Il y a six ans, sur un coin de table, un drôle de projet
a pris forme pour deux étudiants en informatique et en électronique
: fabriquer en kit des robots grand public, modulaires, faciles
d'accès et d'aspect ludique. Pour Erwann Lavarec et Laurent
Tremel, il s'agit finalement d'apprendre la robotique en s'amusant
et en perfectionnant ce projet hig-tech. Se crée alors une
jeune équipe qui, en 1999, reçoit le soutien
du Laboratoire d'Informatique de Robotique et de Micro-électronique
de Montpellier(1)
-ou Erwann Lavarec effectue sa
thèse sur les capteurs de mouvements- et de l'Institut
des Sciences de l'Ingénieur de Montpellier (ISIM)(2)
Une idée originale et prometteuses puisque, lauréat
du 1er concours de création d'entreprise de
technologies innovantes(3), ce projet débouche sur une
phase de pré-création d'entreprise accompagnée
par l'ANVAR. La suite vient d'elle-même : réalisation
d'une étude de marché, rédaction et dépôt
de brevets, entrée de la start-up WANY(4) à la pépinière
d'entreprises CEEI-Cap Alpha. La partie recherche et développement
reste hébergée par le LIRMM qui, grâce
à la loi sur l'innovation(5),
joue le rôle d'incubateur et apporte un encadrement scientifique
et technique de qualité. La finalisation des prototypes de
modules informatiques embarqués sur le robot a été
finalisée en février dernier. Cette réalisation
sera une fois de plus distinguée en juillet 2000 : l'équipe
est lauréate du 2ème concours de création d'entreprise
de technologies innovantes (catégorie Création Développement)
et Erwann Lavarec récompensé par le prix du meilleur
jeune diplômé de la création d'entreprise.
La robotique de divertissement en pleine expansion
Erwann Lavarec est un créateur visionnaire : bien avant le
phénomène, il a bien senti que le marché du
jouet, spécialement celui de la robotique de divertissement,
serait un jour en plein développement (voir
interview). L'apparition en 1999 du robot chien
d'Aïbo(6), du kit mindstorms(7) de
chez Lego ou l'engouement pour les peluches (comme
Furby(8)) désormais bourrées
de composants informatiques en sont la plus belle des démonstrations.
Pekee, robot de loisir, modulaire et évolutif
Prévu pour être commercialisé courant 2001,
le robot "Pekee" proposé par Erwann Lavarec et son équipe
relève d'un concept nouveau, qui tient en deux mots : modulaire
et évolutif. Très simple d'utilisation, on pourra
doter Pekee de nombreux accessoires ou modules, choisis en
fonction de nos envies. Un robot à la carte, en quelque sorte.
Il aura, par exemple, des roues, des pattes ou de chenilles. On
pourra lui choisir un caractère : timide, rusé
ou téméraire..., des bras ou des bennes pour la préhension,
des capteurs ou des caméras pour les fonctions de localisations.
Et puis, l'on pourra jouer à cache-cache avec lui ou s'exercer
au tir en essayant de l'atteindre avec un pistolet laser... Toujours
selon le module choisi, il pourra arroser les plantes, prendre des
photos de vos invités, et bien d'autres choses encore...
Et puis, véritablement autonome, il sera capable de recharger
ses accus de lui-même en allant se placer à l'endroit
ad-hoc.

Esquisse design de Pekee, réalisée
par Blanc Tailleur Design
© 2000 WANY Engineering
Robot innovant, Pekee s'appuie notamment sur la
technologie de l"Embedded-PC"(9) (ou PC embarqué),
technologie de pointe dans le domaine de l'automatisation et de
l'intégration. Il s'agit de cartes qui, grâce
aux progrès de la miniaturisation, intègrent sur une
surface de 10x10 cm tous les composants d'un ordinateur (processeur,
disque dur, mémoire...). Autre avantage : une faible consommation
d'énergie, une grande capacité d'intégration:
contrôles HDD/FDD et port parallèle, connecteurs de
bus PC/104 permettant de rajouter des extensions.
Si on peut bien sûr exploiter cette carte
de manière classique
(comme un PC en la connectant à une souris, un clavier et
un écran),
on peut aussi l'utiliser comme un module autonome en lui attribuant
différentes fonctionnalités, comme une carte de commande
dans le cas d'un robot.
Une plate-forme de développement pour chercheurs, professeurs
et ingénieurs
Le robot est dès à présent proposé
aux chercheurs, aux ingénieurs, aux professeurs et aux passionnés,
sous certaines conditions. "Il s'agit d'une participation au
fait de construire le robot, participation s'exerçant sous
la forme d'un contrat", explique Erwann Lavarec. L'objectif
est de partager une plate-forme expérimentale avec l'ensemble
de la communauté scientifique. Une idée simple, où
chacun est gagnant : à savoir, un gain de temps apporté
aux chercheurs en intelligence artificielle avec la fourniture d'une
plate-forme adaptée à leurs travaux (voir
interview) ; et pour Wany, la possibilité de sophistiquer
toujours plus son robot. L'entreprise prévoit un chiffre
d'affaires de 40 MF en 2002, qui devrait se monter à 80 MF
en 2003.