Traduction française de Pascal Jouxtel
Avant de répondre à
vos questions, je dois dire que je n’ai pas travaillé
sur les mèmes depuis un certain temps. Après la sortie
de The Meme Machine (MM) en 1999 j’ai passé
environ deux ans à penser et travailler la question des mèmes,
ainsi qu’à encaisser les diverses réactions
suscitées par le livre ; puis en 2001 j’ai quitté
mon travail à l’université pour écrire
à plein temps et rédiger une synthèse sur la
conscience. Je me suis plongée dans les profondeurs de l’extraordinaire
littérature qui existe sur la conscience, tout en pratiquant
la méditation et autres activités du même genre,
et laissant pratiquement tout le reste de côté. J’ai
fini le livre au printemps. L’édition Britannique de
Consciousness : An Introduction est sortie en juin, et
l’édition US est prévue pour Octobre. C’est
pourquoi mes réponses à vos questions ne sont pas
celles d’une experte en mémétique immergée
dans le sujet, mais d’une personne qui est restée en
peu en marge, bien qu’aimant beaucoup les idées en
question, et bien qu’elle croit encore que la mémétique
est la meilleure façon de comprendre la culture humaine et
son évolution.
Si vous deviez réécrire
The Meme Machine aujourd’hui, qu’ajouteriez-vous et
que retrancheriez-vous ?
J’en dirais plus sur le “pilotage
mémétique”
(1). Bien qu’ayant essayé de comprendre
ce processus le mieux que je pouvais en écrivant le livre,
j’y ai beaucoup repensé depuis. J’en reparle
dans un article de 2001 pour Cybernetics and systems.
Les développements les plus excitants depuis quatre ans concernent
principalement l’évolution du langage. Par exemple;
le travail de Luc Steels avec ses “têtes
parlantes » montre exactement ce que j’avais prédit
en écrivant au sujet des « copybots » dans MM.
Je n’avais pas (bêtement) réalisé qu’il
leur fallait un regard partagé pour faire jouer l’évolution
mémétique, mais ses robots ont cette faculté
et cela fonctionne. Ces robots très simples finissent par
inventer du langage (ou plutôt des mèmes qui le font).
J’ajouterais aussi quelque chose sur les “neurones miroirs”.
Leur découverte eut lieu pendant que j’écrivais
le livre, mais je n’ai pas été au courant. On
n’est pas encore très sûr des fonctions précises
des neurones miroirs, mais on est presque certains qu’ils
sont nécessaires mais pas suffisants pour l’imitation.
Si c’est le cas, ils sont clairement importants pour comprendre
comment les machines à mèmes évoluent.
On peut relier à cela la multiplication récente des
recherches sur l’imitation elle-même. On a trouvé
des précurseurs de l’imitation généralisée
dans de nombreuses espèces, nous donnant ainsi une meilleure
idée de sa difficulté et des conditions de son émergence.
Une conférence s’est tenue en France l’an dernier
sur l’imitation (http://www.warwick.ac.uk/fac/sci/Psychology/imitation/)
et un recueil des interventions est en préparation sous le
titre Perspectives on Imitation: From Mirror Neurons to Memes.
Ed. S. Hurley and N. Chater, MIT Press. Si je réécrivais
The Meme Machine, j’ajouterais un peu de ça.
Parmi les exemples cités, on trouve de passionnantes découvertes
sur la taille du cerveau. Iacoboni, en utilisant le scanner IRM,
a montré que les zones qui sont utilisées pour l’imitation
chez les humains sont celles qui montrent la plus forte croissance
quand on compare le cerveau d’un humain à celui d’un
chimpanzé. C’est exactement ce que j’avais prédit
en utilisant l’hypothèse du pilotage mémétique.
Bien sûr, il y a aussi d’autres explications possibles
(j’en parle dans le livre cité plus haut). C’est
très encourageant pour le point de vue mémétique.
