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26 octobre 2002
propos recueillis par Jean-Paul Baquiast

Dr. Claude Meisel

Projet de Guide des Pratiques Médicales
(GPM)




Le Guide des Pratiques Médicales (GPM), utilisant largement les technologies de l'information, est un projet que nous jugeons du plus haut intérêt, tant en direct pour la médecine que, à titre d'exemple et de démonstrateur, pour de nombreuses autres disciplines reposant sur la compétence d'agents dispersés sur le territoire et devant en permanence actualiser leurs connaissances. D'où cette interview.

Le projet a été étudié soigneusement depuis plusieurs années par ses concepteurs. Pour devenir opérationnel, comme il le mérite, il ne lui manque que d'être mieux connu par les autorités de santé et d'un grand organisme, susceptibles de s'y investir dans le cadre de leurs politiques de diversification.

Notre ambition est que cet entretien avec le docteur Claude Meisel, le père du projet depuis les origines, puisse y contribuer. Claude Meisel est actuellement médecin de ville.
Automates-Intelligents

Pour en savoir plus
L'objectif de GPM : Note (2 pages. pdf)
Le projet GPM : Note (10 pages. pdf)

Contact :
claude.meisel@wanadoo.fr

 

AI: (Automates-Intelligents) : Claude Meisel, précisez-nous ce que fut depuis plus de 15 ans votre intuition, celle qui a permis la naissance de ce projet.

CM (Claude Meisel) : Elle repose sur quelque chose de simple: il faut utiliser largement les technologies de l'information, dont Internet et ses évolutions futures, pour améliorer la qualité de l'information et de la formation médicales, ce qui bénéficiera directement à la qualité des soins.

J'ai eu depuis le début l'idée qu'il était indispensable d'établir un pont solide, une vraie confrontation, entre les pratiques de ville et les connaissances de la médecine hospitalo-universitaires. J'ai pu constater - ce qui est une évidence - que ce sont toujours les mêmes patients, les mêmes connaissances, les mêmes diagnostics à un stade évolutif différent et les mêmes crédits - ceux de la sécurité sociale - qui sont en cause. Or aujourd'hui les pratiques et même les mêmes connaissances sont relativement éloignées. C'est le problème numéro un de la santé publique. La qualité et le coût des soins dépendent en priorité de l'information des médecins.

La méthode

AI : Ce que vous dites là est vrai dans le domaine médical, comme d'ailleurs dans bien d'autres domaines. Mais qui se chargera de concrétiser cette idée? Rappelons qu'il existe déjà sur Internet de nombreuses bases de connaissances, souvent en français et gratuites, largement utilisées par des patients et des médecins.

CM : Il faut s'appuyer ici sur un groupe de médecins, médecins de ville et médecins hospitaliers. Cette combinaison permettra de diminuer le déficit d'information existant entre médecins de ville et grands centres hospitaliers universitaires. Mais le GPM, Guide des pratiques médicales, est destiné d'abord à la médecine générale. Il vise la médecine ambulatoire, exercée essentiellement en ville, ou sous forme de consultations hospitalières dans les hôpitaux généraux

AI : Une première objection qui peut vous être faite vient tout de suite à l'esprit : via un tel système, les médecins de ville n'auront ni le temps ni l'argent nécessaires à l'amélioration de leurs connaissances professionnelles...

CM : C'est exact. Aujourd'hui, à l'étranger comme en France, les éditeurs médicaux ne démarrent une nouvelle édition que lorsque 60% ou plus de l'investissement est pris en charge par les laboratoires pharmaceutiques…

AI : Ce qui n'est effectivement pas idéal. Le professeur Mattéi, actuel ministre de la Santé, n'a t-il pas parlé à propos de l'information fournie par l'industrie pharmaceutique, au Conseil Economique et Social, et devant des représentants de cette industrie, d'une information "tronquée" ? Dans notre société, où le rôle de la puissance publique reste fort, les citoyens diront que l'investissement de départ d'un tel projet, dont l'intérêt général est indiscutable, devrait incomber à l'Etat ou au service public.

