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13 novembre 2002
propos
recueillis par Jean-Paul Baquiast
et Christophe Jacquemin
Quand la Chine
s'ouvre
Propos recueillis auprès de différentes
personnes ayant la double nationalité chinoise et française
(notamment Philippe Wang, fondateur et directeur de China Hub ltd)
Les
relations commerciales entre la Chine et les pays de l'Union
Européenne se multiplient, avec échanges respectifs de missions
et de créations d'entreprises.
La France, qui dispose d'une active communauté chinoise autochtone,
joue un rôle important dans cette ouverture. Les technologies
de l'information et de la communication sont un des domaines
privilégiés de ces échanges, à la fois comme thèmes de coopération
et comme instruments de travail coopératif à distance.
Il
faut voir un tel phénomène comme essentiel pour l'équilibre
du monde de demain. Nul n'ignore que la Chine, avec son milliard
200 millions d'habitants, sera pour l'Europe un partenaire
incontournable. L'Europe est actuellement confrontée à la
seule super-puissance américaine et doit souvent accepter
bon gré mal gré ses choix géopolitiques et économiques, notamment
en ce qui concerne ce que l'on appelle l'ordre du monde néo-libéral.
Des résistances se font jour relativement à certains de ces
choix, soit encore timidement au plan diplomatique, soit chez
les représentants de la société civile, qui se réunissent
régulièrement dans des sommets dont le dernier en date à Florence
début novembre 2002 a montré l'impact populaire.
La
question qui se pose, aussi bien pour les chancelleries européennes
que pour les militants de l'anti-mondialisation libérale,
est de savoir en quels termes se situeront les relations avec
la Chine. La Chine va-t-elle "coller" au modèle de la super-puissance
américaine et de l'american way of life ou va-t-elle emprunter
une voie propre, qui pourrait éventuellement la rapprocher
des choix européens?
Pour donner des pistes, nous avons proposé à quelques personnes
(notamment Philippe Wang) ayant la double nationalité chinoise
et française un petit jeu de questions-réponses. En voici
ci-dessous un résumé sommaire.
Philippe Wang est le fondateur et
directeur de China Hub ltd. Basé à Honkong avec
une représentation à Paris, le China Hub ltd
a pour vocation d'assister les éditeurs de logiciels
et de progiciels dans leur stratégie de développement
en Chine. Organisé en 3 pôles - Banque-finance,
Application Mobile et Conseils- il s'appuie sur une équipe
pluridisciplinaire et multi-culturelles pour mener à
bien des missions d'études, de représentation
ou encore de déploiement de progiciels complexes sur
site.
Philippe Wang anime aussi un module
de "marketing appliqué au multimédia" pour les
3ème année de l'Institut International du Multimédia
au Pôle Universitaire Léonard de Vinci.
L'ouverture actuelle de
la Chine met en contact les populations chinoises avec les produits
et les habitudes économiques et sociologiques de l'Occident,
caractérisés notamment par des modes de consommation-gaspillage
strictement impossibles à généraliser au monde
entier dans les prochaines années. Comment réagira
la Chine à ces perspectives ?
Il y aura nécessairement des contaminations sur le plan
individuel. Nous le constatons déjà à travers
le décalage de niveau de vie entre les Chinois des villes
en plein essor comme Shanghai et celui des provinces rurales.
Nous pensons cependant que les pouvoirs publics comme les populations dans
leur masse se détourneront des aspects les plus gaspilleurs du
modèle occidental, dont on perçoit bien l'irréalisme
appliqué à l'Asie en général. Il y aura une voie
à trouver entre l'american way of life et l'enlisement dans
la misère des pays les plus pauvres du monde. Ainsi les Chinois ne
peuvent espérer disposer d'une ou deux voitures par personne
Mais ils auront un jour l'accès à l'eau, à l'air pur
et à des formes d'énergies les moins polluantes possibles,
ainsi qu'à des habitats vivables.
En Europe, dire aux habitants que
l'idéal ne réside pas dans l'hyper-consommation laisse
ouverte la question de savoir que mettre à la place. En dehors
des valeurs trouvées dans l'exercice des activités
professionnelles les plus motivantes, nous avons les activités
culturelles, associatives et, de plus en plus, il faut l'espérer,
l'investissement dans les tâches de formation et de recherche
scientifique. Qu'en sera-t-il en Chine?
Traditionnellement en Chine, la réussite individuelle passait
par l'acquisition d'une forme de sagesse, qui est à la base
du bouddhisme et du taoïsme, lesquels ne sont d'ailleurs pas
des religions comme on les entend dans le reste du monde, en ce
sens qu'elle laissent ouvertes à l'individu les plus grandes
possibilités d'approfondissement, au lieu de les enfermer
dans le respect de "vérités" révélées
voici des millénaires. Aujourd'hui, cela peut conduire en
effet à généraliser l'intérêt
pour la formation et la recherche scientifique, dans tous les domaines
: plus de 20 millions d'étudiants chinois vont avoir accès
aux technologies d'apprentissage à distance ; la formation
des élites dans les universités occidentales prestigieuses
(Berkeley, Stanford ou encore l'Insead en France) devient maintenant
un phénomène courant. D'où l'importance des
réseaux qui permettront les échanges intellectuels
en profondeur avec le reste du monde, l'Europe en particulier
Les autorités vont-elle favoriser
cette ouverture ?
R. : Dans la Chine ancienne, les mandarins, détenteurs traditionnels
des savoirs, n'ont jamais refusé l'accès des individus les
plus doués à leur culture, dès lors que ces individus
réussissaient à passer les fameux "concours mandarinaux". Mais
le "jeune scarabée" qui voulait tout de suite tout régenter
se faisait effectivement taper sur les doigts : "humilité et patience"
ont toujours été les deux principales qualités dans
l'inconscient collectif chinoise.
Aujourd'hui, l'Union Européenne, sortant petit à petit de
son droit-de-l'hommisme théorique tend la main à la
Chine à travers ses commissions et ses programmes d'échanges
et de développement durables (voir : http://europa.eu.int/comm/europeaid/projects/asia-itc/html/sheets.htm#download)
et notre ancien président, Valérie Giscard-d'Estaing,
maintenant président de la convention Européenne est
classé dans la catégorie spéciale les amis
du peuple chinois". (Zhongguo renmin de pengyou ).
Sur le terrain, une pléthore d'associations prend le relais pour aider
tant les PME-PMI que les grands comptes à commercer avec les Chinois
dans les règles de l'art. On peut citer à ce sujet le Club
des Compétences Asie, le Comité d'échanges Franco-Chinois
de la Chambre de Commerce, me Cercle amical du développement entre
l'Europe et la Chine.
Bien qu'encore soumis à un certain contrôle politique, l'Internet
culturel et scientifique sera pour cela un excellent vecteur, surtout dans
la mesure où il permettra aux étudiants, professeurs et autres
thésards d'échanger leur point de vues avec leurs pairs. On
peut penser aussi qu'avec des échanges beaucoup plus importants
d'étudiants dans la participation conjointe à de grands programmes
scientifiques et technologiques, il y a du travail à faire.
Pensez-vous que notre revue Automates-intelligents
puisse jouer un modeste rôle dans cette voie ?
Certainement. Vous abordez une foule de questions d'intérêt
scientifique et philosophique très large, dans un esprit
d'ouverture, certainement très apprécié de
vos lecteurs.