Maintenant, pour ce que j’enlèverais – c’est
trop difficile. Mais il est toujours possible de sacrifier des mots,
et il faudrait simplement que je me donne un peu de mal.
D’après vous, quelles
ont été les contributions décisives à
la mémétique depuis 1999 ?
J’adorerais pouvoir dire
que le champ de la mémétique s’est considérablement
développé et que c’est maintenant un terrain
prospère et bien défini. Mais ce n’est pas le
cas. Il s’est passé plein de choses excitantes –
je viens d’en citer quelques unes, et l’on trouve aussi
des modèles mathématiques de l’évolution
mémétique, des simulations d’effets des mèmes,
et le pistage de la diffusion de mèmes variés dans
la culture et sur le web. Pour autant, il n’y a pas clairement
de champ organisé de la mémétique. Ainsi, les
gens qui font les découvertes les plus excitantes, comme
Steels et Iacoboni, n’utilisent pas le terme « mème
» et ne se considèrent pas comme des méméticiens(2)
Pour ma part, j’attends avec intérêt de voir
ce qui va se passer. Je crois que ces découvertes augmentent
le besoin d’introduire un autre réplicateur pour raisonner.
Elles vont continuer à s’accumuler, ajoutant de plus
en plus de pression sur le vieux modèle qui insiste seulement
sur le rôle du biologique. Cependant aujourd’hui, le
basculement nécessaire est rarement mentionné. Cela
deviendra-t-il finalement si évident que tout le monde se
mettra à parler de mèmes ? Cela deviendra-t-il évident,
mais expliqué dans des termes complètement différents
? Va-t-on encore essayer de faire cadrer les découvertes
avec la théorie traditionnelle basé sur le gène
seul pendant encore vingt ou trente ans ? Je n’en sais rien,
mais je crois qu’à un certain point, il va devenir
évident que la mémétique, ou quelque chose
qui y ressemble, est essentielle.
Que pensez-vous de Robert
Aunger?
Je crois que Bob Aunger est parti globalement
dans la mauvaise direction. Il y a un débat légitime
et intéressant sur la meilleure façon de définir
les mèmes : (a) comme de l’information dans les cerveaux,
(b) comme de l’information dans les comportements, les documents,
le discours, etc. (c) les deux à la fois. Ma vision personnelle
est (c). Comme je l’ai expliqué dans MM, on se met
dans toutes sortes d’embarras si l’on se confine dans
une seule des optiques (a) ou (b) et jusqu’à ce qu’on
en sache plus on a intérêt à ne pas le faire.
Mais même en le faisant, n’importe laquelle des trois
options pourrait fonctionner à condition de s’en tenir
à l’idée basique que les mèmes sont des
informations copiées avec variation et sélection de
personne à personne, ou de personne à livre, ou à
ordinateur, ou autre moyen de stockage.
Non seulement Aunger prend parti pour (a), mais en plus il essaye
de confiner les mèmes sur des structures nodales hypothétiques
à l’intérieur du cerveau. Je ne fonde pas grand
espoir sur cette approche pour deux raisons.
Premièrement, ce qu’il fait n’est pas de la mémétique,
mais se rapproche plus des neurosciences et de la théorie
de l’apprentissage. Il décrit un réplicateur
qui opère dans les cerveaux plutôt que entre les cerveaux.
Il y a déjà eu de nombreuses théories de cette
nature, allant des premières réflexions de Skinner
jusqu’à des théories récentes comme le
Darwinisme neural d’Edelman et les machines darwiniennes de
Calvin 3), mais Aunger les ignore largement. Ces théories
sont fascinantes, mais ce n’est pas de la mémétique.
De mon point de vue, cela veut dire que Aunger passe complètement
à côté de ce qu’est le pouvoir de réplication
des mèmes – c’est-à-dire la raison pour
laquelle la mémétique est si passionnante.
Deuxièmement, les neurosciences avancent vite et nous commençons
à peine à comprendre comment fonctionne le cerveau,
cependant Aunger ignore une grande partie de ce travail et ses spéculations
ne recoupent pas les neurosciences actuelles de façon très
heureusre.