CM : Sous l'impulsion du ministre de la Santé, un groupe d'experts s'est réuni sous la responsabilité de Mme Dominique Laurent du Conseil d'Etat afin d'établir un rapport sur la possibilité d'inciter le corps médical à une formation continue. Le décret qui devrait en sortir (en application de la loi du 4 mars 2002, comportant une partie concernant la recertification des professions de santé) pourrait y contribuer.

AI : En quoi consiste cette "recertification" ?

CM : La recertification veut dire qu'un certain nombre de congrès, de lectures, d'événements ou de stages pourront être agréés et donner aux bénéficiaires des points de formation. En contrepartie des frais qu'ils consentiront pour cette formation, ces bénéficiaires pourront se voir reconnaître un titre d'expert, une nomenclature particulière de l'assurance maladie ou un crédit d'impôt.

AI : Et quand doit sortir ce rapport ?

CM : Le rapport Laurent devrait sortir le 15 novembre prochain.
En ce qui concerne la participation de l'Etat, j'ai proposé à Mme Laurent, qui semblait intéressée, la possibilité de mettre en place une Agence qui émettrait des chèques-formation pour les professionnels de santé. Ils seraient abondés par les entreprises et institutions utilisant des médecins, ou pour les libéraux, par une Caisse dépendante des organismes sociaux publics et des assurances privées …

AI : ayant évidemment intérêt à la qualité et à la pertinence des prescriptions. Les chèques seraient-ils d'utilisation libre, chaque médecin pouvant s'adresser à l'organisme de formation qu'il juge le meilleur ?

CM : Exactement.

AI : Comment sera défini le contenu de la formation proposée par GPM, étant entendu que vous serez en concurrence et qu'il vous faudra essayer d'être les meilleurs ?

CM : Ce sont les médecins de ville qui seront appelés à préciser leurs besoins, notamment le déficit d'information entre la médecine de ville et le secteur hospitalo-universitaire. Des groupes de médecins poseront des questions sur les thèmes les intéressant. A partir de ces questions, des experts universitaires rédigeront les modules de formation nécessaire. Le "binôme-rédacteur"  médecins de ville-médecins universitaires a déjà fonctionné sur ce modèle. Il a montré qu'il fallait rémunérer les efforts du médecin de ville qui consacre du temps à réfléchir à ses besoins, en compensation des honoraires qu'il aura perdus en s'adonnant à ce rôle de conseil.

AI : Cela paraît très sain. Avez-vous déjà une idée des rubriques à fournir?

Les dossiers-conférences

CM : Nous avons précédemment travaillé à une bible de médecine interne et générale, le Traité de Médecine par Pierre Godeau (Editions Flammarion), puis comparé les chapitres de ce Traité aux chapitres retenus par des traités analogues aux Etats-Unis, ainsi que par le projet AKOS de Elsevier sur Internet. A la suite de quoi nous avons décidé pour la première année de produire 12 thèmes - nous appelons cela des dossiers-conférences - puis 330 en 3 ans.

AI : C'est considérable...

CM : Oui, mais cela représente actuellement le besoin courant en médecine générale.

AI : Elsevier, qui publie en français, sera votre principal concurrent...

CM : Oui. C'est bien pour cela qu'il nous faudra être les meilleurs. Nous veillerons à la qualité des informations, suite aux études pédagogiques précédentes, qui nous ont permis de spécifier une littérature médicale de qualité. Chaque fois que nous donnons une information, nous précisons le niveau de preuve. Les médicaments cités le sont en Dénomination Commune Internationale (DCI) et, chaque fois que nécessaire, les consensus internationaux et les conseils pratiques sortant des agences de l'Etat seront inclus dans notre base d'information. Si bien que le service d'information rendu au praticien, pendant sa consultation (je répète, pendant sa consultation) seront, nous l'espérons, exceptionnels.

AI : Que deviennent les besoins du patient dans ce système ?

