Des travaux de chercheurs australiens, britanniques et américains publiés
dans le Nature Genetics
du 3 novembre (voir référence en fin de texte) montrent
qu'un caractère acquis chez la souris peut se transmettre à la
descendance. C'est la première fois que la transmission héréditaire
d'un caractère acquis est démontrée aussi nettement
sur un mammifère : la règle admise jusqu'à présent
en génétique (s'appuyant sur les travaux de Darwin et de Mandel)
considérant l'impossibilité d'une telle transmission héréditaire
se voit donc aujourd'hui sérieusement bousculée...
On sait en fait encore très peu de choses de l'acquisition d'un caractère.
Les caractères "de base" étant considérés comme
les caractères codés par les gènes hérités
des parents, on tient pour acquis tout ce qui modifie durablement l'expression
de ces séquences : il peut notamment s'agir des remaniements chromosomiques
normalement liés à la synthèse des Ig, de l'acquisition
d'un rétrovirus. Il peut s'agir également de phénomènes
qui, sans modifier les séquences d'ADN, en modifient l'expression
(par exemple, la fixation de groupement méthyls sur l'ADN, empêchant
sa transcription) ou encore de l'existence de remaniements liés
aux déplacements de séquences mobiles de l'ADN (appelées
transposons) qui peuvent éventuellement modifier l'expression de gènes
situés en aval du site d'insertion, voire interrompre l'expression d'un
gène. Mais toutes ces modifications épigénétiques
ne sont en principe pas transmises à la descendance. En effet, lors de
la méiose, se produit un phénomène "d'effacement", phénomène
encore inexpliqué, mais dont l'utilité se conçoit aisément.
En effet, effacer les modifications épigénétique
permet de repartir d'une cellule totipotente. Dit de façon imagée:
ce phénomène remet les compteurs à zéro...
Tout cela semble désormais devoir être relativisé si l'on
en juge des travaux aujourd'hui publiés. Les résultats, qui
montrent la transmission à une descendance (par un transfert d'embryons
sur des groupes de souris génétiquement parfaitement homogène)
de l'état de méthylation d'un fragment d'ADN, caractère
ne résultant pas d'un statut génétiquement déterminé
mais de conditions épigénétiques, obligent d'envisager
comme possible la transmission héréditaire de caractères
acquis chez le mammifère. Cette démonstration vient réhabiliter,
au moins partiellement, l'hypothèse évolutionniste de Lamark
énoncée il y a quelque 200 ans.
L'acquis engagerait donc notre responsabilité, ce qui n'est pas le cas
de l'hérédité au sens restreint, accepté jusqu'à
présent. Accepter l'héritabilité de certains acquis
force à revoir bon nombre de notions en génétique.