Certaines des idées de Aunger sont
testables, et donc nous devons attendre de voir comment elles tiennent
le coup, mais je pressens que cette approche est mal engagée.
D’après vous, les
hypothèses de Kirby sur l’évolution du langage
vont-elles dans le bon sens ?
Oui, je pense que les hypothèses de
Kirby sont parfaitement en phase avec une théorie mémétique
des origines du langage. Cela illustre ce que je disais plus haut,
comme quoi des gens peuvent réaliser un travail très
pertinent du point de vue de la mémétique sans l’appeler
ainsi. Kirby en est un parfait exemple. J’espère que
les connections seront faites et que le succès de cette approche
contribuera à montrer qu’il faut penser avec un deuxième
réplicateur autre que les gènes. J’aimerais
que cette nouvelle approche soit appelée mémétique,
mais sur le fond l’important est qu’elle donne les rênes
du design aux mots et aux langages eux-mêmes, dans un processus
sélectif autonome, qu’on appelle cela des mèmes
ou pas.
Que pouvez-vous nous dire concernant
les différents modèles de la mémétique?
Pour moi, le point essentiel de la mémétique,
et ce qui la rend si passionnante, c’est de comprendre le
pouvoir de l’algorithme évolutionnaire et de voir qu’il
s’applique non seulement aux gènes mais aussi aux mèmes
et à d’autres réplicateurs. Quand je considère
n’importe lequel de ces modèles j’ai toujours
à l’esprit des questions comme « est-ce qu’il
place bien le contrôle du design à sa juste place ?
Est-ce que ce modèle traite bien les mèmes comme des
réplicateurs de plein droit ? » Pour moi, tout modèle
qui fait cela s’inscrit dans la mémétique ou
lui apporte quelque chose.
Cependant, on n’est pas toujours sûr de savoir quels
modèles respectent ces conditions. De toute évidence,
Dawkins et Dennett le font – c’est tout le sens de leur
travail sur les mèmes. Lynch et Brodie aussi (bien que je
ne partage pas leur point de vue sur certains aspects), Bloom probablement
aussi, mais j’ai des doutes concernant Boyd & Richerson,
Cavalli-Sforza et Feldman, Lumsden et Wilson, comme je l’ai
dit dans MM. Finalement, je crois que B&R traitent bien le mème
comme un réplicateur de plein droit, et les autres, non,
mais je voudrais qu’il y ait davantage de débat et
entendre les spécialistes de la génétique eux-mêmes
se prononcer sur la question.
En mémétique comme
en épidémiologie, on ne peut isoler les propriétés
réplicatives du mème des dispositions favorables ou
pas du terrain. Cela nous conduit-il inévitablement à
repenser les sciences sociales et politiques à la lumière
de la mémétique ?
Je suis d’accord avec ce que vous dites
sur l’épidémiologie, mais je ne crois pas qu’il
faille repenser les sciences sociales et politiques. Mon intuition
est que de telles « révisions » peuvent avoir
lieu dans des domaines ciblés, et que la mémétique
se montrera utile dans certains cas. Elle peut même détrôner
certaines théories bien établies dans le domaine des
sciences sociales. Mais cela n’impose pas de repartir à
zéro.
Considérez-vous toujours le ‘moi’ (the self)
comme un simple mèmeplexe ? Dans ce cas, qu’est-ce
qui le rend si dominant dans notre culture ? Pourrait-on dire que
le mèmeplexe du ‘moi’ (the selfplex) fait autant
partie de la définition de l’homme (occidental) que
les gènes du squelette font partie de la définition
des vertébrés ?
Il y a tellement dans cette question que je
ne sais pas par où commencer. J’ai été
déçue que dans Freedom
evolves, Dennett ne dise pas que le libre arbitre est une
illusion – bien qu’il dise clairement que ce n’est
sans doute pas ce qu’on croit – et aussi qu’il
ne construise pas davantage sur son idée que le ‘moi’
(self) est une illusion bénéfique pour son utilisateur,
afin de développer son argumentation.
