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30 juin 2004
Propos
recueilis par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
Frédéric
Kaplan
Chercheur en intelligence artificielle au Laboratoire Sony-CSL
Frédéric
Kaplan est ingénieur, chercheur en Intelligence Artificielle
au Laboratoire Sony-CSL à Paris.
Il a publié divers articles et un livre remarqué:
"La naissance d'une langue chez les robots" Hermès
Science Publications 2001.
Il présente souvent des démonstrations de ses
recherches avec l'un ou l'autre des robots quadrupèdes
sur lesquels il travaille avec son équipe (voir photo
ci-contre).
Faisons ici une remarque préliminaire,
mais son objet mériterait d'être développé
dans un livre tout entier. La méthode qu'utilise Frédéric
Kaplan et son équipe, exposée par lui ci-dessous,
présente un intérêt scientifique et même
philosophique considérable. Les comportements humains les
plus complexes, ceux par lesquels l'espèce humaine s'appuie
pour se donner une place à part dans la nature, par exemple
son inépuisable curiosité scientifique; peuvent être
décomposés, déconstruits, selon le terme de
Frédéric Kaplan, pour être reconstruits et introduits
dans un robot. On voit alors que des facteurs très simples,
élémentaires, mais s'enchaînant les uns les
autres, induisent ces comportements complexes qui à leur
tour interagissent et se complexifient davantage. Ce n'est pas en
travaillant sur l'homme, trop opaque et trop sensible, que ces déconstructions
et reconstructions sont possibles. Au moins dans un premier temps,
il faut passer par le modèle plus simple ou plus facilement
compréhensible du robot. Commence alors un aller-retour entre
le modèle robotique et son équivalent biologique.
Cette approche peu conventionnelle du vivant offre, comme l'auteur
l'indique en conclusion, des perspectives immenses aux neurosciences
comparées. AI.
Automates
Intelligents (AI) : Frédéric
Kaplan, nous connaissons vos travaux, nous connaissons votre carrière,
nous avons d'ailleurs à l'époque rendu compte de votre
premier livre, référencé ci-dessus. Voulez-vous
cependant, à l'occasion de cet entretien dont nous vous remercions,
vous présenter afin que nos nouveaux lecteurs fassent votre
connaissance, s'ils ne vous connaissaient pas déjà.
Frédéric
Kaplan (FK) : J'ai fait mes études à l'Ecole
Nationale Supérieure des Télécommunications
à Paris en me spécialisant en intelligence artificielle.
En 1997, j’ai rejoint le Sony Computer Science Laboratory
pour travailler sur les mécanismes permettant l’émergence
d’une langue au sein d’un groupe de robot. Luc Steels,
directeur de ce laboratoire, avait eu l'idée quelques années
auparavant d’appliquer les principes de l’auto-organisation
pour simuler l'apparition des formes lexicales, c'est-à-dire
comment petit à petit une population d'agents se met d'accord
sur l'utilisation de certains mots associés à certains
sens. Le sujet de ma thèse, qui fut également encadrée
par Alexis Drogoul du LIP6, était la compréhension
des dynamiques complexes de ce genre de système. Cette recherche
a donné lieu à une expérience internationale,
baptisé les «têtes parlantes», au cours
de laquelle une population de robots a pu progressivement s’accorder
sur un lexique commun sans faire intervenir un coordinateur central.
Cette expérience est décrite précisément
dans mon premier livre.
En 1999, au moment où les premiers prototypes de robots de
loisir étaient développés par Sony, je me suis
rendu au Japon pour travailler plusieurs semaines avec les équipes
de Recherche et Développement. C'était une expérience
fascinante car ces ingénieurs étaient véritablement
en train de mettre au point une machine d’un genre nouveau.
J’ai appris à programmer ces premiers prototypes et
je suis revenu avec un de ces robots autonomes quadrupèdes
à Paris. Nous avons commencé à l'utiliser pour
faire des recherches sur l'apprentissage du langage, mais cette
fois-ci dans le contexte de la communication homme-machine.
