS qui met en place des sections pluridisciplinaires. Là
aussi c'est très récent. Citons par exemple de nouveaux départements,
comme le STIC (1), qui sont multicritères.
Donc avant, c'était très très dur de faire une carrière
comme celle que j'aimerais faire parce qu'il fallait vraiment d'abord s'inscrire
dans sa discipline et de profiter de l'indulgence des autres pour faire des
choses un peu à côté. Maintenant on
peut espérer que la pluridisciplinarité sera recherchée.
Il est vrai aussi que j'ai eu de la chance, de fait par mon cursus : à
partir du moment où on a fait l'école normale supérieure,
on bénéficie d'un certain crédit par rapport aux professeurs
des DEA que l'on pourrait aller voir, et qui disent plutôt oui à
certains sujets de recherche. Peut-être est-ce peu plus dur pour un
étudiant ayant suivi une filière purement "faculté"
et qui veut faire des recherches un peu en dehors des chemins battus.
AI : Avez-vous des contacts
au niveau européen ? DC : Oui. L'Europe se réveille. La complexité
est affichée dans le 6ème PCRDt. Un réseau d'excellence
est en train de se mettre en place.
(1)
Le STIC (département Sciences et Technologies de l'Information et de
la Communication ) a été créé en octobre 2000.
A ce sujet, lire notre éditorial : Le
nouveau département STIC du CNRS, ainsi que notre interview
de son directeur, Francis
Jutand