Des chercheurs du Laboratoires de systèmes biomécaniques
et cognitifs de l'Insitut de mécanique des fluides de Strasbourg
(labo mixte CNRS) ont mis au
point un mannequin qui, pour la première fois, simule
de manière réaliste les structures anatomiques et leurs
particularités biomécaniques. Objectif : mieux comprendre les
mécanismes de lésions et les limites de tolérance au choc
de la tête. Rappelons en effet que les blessures crânio-encéphaliques
forment une part importante des lésions consécutives aux accident
du travail ou de la circulation, ces derniers étant en constante progression.
D'où la nécessité d'optimiser la protection de la tête
vis-à-vis des chocs, ce qui implique notamment une bonne connaissance
du comportement de la "structure" à protéger.
Pour cela, l'équipe de chercheurs dirigée par Rémy
Willinger a réalisé une modélisation mathématique
et physique de la tête qui, contrairement aux modèles
antérieurement utilisés, conçoit la tête humaine
comme une structure composée de plusieurs massses déformables.
En effet, si dans les normes en vigueur, la tête est vue comme une
structure constituée d'une seule masse indéformable, tous les spécialistes
s'accordent à dire qu'il s'agit d'une structure complexe, composée
de plusieurs masses déformables. Les modèles courants, tous
fondés sur l'hypothèse d'homogénéité et d'isotropie
(propriétés physiques constantes dans toutes les directions)
de la matière cérébrale ne semblent donc guère
réalistes : propriétés des matériaux trop simplifées, géométries
non valables et manque de validation par l'expérience.
En premier lieu, les chercheurs ont procédé à une analyse
vibratoire de la tête et proposé un modèle aux éléments
finis en trois dimensions (MEF 3D). Ce modèle, intégrant
l'ensemble des connaissances actuelles, reproduit une géométrie
très proche de l'anatomie de la tête (modèle
géométrique obtenu par digitalisation d'un crâne in
vitro) et introduit des matériaux aux propriétés
non linéaires, plus réalistes. Le modèle permet, en
particulier, de reproduire le champ de contraintes intracérébrales
et de simuler la fracture du crâne.
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Prototype physique de
la tête
de mannequin
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Modèle aux éléments
finis.
Insertion du cerveau dans
de la tête de mannequin
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Photos : ©
Laboratoire des systèmes biomécaniques et cognitifs
de l'Insitut de mécanique des fluides de Strasbourg
L'analyse biomécanique a été réalisée
sur sept éléments distincts de l'espace intercrânien :
hémisphères cérébraux, tronc cérébral,
cervelet, tente du cervelet, faulx cérébrale, liquide céphalorachidien
et crâne. Les propriétés mécaniques de l'espace
sub-arachnoïdien* sont également incluses dans le modèle.
En deuxième lieu, l'analyse biomécanique a été
transposée au modèle physique pour la réalisation du MEF
3D, ce dernier étant très proche de l'anatomie humaine. Il permet
d'intégrer le choc de manière réaliste et de simuler
le mouvement actif cerveau-crâne. La dernière partie des
travaux a été d'une part consacrée à la compréhension
des mécanismes de lésions, en fonction des caractéristiques du
choc et, d'autre part, à l'évaluation des limites
de tolérance crânio-cérébrale.
Le MEF 3D est aujourd'hui opérationnel pour la reconstruction numérique
et expérimentale d'accidents réels. Il s'agira de déterminer
les limites de la tolérance de la matière cérébrale
et des critères expérimentaux de lésions, avec pour
objectif final l'élaboration d'outils prédictifs de lésions,
l'estimation de l'agressivité d'un choc et la détermination
des limites de tolérance de la matière cérébrale.
A terme, il doit permettre d'évaluer et d'optimiser les systèmes
de protection de la tête sur la base de critères biomécaniques.
*L'arachnoïde est une membrane très
fine qui enveloppe le cerveau et la moelle épinière
des mammifères.