Ces nouvelles expériences m’ont progressivement conduit
à diriger mes recherches vers des questions qui touchent
plus aux neurosciences et à la psychologie du développement
qu'à la linguistique. Il s’agissait d’essayer
de comprendre cette formidable odyssée qu’effectue
le bébé durant les premiers mois de sa vie depuis
le contrôle sensori-moteur jusqu’à la maîtrise
des premiers mots. Les recherches que je mène aujourd’hui
avec le groupe «Developmental Robotics» (robotique du
développement) portent principalement sur les mécanismes
qui permettent ce développement extraordinaire.
AI :
Dans les Têtes Parlantes dont
vous parlez, l'homme n'interagissait pas, n'injectait pas ses propres
savoirs ?
FK : Effectivement, ces robots
construisaient leur propre langue de manière autonome. Mais
pour faire cela, ils maîtrisaient déjà un certain
nombre de savoir-faire complexes. Ils savaient par exemple
jouer à des «jeux de langage». Il s’agissait
d’interactions simples comme celles que nous pratiquons lorsque
nous conversons entre humains : quand l'un a parlé, c'est
à l'autre de parler, des procédures apparemment simples
mais qui en fait sont essentielles pour l'acquisition du langage.
Ce genre de savoir-faire, le bébé doit l’apprendre.
Ils étaient également capables de se mettre dans des
situations d’attention conjointe, en indiquant quel était
le sujet d’une interaction au moyen d’un geste par exemple.
Il s’agit à nouveau d’un savoir-faire que le
jeune enfant ne commence à maîtriser que vers son premier
anniversaire. Ces robots avaient donc déjà tout un
bagage que nous leur avions fourni au départ.
AI : Ne
pouviez-vous les laisser acquérir ce bagage seuls ?
FK : C’est l’objectif
final de ces recherches. Préprogrammer les compétences
du robot au minimum et laisser la machine apprendre par elle-même
de nouveaux savoir-faire. Mais souvent à certaines étapes
de notre travail nous devons donner au robot certains «échafaudages»
pour l’aider à se construire. Mon travail depuis les
«têtes parlantes» a principalement consisté
à progressivement enleverles multiples «échafaudages»
que nous avions placés.
Lors de cette déconstruction, l’importance des mécanismes
gérant l’attention du robot est apparue de manière
très visible. Il est facile par exemple d’apprendre
à un robot le nom de certains objets rouges, si ce robot
est de manière «innée» attiré par
cette couleur. Si on enlève ce biais dans les mécanismes
d’attention de la machine, il devient beaucoup plus complexes
d’interagir avec elle. Cela force à se demander à
quoi ressemble le monde quand on est robot quadrupède autonome.
Quels aspects de son environnement sont important pour lui ? Quels
sont les «objets» présents dans son univers ?
AI:
Quand on étudie la cognition chez les animaux, on retrouve
la même chose. Une mouche ne voit que ce qu'elle est organisée
pour voir, en fonction de ses intérêts vitaux...
FK : Exactement. Si nous regardons
ce bureau et comparons notre point de vue sur lui à celui
d'une mouche, ou d'un chien, nous voyons que ce qui pour nous constitue
des «objets» correspondent à des savoir-faire
particuliers. Nous, nous voyons la table qui est associée
à la possibilité de travailler ou lire, le chien,
lui y verra plutôt un obstacle à contourner. La mouche
percevra avant tout les quelques restes de nourriture qui peuvent
se trouver encore sur ce meuble. La notion d' «objet»
est intimement lié à la notion de savoir-faire.
Qu'est-ce que tout cela veut dire pour un robot ? Qu’une caméra
ne suffit pas pour «voir» et que l'augmentation des
capacités d'attention d’une machine correspond en fait
à l’accroissement de ces savoir-faire. Pour que les
robots puissent étendre leur monde perceptif au-delà
des frontières posées par leurs programmeurs, ils
doivent être capables d’apprendre à agir sur
leur environnement.
AI : Quel
est le rôle de l'homme dans cet apprentissage ?
FK : L’homme ne peut pas
directement transférer ses connaissances vers le robot, car
la machine à un corps différent du sien et une manière
de percevoir l’environnement inédite par rapport à
la nôtre. Le terme professeur n’est donc pas très
bon pour décrire son rôle. Le meilleur terme que nous
ayons trouvé avec Luc Steels est celui de médiateur.