Je crois toujours que le moi est un mèmeplexe (j’enlèverais
le mot ‘simple’). Il est dominant à cause du
langage, et parce que les corps humains sont des entités
relativement discontinues, auxquelles le concept de moi peut être
facilement raccroché. Nous feignons simplement d’ignorer
l’absurdité de l’idée d’un être
conscient habitant à l’intérieur d’une
enveloppe charnelle et la contrôlant.
Le rapprochement avec le Bouddhisme peut sembler bizarre, mais pour
moi c’est là tout le délice de cette façon
de penser. Des idées considérées habituellement
comme aussi éloignées que possible – Dennett
et la méditation, L’IA dure et le Bouddhisme, la science
empirique et la quête spirituelle – se retrouvent toutes
au service de la réalisation du « non-moi ».
Ceci est fondamental. Il n’y a pas de « moi »
séparé ou persistant à l’intérieur
de nous. Il n’y a personne qui agisse, personne qui vive les
choses, personne qui ait conscience ou possède un libre-arbitre.
Cette compréhension change la science, change l’IA,
et change notre façon de vivre nos vies. Je suis personnellement
arrivée à réaliser cela par différentes
voies, dont vingt ans de pratique du Zen aussi bien que l’étude
des neurosciences. Ce fut donc pour moi un profond plaisir de découvrir
que la mémétique pouvait aussi éclairer pourquoi
nous autres humains sommes si dupes de notre ‘moi’.
Quels sont vos projets, Dr Blackmore
?
Franchement, je n’en ai aucun. Ou devrais-je
dire que le selfplex n’en a pas ? Je n’ai délibérément
pas fait de plans, à part celui de ne pas retourner dans
une université. Parmi les possibilité il pourrait
y avoir un autre livre sur la conscience. Mon recueil de textes
tentait de couvrir les théories de tout le monde sans faire
ressortir la mienne. En vérité je n’ai pas de
théorie de la conscience, et c’est ce qui à
mes yeux m’a rendue qualifiée pour écrire ce
livre. Mais j’ai quelques idée de plus après
trois ans de travail sur la conscience, et donc je pourrais bien
les développer un peu.
Je pourrais aussi entreprendre une retraite solitaire plus longue
que les précédentes. Je suis convaincue qu’une
grande partie du travail intellectuel sur la conscience passe complètement
à coté de l’essentiel. Il faut pratiquer, pratiquer
et pratiquer encore en regardant droit au cœur de l’expérience
vécue pour voir ce qui s’y passe. C’est très
difficile, et je pense que la solitude et la méditation disciplinée
sont les meilleurs moyens d’y arriver. J’ai fait plusieurs
retraites solitaires d’une semaine dans une ferme isolée
au Pays de Galles et j’espère recommencer.
Et puis je pourrais refaire un peu de télévision et
de radio. Je suis en pourparler au sujet d’une possible série
d’émissions sur la conscience pour Channel 4, mais
on ne sait jamais avec la télévision ! Pour ce qui
est des mèmes, je suppose qu’ils reviendront m’infecter
avec quelque chose de tout à fait inattendu. Nous verrons
bien !
Dr Blackmore, merci d’avoir
bien voulu répondre à nos questions et à bientôt
un nouveau livre de vous.
Pour en savoir plus
Lire
- Blackmore,S. (2001) Evolution and memes: The human brain as a
selective imitation device. Cybernetics and Systems, 32, 225-255.
Traduit en Italien, I memi e lo sviluppo del cervello, KOS 211,
aprile 2003, pp. 56-64.
- Blackmore, S.J. Evidence for memetic drive?: Commentary on Iacoboni,
In Perspectives on Imitation: From Mirror Neurons to Memes. Ed.