CM : Le patient doit fournir un consentement éclairé. Dans notre dossier, il y aura une fiche-patient que le médecin pourra imprimer et donner à son patient, avec des schémas simples, de façon à l'informer au mieux.

AI : Tout sera-t-il payant ?

CM : Non. Des modules seront libres d'accès, lorsque notamment leur innocuité à l'égard de lecteurs non avertis aura été appréciée.

AI : Combien de conférences avez-vous déjà réalisées ?

CM : Trois conférences vont être implémentées à titre de pilote avec l'aide d'A-6 Multimédia, petite société motivée. Ceci permettra dans un deuxième temps de mener une auto-évaluation à distance. On s'interrogera sur des cas cliniques de difficulté différente pour savoir si l'on offre aux personnels de santé le niveau de compréhension nécessaire. Avec les nouvelles technologies, l'information et la formation sont portées par le même outil. Signalons d'ailleurs que ceci présente une difficulté juridique...

AI : Pourquoi ?

CM : Avec l'interactivité, on se rapproche du cours plutôt que du livre, et même de l'aide au diagnostic. Les régimes sont différents.

AI : Oui, mais la voie est royale pour enrichir et mettre à jour en permanence les contenus. Vous ne ferez pas exclusivement des contenus virtuels...

CM : Non. Nos conseils pensent qu'il faut à la fois diffuser sur des supports-papier et sur Internet. Avec Internet, l'accès se fera sur abonnement.

AI : Qui garantira la qualité des contenus ?

CM : Chaque dossier conférence va être vérifié en interne par notre conseil scientifique et, en externe, par des experts. Nous avons l'ambition de prendre un certificateur externe, comme Véritas ou SGS en Suisse. Nous demanderons que les contrôles de notre corps d'experts scientifiques soient certifiés. Une agence de l'Etat certifie les institutions hospitalières. Il faudra le faire aussi des experts.

AI : Qui dit formation dit aussi meilleure adéquation des prescriptions aux besoins, ce qui devrait largement intéresser la Sécurité Sociale....

CM : Pour l'instant, le médecin-conseil national de la Mutualité Sociale Agricole MSA et le médecin-conseil national de la CNAM-Travailleurs Salariés ont accueilli le projet avec beaucoup d'intérêt. Ils voudraient nous aider à le faire financer. Mais les négociations n'en sont qu'au début.

AI : Les hôpitaux publics envisagent-ils de participer au projet, qui devrait les aider aussi dans la pratique quotidienne de leurs professionnels de santé ?

CM : Signalons qu'aux Etats-Unis, les deux bases de connaissances déjà servies dans le monde entier partent financièrement et techniquement d'universités-sponsors. Mais ces universités sont des organismes privés qui ont pris la responsabilité de dégager des financements. En France, on n'est pas encore là, bien qu'il existe un projet d'université virtuelle médicale, soutenu par l'Education Nationale, qui serait complémentaire de ce que nous faisons. Le vice-doyen à Cochin, qui participe à notre groupe, nous a précisé par exemple que notre projet serait intéressant pour le 3e cycle d'étude en médecine générale.

AI : Et l'Europe ? Ce projet devrait aussi être co-financé par la communauté européenne...

CM : Oui, bien sûr. Nous avons envisagé un volet européen, qui reste à préciser. Ce n'est jamais simple à ce niveau. Notre contact sur ce plan est le Commissariat à l'Energie Atomique (CEA). Nous avons pensé tout spécialement à cet organisme compte-tenu de sa compétence technologique et aussi de l'intérêt qu'il porte aux progrès de l'instrumentation. La cellule de recherche du CEA est très intéressée et espère en tirer des bénéfices. Le CEA dispose par ailleurs d'une avance considérable sur les technologies pointues de la formation, y compris en matière d'outils pédagogiques évolués, en faveur des personnels qui entretiennent les centrales atomique.

AI : Notre revue est bien au fait des perspectives de l'imagerie médicale, qui nous semblent considérables. Compte-tenu de nos liens avec l'Association française d'intelligence artificielle (AFIA),  nous sommes également intéressés par tout ce qui concerne le knowledge management, le data mining et l'enseignement assisté par ordinateur...