L'homme peut orienter dans une certaine mesure le robot vers certains
aspects de son environnement, mais son influence doit rester indirecte.
Il joue juste le rôle de guide. Il permet au robot, en créant
un environnement adéquat, de se développer d'une manière
harmonieuse. C’est en fait un rôle très similaire
à celui des parents pour leurs enfants.
AI : Vous
ne semblez plus faire intervenir comme facteur d'apprentissage,
à ce stade, l'interaction avec les autres robots...
FK: C’est évidemment
au programme. Dans un premier temps, il est important de bien comprendre
les dynamiques qui assurent le développement d’un robot
seul. Comprendre le développement est difficile car les effets
des dynamiques d’apprentissage internes, de l’ancrage
corporel et de l’environnement se conjuguent pour créer
un système complexe. Le système résultant du
couplage de deux robots est dans le cas général encore
plus subtil à analyser. Mais comprendre ces dynamiques est
un pas nécessaire pour petit à petit percer les secrets
des mécanismes qui conduisent au développement ouvert.
AI : Jean-Louis
Dessalles avait insisté, dans son livre ["Aux
origines du langage" - Voir notre
article] sur le rôle
joué au sein du groupe par le leader, manipulant le geste
et le langage afficheur. Envisagez-vous de recréer de telles
situations entre robots ?
FK : Les problèmes auxquels
s’attaque Jean-Louis Dessalles sont d’une nature un
peu différente par rapport au genre de questions qui m’intéresse.
Dans ma démarche scientifique, je travaille surtout sur ce
qui se passe entre le bébé et ses parents. Les systèmes
complexes qui se mettent en place dès que l’homme est
en collectivités sont assez différents. Tous ces niveaux
d’analyses peuvent être aujourd’hui abordés
en parallèle par des modèles simulés ou robotiques.
Cette multiplicité des niveaux montre bien que cette nouvelle
manière de comprendre le vivant n’est en aucun cas
une approche réductionniste.
AI : Que veut dire alors la relation
d'interaction du bébé avec sa mère ?
FK : Pour comprendre les liens
qui unissent le bébé à son père ou à
sa mère, il faut s’interroger sur les systèmes
de motivations de l’enfant. Que recherche le bébé
? La nourriture, l’affection ? J’explore en ce moment
avec mon collègue Pierre-Yves Oudeyer (voir
notre interview), des systèmes de motivations
basés non pas sur des récompenses extérieures
(nourriture, caresses, etc.) mais sur des renforcements internes.
Nous essayons de doter les robots d’une forme de «curiosité»,
une pression interne qui les pousseraient à explorer leur
environnement et à essayer d’apprendre de nouveaux
savoir-faire. Ces robots sont motivés par apprendre. Ils
recherchent des situations qui ont conduit à des progrès
d’apprentissage dans le passé. D’autres robots
ou des humains peuvent être à l’origine de ces
«niches» d’apprentissage, dans la mesure où
ils aménagent l’environnement du robot immature de
façon à faciliter ses progrès.
AI:
Que faites-vous des théories de Konrad Lorenz relatives à
l'empreinte ?
FK : Il n’est pas très
difficile de construire des robots capables de s’attacher
pendant une période critique à un objet ou une personne.
Mais je ne crois pas que ce phénomène d'«empreinte»
que l’on a constaté chez plusieurs espèces animales
résume à lui seul l’attachement du bébé
pour ses parents. L’empreinte est un attachement spécifique,
se produisant à un moment donné du développement,
et persistant ensuite tout au long de sa vie. Ce mécanisme
conduit parfois à certaines aberrations que l’on connaît
bien. Les images des oies qui suivent partout Konrad Lorenz comme
s’il s’agissait de leur propre mère peuvent faire
sourire. Ces phénomènes d’empreinte existent
peut-être chez le bébé humain dans une certaine
mesure, mais l’attachement du bébé à
ses parents est un phénomène bien plus complexe. Pour
le comprendre, il faut le mettre en correspondance cette capacité
qu’a l’enfant d’apprendre en permanence des savoir-faire
nouveaux.
AI:
Nous allions vous le dire. Il semble qu'en ce moment, beaucoup de
gens réfléchissent à la raison pour laquelle
les hommes ont cette impulsion à apprendre, pourquoi par
exemple ils font de l'abduction au lieu de la déduction.