S. Hurley and N. Chater, MIT Press
Notes
(1) Memetic drive : une des
hypothèses centrales de la théorie Blackmorienne des
mèmes. L’idée selon laquelle les mèmes,
plus « rapides » que les gènes, ont créé
leur propre jeu de contraintes à travers la vie sociale des
humains, à l’intérieur duquel les gènes
ont été “poussés”. Le rôle
joué par l’imitation dans la reproduction des mèmes
- les facultés d’imitation devenant des facteurs essentiels
d’aptitude à la vie en société - aurait
pesé sur l’évolution de la structure du cerveau.
(2) Luc STEELS est directeur
du Sony Computer Science Laboratory à Paris et professeur
en informatique à l'université de Bruxelles. Il a
étudié l'informatique au MIT (Massachusetts Institute
of Technology - USA). Il est spécialisé dans les domaines
de l'intelligence artificielle et de la vie artificielle appliqués
à la robotique et à l'étude du langage. Voir
les sites : http://www.education.gouv.fr/actu/assisinn/DATA/BIOS/LSTEELS.HTM
et aussi sa spectaculaire homepage : http://arti.vub.ac.be/~steels/
Talking Heads est le nom d’un fameux groupe de rock New-yorkais
des années 80-90, emmenés par David Byrne, un intellectuel
passionné d’architecture, de sociologie et de langages.

English
Before I answer your questions
I must explain that I have not been working on memes now for some
time. After The Meme Machine ( MM) came out in 1999 I spent
a couple of years thinking and working on memes and dealing with
all the many reactions to the book, but in 2001 I gave up my university
job to become a full-time writer and to write a textbook on consciousness.
I plunged myself deeply into the extraordinary literature on consciousness,
as well as practicing meditation and other related activities, and
almost everything else was left aside. I completed the book this
spring. The UK edition of Consciousness: An Introduction
was published in June and the US edition is due out in October.
For this reason my answers to your questions come not from a memes
expert immersed in the field, but from someone who has been on the
side-lines, even though she loves the ideas, and still believes
memetics is the best way of understanding human evolution and human
culture. C’est pourquoi mes réponses à vos questions
ne sont pas celles d’une experte en mémétique
immergée dans le sujet, mais d’une personne qui est
restée en peu en marge, bien qu’aimant beaucoup les
idées en question, et bien qu’elle croit encore que
la mémétique est la meilleure façon de comprendre
la culture humaine et son évolution.
If you were to rewrite The Meme Machine today, what would you
add and what would you take out?
I would add more on memetic drive. Although
I tried to understand this possible process as well as I could when
I wrote the book, I have thought about it a lot more since. I wrote
about some of this in a 2001 article in Cybernetics and Systems.
Some of the most exciting developments since then concern the evolution
of language. For example, Luc Steels’ work with his “Talking
Heads” shows almost exactly what I had predicted when
wrote about the “copybots” in MM. I (stupidly) did not
realise that they need shared gaze to make the memetic evolution
work, but his robots have that, and it does work. The simple robots
end up inventing language (or rather their memes do). I would also
add more on mirror neurons. Their discovery came just as I was writing
the book (although I had not heard about them then). It is still
not clear what the main functions of mirror neurons are but they
are almost certainly necessary but not sufficient for imitation.
If so they are clearly important for understanding how meme machines
evolve.
Related to this is the recent upsurge of
research on imitation itself. Precursors of general imitation have
been found in many species, giving us a better idea of how difficult
it is and why and how it appears. A conference was held last year
in France on imitation (http://www.warwick.ac.uk/fac/sci/Psychology/imitation/)
and a 2-volume book of the papers is in production, entitled Perspectives
on Imitation: From Mirror Neurons to Memes. Ed. S. Hurley and N.
Chater, MIT Press. If I wrote the Meme Machine again I would
have to add some of this.
