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En guise d'introduction

3 novembre 1999
Christophe Jacquemin

Transmission héréditaire d'un caractère acquis démontrée chez un mammifère

Des travaux de chercheurs australiens, britanniques et américains publiés dans le  Nature Genetics  du 3 novembre (voir référence en fin de texte) montrent qu'un caractère acquis chez la souris peut se transmettre à la descendance. C'est la première fois que la transmission héréditaire d'un caractère acquis est démontrée aussi nettement sur un mammifère : la règle admise jusqu'à présent en génétique (s'appuyant sur les travaux de Darwin et de Mandel) considérant  l'impossibilité d'une telle transmission héréditaire se voit donc  aujourd'hui  sérieusement bousculée...

On sait en fait encore très peu de choses de l'acquisition d'un caractère. 
Les caractères "de base" étant considérés comme les caractères codés par les gènes hérités des parents, on tient pour acquis tout ce qui modifie durablement l'expression de ces séquences : il peut notamment s'agir des remaniements chromosomiques normalement liés à la synthèse des Ig, de l'acquisition d'un rétrovirus. Il peut s'agir également de phénomènes qui, sans modifier les séquences d'ADN, en modifient  l'expression (par exemple, la fixation de groupement méthyls sur l'ADN, empêchant sa transcription) ou encore de  l'existence de remaniements liés aux déplacements de séquences mobiles de l'ADN (appelées transposons) qui peuvent éventuellement modifier l'expression de gènes situés en aval du site d'insertion, voire interrompre l'expression d'un gène. Mais toutes ces modifications épigénétiques ne sont en principe pas transmises à la descendance. En effet, lors de la méiose, se produit un phénomène "d'effacement", phénomène encore inexpliqué, mais dont l'utilité se conçoit aisément. En effet,  effacer les modifications épigénétique permet de repartir d'une cellule totipotente. Dit de façon imagée: ce phénomène remet les compteurs à zéro... 
Tout cela semble désormais devoir être relativisé si l'on en juge des travaux aujourd'hui publiés. Les résultats, qui  montrent  la transmission à une descendance (par un transfert d'embryons sur des groupes de souris génétiquement parfaitement homogène) de l'état de méthylation d'un fragment d'ADN, caractère ne résultant pas d'un statut génétiquement déterminé  mais de conditions épigénétiques, obligent d'envisager  comme possible la transmission héréditaire de caractères acquis chez le mammifère. Cette démonstration vient réhabiliter, au moins partiellement,  l'hypothèse évolutionniste de Lamark énoncée il y a quelque 200 ans. 
L'acquis engagerait donc notre responsabilité, ce qui n'est pas le cas de l'hérédité au sens restreint, accepté jusqu'à présent. Accepter l'héritabilité de certains  acquis force à revoir bon nombre de notions en génétique.

COMMENTAIRE

Source : Nature Genetics, 3 novembre 1999, vol 23 n°3, pages 314-318 : "Epigenetic inheritance at the Agouti locus in the mouse", par H.D Morgan, H.G.E Sutherland, D.I.K Martin & E Whitelaw .  
Voir également, pages 254-256,  l'éditorial de Rosalind M John et M Azim Surani.
 

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