CM : Vous avez raison d'insister sur ces poins car la reconnaissance de l'image pour la génomique et la protéomique comporte des approches techniques pour le raisonnement qui vont nous permettre d'avancer dans la pédagogie de l'utilisation de l'image médicale par les cliniciens.

L'état d'avancement du projet

AI : Où en êtes-vous pratiquement aujourd'hui ?

CM : Nous en sommes aujourd'hui au stade expérimental ou niveau zéro. Concernant le stade industriel et commercial, un éditeur familial propriétaire de sa structure et un autre qui vient d'être activé en France (avec du capital bancaire et une grande institution de recherche) sont intéressés par notre projet. Les deux sont en période de croissance rapide, si bien que nous devrons apporter le capital nécessaire au développement.

AI : D'où viendra ce capital ?

CM : Les financiers habituels veulent un retour sur investissement en moins de 4 ans, alors qu'en édition médicale, il faut compter sur 5 ans et plus. Le seul organisme intéressé pourrait être la Caisse des Dépôts, mais nous n'avons aucun contact...

AI : Qu'attendez-vous pour le faire ? Face à ce projet d'intérêt national, le ministre de la Santé ne pourrait-il pas vous aider àétablir ces contacts, voire vous aider plus directement ?

CM : Nous aurons effectivement besoin d'une structure réunissant le représentant du ministère de la Santé et ceux d'autres organismes publics, qui nous donneraient la légitimité nécessaire. L'étude de cette structure a été confiée à un organisme juridique qui n'a pas encore donné sa réponse.

AI : Ainsi, malgré tout son intérêt, ce projet est loin d'avoir encore été porté sur les starting-blocks...  Ne pourriez vous pas alors envisager un chemin rapide ou fast-track ?

CM : Le chemin rapide pourrait être offert par l'industrie du médicament, déjà citée. Est-ce une bonne solution ? Nous allons sans doute proposer au Syndicat National de l'industrie pharmaceutique de nous aider, d'une façon respectant la déontologie. Le médicament n'interviendra pas en direct, mais avec une charte éthique à définir.

AI : La question reste entière cependant : si le projet n'est pas plus connu et mieux soutenu, il risque de ne pas devenir opérationnel. Résumons : cela fait plus de 10 ans que vous avez conçu ce projet, qui est encouragé verbalement mais sans résultats concrets. Comment expliquer qu'une excellente idée, qui de plus intéresserait la francophonie et la coopération technique avec les pays en développement, n'ait pas encore été reconnue par nos décideurs ? Retenons de cette conversation que c'est vers le ministre de la Santé que se tournent aujourd'hui beaucoup de vos espoirs en vue d'un démarrage effectif...

CM : Oui. En fait, je pense que c'est le problème des grands projets industriels en France, et surtout de l'édition médicale de langue française. Si une personnalité politique ne s'y implique pas, il ne se passe pas grand chose. Nous aurons besoin d'un haut administrateur de l'Etat qui puisse organiser un comité de soutien avec quelques personnalités scientifiques et industrielles. Peut-être cette interview, qui est la première que j'accepte de la part d'une revue scientifique généraliste, pourrait nous aider à trouver cette personnalité. Vous pourriez d'ailleurs préciser ce que je viens de dire en consultant le directeur de la recherche au CEA, le vice-doyen du CHU Cochin et le Dr Abramovici, généraliste très compétent, qui travaille avec nous.


Notes:
LOI n° 2002-303 du 4 mars 2002, relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé :
http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/...
A6. Multimédia :
http://www.a6.fr/ 
Pasteur-Mediavita : http://www.pasteurmed.com/
AKOS, encyclopédie pratique de médecine : http://www.akos.tm.fr/
Association française d'intelligence artificielle AFIA :http://www.afia.polytechnique.fr/


© Automates Intelligents 2002

 





 

 

 

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