Examples include exciting discoveries on brain size. For example,
using fMRI scanning, Iacoboni has shown that the areas used for
imitation in humans are those that are the most expanded when a
human brain is compared with a chimpanzee brain. This is just what
I had predicted from the memetic drive hypothesis. Of course, there
may be many other reasons for this (I wrote about this in the book
mentioned above). This is very encouraging to the memetic view.
As for what to leave out – that’s too difficult. But
it is always possible to lose words if you have to and I would just
have to struggle with that one.
According to you, what decisive
new contributions to memetics have been made since 1999?
I would love to be able to say that the field
of memetics has developed enormously and is now a well defined and
thriving field, but this is not so. There have been lots of exciting
things happening – I have mentioned some above, and others
include mathematical modelling of memetic evolution, simulations
of meme effects, tracking of the spread of various memes in culture
or on the web. However, it is not clear that there is an organised
field of memetics. Also some of the people making the most exciting
discoveries, such as Steels and Iacoboni, do not use the term “meme”
and do not consider themselves to be doing memetics.
As for me, I wait with interest to see what will happen. I believe
that these findings emphasise the need to think in terms of another
replicator. They will go on accumulating and they will put more
and more pressure on the old view that looks only to biological
advantage. Yet today this necessary shift is rarely mentioned. Will
it eventually become obvious so that everyone will start talking
about memes? Will it become obvious but be couched in different
terms altogether? Or will people just go on trying to fit the discoveries
into traditional gene-based theories for another few decades? I
simply do not know, but I believe that eventually it will be obvious
that memetics, or something like it, is essential.
What abour Robert Aunger?
I think Bob Aunger has essentially gone off
on the wrong tack. There is a legitimate, and interesting, argument
about whether we are best to define memes as (a) information in
brains (b) information in behaviours, documents, speech etc (c)
both. My own view is (c). As I explained in MM we get into all sorts
of muddles by confining ourselves either to (a) or (b) and until
we know more we are best not to do so. Even so, any of these three
might work as long as we stick to the basic idea that memes are
information copied with variation and selection from person to person,
or from person to book, computer or other storage device.
Aunger not only goes for (a), but tries to pin memes down to nodes
and other hypothetical structures within brains. I think this a
hopeless approach for two reasons.
First, what he is doing is not memetics but
is closer to neuroscience and learning theory. He is describing
a replicator that operates within brains rather than between them.
There have been many previous theories of this kind, ranging from
Skinner’s early speculations to recent theories such as Edelman’s
neural Darwinism and Calvin’s Darwin machines but Aunger largely
ignores them. These are fascinating theories but they are not memetics.
In my opinion, this means that Aunger loses the whole point of the
replicator power of memes – the very reason that memetics
is so exciting.
Second, neuroscience is moving fast and we are really beginning
to learn how the brain works, yet Aunger ignores a lot of this work
and his speculations do not fit happily within current neuroscience.
Some of Aunger’s ideas are testable and so we should wait
and see how they hold up, but my guess is that his approach is completely
misguided.
And what about Kirby's hypotheses
about language?
I think Kirby’s hypotheses are exactly
on the same track as memetic theories of language origins. This
is an example of what I mentioned above, that people may do work
that is highly relevant to memetics without calling it that. Kirby’s
is a perfect example. I hope that the connections will be made and
that the success of this approach will contribute to a greater understanding
of why we need to think in terms of new replicators other than the
genes. I would like this new approach to be called memetics, but
in the end what is important is that it gives the design power to
the words and languages themselves and the selective process involved,
whether these are called memes or not.
How do you consider the different
models about memetics?
To me, the whole point of memetics, and what
makes it so exciting, is to understand the power of the evolutionary
algorithm and to see that it applies not only to genes but to memes
and other replicators as well. When I look at any of these various
models I always have in mind the questions “Does this put
the design power where it belongs? Does this model treat memes as
replicators in their own right?” For me, any model that does
those things is part of memetics or complementary to it.