Est-ce une propriété seulement humaine ou bien pourrait-elle
se trouver ailleurs, de façon éventuellement cryptée
? Il y aurait une sorte de mouvement cosmique qui pousse les organismes
à dépasser leurs connaissances. On pourrait retrouver
un peu cela dans les robots tels que vous les concevez.
FK : Pour doter un robot d’une
forme de curiosité, nous définissons des modèles
relativement précis qui permettent de réaliser cette
pression pour apprendre. Le plus difficile est de trouver un système
permettant au robot de mesurer ses propres progrès. Dans
nos modèles les plus récents, cette évaluation
est réalisée en mesurant la dimimution des erreurs
que fait le robot pour prédire son environnement. La curiosité
est donc intimement liée aux capacités du robot pour
prédire les effets de ses propres actions sur l’environnement.
Au fur et à mesure qu’il apprend, le robot devient
capable de mieux anticiper les effets de ses actions, ses erreurs
en prédiction diminuent, ce phénomène est catégorisé
comme une situation de progrès que le robot essaie alors
de reproduire. Je ne sais pas si l’on pourrait trouver des
équivalents à un tel système pour d’autres
espèces, mais c’est possible.
La psychologie du développement propose de nombreux modèles
descriptifs pour caractériser le développement ouvert
de l’enfant. Piaget montre de manière très convaincante
comme les savoir-faire de l’enfant s’organisent selon
une construction continue qui commence par les capacités
sensori-motrices pour aboutir vers la possibilité d’effectuer
des raisonnements abstraits et de manipuler des symboles. Mais les
mécanismes qui poussent l’enfant dans cette construction
restent trop peu précis pour être programmé
dans un robot. Nous espérons que notre nouvelle approche
de la curiosité, dans la mesure où nous montrons qu’elle
est biologiquement plausible, permettra de progresser dans cette
compréhension.
AI : Quand
vous dites "un modèle", vous désignez une suite d'algorithmes
que vous implémentez sur le robot. Ensuite vous les mettez
en oeuvre et vous constatez les résultats par rapport aux
objectifs de chaque tâche ?
FK : Oui. En nous basant sur
certains progrès récents en neurosciences, nous programmons
une sorte de moteur générique qui pousse le robot
à agir de façon à mieux apprendre. Nous associons
ensuite ce moteur à un corps particulier équipé
de senseurs et d’actuateurs et nous plaçons cet agent
dans un environnement qui lui aussi a des dynamiques particulières.
Nous étudions alors le système complexe formé
par l’association de ces trois éléments.
Par exemple, l’an dernier, nous avons associé le moteur
générique à un système de vision active,
auquel nous présentions divers environnements visuels. Cette
caméra mobile dirigeait donc son «attention»
vers les situations qui était les plus intéressantes
en termes d’apprentissage. Nous avons pu montrer que dans
certains cas ce système était attiré par les
visages et les mouvements. Il s’agissait d’une certaine
manière d’une propriété émergente
qui résultait de l’imbrication entre une dynamique
interne, un certain corps et l'environnement.
AI : Utilisez-vous des algorithmes génétiques
?
FK : Non, pas dans ce contexte.
Nous étudions comment deux systèmes identiques au
départ, mis dans des environnements différents, peuvent
évoluer librement et le cas échéant différemment.
Dans les algorithmes génétiques, il faut définir
une fonction d'évaluation extérieure qui précise
explicitement le but à atteindre, la fonction à laquelle
s'adapter. Comme nous nous intéressons à la façon
dont les robots peuvent apprendre à apprendre, sans définir
de tâches à l'avance, nous ne voulons surtout pas fixer
des critères d'évaluation pour des tâches précises.
AI : Tout ce travail que vous décrivez,
nous le retrouverons sans doute un jour dans les robots de Sony
?
FK : En octobre prochain, nous
montrerons la première démonstration de ce principe
de curiosité sur des robots réels. Mais la route reste
longue entre les prototypes dont nous faisons des démonstrations
et leur commercialisation sous forme de produits. Notre travail
est avant tout de la recherche fondamentale. Dans notre démarche,
nous rencontrons sans cesse de nouvelles questions. Ainsi, nous
sommes partis du langage, puis avons travaillé sur l'attention,
puis sur l’acquisition de nouveaux savoir-faire, puis
sur la curiosité. Aujourd’hui, nous nous apercevons
que, dans certains cas, la curiosité conduit à des
comportements auto-destructeurs. Le robot découvre par exemple
qu’il est «intéressant» de se cogner contre
les murs.