However, it is not entirely clear which of
these models does that. Obviously Dawkins and Dennett do –
that is the whole point of their work on memes. Lynch and Brodie
also do (though I do not share their views on some aspects of memetics),
Bloom probably does, but I am unsure about Boyd&Richerson, Cavalli-Sforza,
Feldman, Lumsden and Wilson, as I explained in MM. In the end I
think B and R do treat the meme as a replicator in its own right,
while the others do not, but I would like to see much more debate
about this and to hear from the gene-culture specialists themselves
on this issue.
In memetics as in epidemiology,
one cannot isolate the replicative properties of the memes from
the resistance or favorable dispositions of the ‘terrain’.
According to you, does that ultimately lead us to revisiting the
whole body of social and political sciences in the light of memetics
?
I agree with what you say on epidemiology
but I do not think that means we must revisit the social and political
sciences. My own guess is that such “revisiting” may
happen in limited domains, and that memetics will prove valuable
in some cases. It may even overthrow accepted theories in some areas
of social science. But it does not demand that we start again.
Do you still consider the ‘self’ as a mere memeplex
? In that case, what makes it so dominant in our culture ? Could
one say that the ‘self’ memeplex is as part of (the
western) man’s definition as the skeleton genes are in the
definition of the vertebrate order ?
This last question includes so much that I
don’t know where to begin. I was disappointed that in Freedom
Evolves Dennett did not say that free will is an illusion –
even though he clearly says that it probably is not what you thought
it was - and that he did not build on his idea of the self as a
benign user illusion to develop his case.
I do still think that the self is a memeplex (though I prefer not
to include the word “mere”). It is dominant because
of language, and because human bodies are relatively discrete entities
to which the self concept can easily be attached. We simply overlook
how nonsensical is the idea of a conscious self inhabiting a body
and controlling it.
The connection with Buddhism may seem odd,
but to my mind it is one of the delights of thinking this way. Ideas
that are usually taken to be as far apart as you can get –
Dennett and meditation, strong AI and Buddhism, empirical science
and spiritual endeavour, are all found to come together over the
realisation of no-self. This is fundamental. There is no separate
or persistent self inside us. There is no one who acts, no one who
experiences things, no one who has consciousness and free will.
This realisation changes science, changes AI, and changes the way
we live our lives. I have personally come at this realisation from
many different angles, including twenty years of Zen practice as
well as studying neuroscience. So it was a great delight when I
found that memetics also sheds light on how and why we humans are
so deluded about self.
What are your plans, Dr Blackmore
?
Frankly, I have none. Or should I say that
the selfplex has none? I have deliberately not made any plans other
than that I am not going back to working in a university. Among
the possibilities are to write another book on consciousness. My
textbook tried to cover everyone else’s theories without pressing
my own. Indeed I do not have a theory of consciousness, which is
one of the reasons I thought myself qualified to write the book.
But I do have some more ideas after three years of working on consciousness
and so I might develop them further.
I might undertake a longer solitary retreat than I have done before.
I am convinced that much of the intellectual work on consciousness
misses the point completely. We need to practice and practice and
practice looking straight into experience and seeing what is there.
This is very difficult and I think solitude and disciplined meditation
are the best ways to go about it. I have done several one week solitary
retreats in a remote Welsh farmhouse and I hope to do more.
Then again I may do some more television and radio. I am in discussion
over a possible series on consciousness for Channel 4, but you never
know with television! As for memes – I expect they will come
and infect me with something quite unexpected. We shall see.
Thank you Dr Blackmore and we expect
to read from you soon.
Notes :
Blackmore,S. (2001) Evolution and memes: The human brain as a selective
imitation device. Cybernetics and Systems, 32, 225-255. Translated
into Italian, I memi e lo sviluppo del cervello, KOS 211, aprile
2003, pp. 56-64.
Blackmore, S.J. Evidence for memetic drive?: Commentary on Iacoboni,
In Perspectives on Imitation: From Mirror Neurons to Memes. Ed.
S. Hurley and N. Chater, MIT Press (I have three other commentaries
in this book)