AI:
C'est ce qu'on dit à propos des robots martiens. Il faut
qu'ils soient capables d'éprouver de la peur pour ne pas
courir de dangers imparables..
FK : Plus que la peur, c’est
aujourd’hui la douleur qu’il nous faut modéliser.
Chez les êtres biologiques, la douleur est apparue dans l'évolution
comme un système de régulation permettant précisément
la conservation du corps. Comment programmer cela de manière
générale dans un robot ? Voici donc un nouveau défi.
Chaque problème conduit à une nouvelle question. Ceci
est tout à fait révélateur du rôle que
peuvent avoir ces machines pour nous permettre une meilleure compréhension
de nous-mêmes.
AI : JFace à ces développements
effectivement assez fascinants, ne regrettez-vous pas de ne pas
être plus nombreux à étudier ces questions.
Imaginez une équipe de 50 personnes travaillant avec vous,
est-ce que vous ne découvririez pas beaucoup plus vite des
choses qui éclaireraient de façon significative l'ensemble
des sciences biologiques et humaines ? Encore faudrait-il que les
chercheurs dans ces disciplines s'intéressent à ce
que vous faites.
FK : Aujourd’hui nos équipes
sont encore petites, mais il y a de plus en plus de monde qui s’intéresse
à ces questions. Nous constatons en particulier des rapprochements
très intéressants avec des neurobiologistes étudiant
certains aspects du fonctionnement du cerveau. Notre approche tente
d’intégrer des résultats provenant de multiples
domaines des neurosciences. En réalisant des expériences
sur le développement de ces créatures «complètes»
(contrairement à des études qui se limitent aux seuls
champs perceptif ou moteur), nous pouvons en retour suggérer
de nouvelles hypothèses sur le fonctionnement du cerveau.
Ces hypothèses peuvent ensuite conduire à de nouveaux
modèles biologiques. La coopération entre les études
que nous faisons et celles que mènent les biologistes permet
la mise en place de dynamiques d'échanges, dont la valeur
commence à être reconnue maintenant de part et d'autre.
AI : C'est
effectivement un grand enjeu, non seulement scientifique mais de
pouvoir, notamment économique. Les Etats-Unis l'ont bien
compris...
FK : Je ne me fais donc pas
de souci relativement à l'avenir de nos propres recherches
et de nos idées. Elles vont inévitablement se propager
et modifier beaucoup de choses. Néanmoins elles n'en sont
qu'à leur début. Par exemple, il n’y a pas encore
de journal scientifique dédié uniquement à
la robotique du développement. En termes de géographie,
il y a des équipes au Japon, aux Etats-Unis, en Italie...…disons
une vingtaine de groupes de recherche au plus dans le monde. En
France, nous travaillons avec Philippe Gaussier, qui est professeur
de neurocybernétiqueà l'université de Cergy-Pontoise.
Il fait depuis longtemps des modèles neuronaux de comportement
en collaboration avec Jacqueline Nadel, psychologue à l'hôpital
de la Pitié-Salpêtrière. On ne peut pas vraiment
dire que, dans ce champ de recherche précis, la France soit
en retard par rapport aux autres pays.
AI : Comment se fait pratiquement la
relation avec les chercheurs d'autres domaines ?
FK : D'une façon très
souple, sans tentative d'abordage en force de notre part - et réciproquement.
C'est en lisant ce que les uns et les autres publient que les idées
viennent, lesquelles entraînent des contacts et éventuellement
des collaborations. Ce sont vraiment des cercles virtueux qui se
constituent.
AI :
En vous écoutant, on ne peut que vous envier de vivre ce
qui apparaîtra peut-être plus tard comme un moment historique,
ce rapprochement entre les sciences de la vie, celles du cerveau
et cette nouvelle intelligence artificielle que vous faites émerger.
FK : C'est vrai. C’est
une aventure scientifique passionnante qui commence.