Physique : le prix Nobel 2000 a été
conjointement attribué pour une moitié au Russe Jaurès
Alferov (chercheur russe, 70 ans) et à l'Allemand Herbert Kroemer
(72 ans), chercheurs à l'origine des "hétérostructures"
(nouveaux composants optoélectronique), et pour l'autre moitié
à l'Américain Jack Kilby (76 ans), l'inventeur du circuit intégré.
Dans ses attendus, l'Académie royale souligne que "ces travaux ont
jeté les bases des nouvelles technologies de l'information, en permettant
le mise au points d'objets, petits par la taille mais capables d'acheminer rapidement
de grands volumes d'information".
C'est en 1958 que Jack Kilby, entré
au service du groupe Texas Instrument, met
au point le premier circuit intégré. Avec l'invention
du transistor en 1947, le gain de place par rapport aux lampes à vide
avait été énorme mais il fallait encore assembler les éléments
un à un et souder les fils électriques à la main : des
opérations très longues, posant des problèmes de fiabilité
à cause des nombreux points de soudure. Comment relier de manière
rapide et fiable l'ensemble des composants ? Contrairement à ses collègues
voulant les empiler verticalement, Kilbi à l'idée de les arranger
dans un plan. Selon lui, si tous les éléments et les connecteurs
qui les relient sont fabriqués dans le même matériau, on
peut obtenir un énorme gain de place pour un temps de fabrication réduit.
Au départ, son "circuit intégré
monolithique" est des plus rustique : un éclat de germanium gros comme
l'ongle collé sur une plaque de verre (un seul transistor et deux composants
passifs) et ne sert qu'à afficher une courbe sinusoïdale sur un
écran d'oscilloscope. En tous cas, la démonstration est faite
que ce circuit intégré fonctionne.
A noter que les cristaux de germanium seront rapidement abandonnés
au profit du silicilium, facile d'utilisation et beaucoup moins coûteux.
Utilisées rapidement par l'armée dans leurs ordinateurs et missiles
nucléaires, les puces électroniques n'apparaîtront cependant
au grand public qu'en 1967, avec l'invention de la calculatrice de poche (dont
Jack Kilby est le co-inventeur).
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J.Alferov
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Jaurès
Alferov et Herbert
Kroemer, pour leur part, ont défriché à
partir des années soixante -et de manière indépendante- la
voie des "hétérostructures", matériaux
semi-conducteurs en couches minces. Celles-ci se présentent
sous la forme d'un sandwich composé de deux tranches
de matériaux semi-conducteurs : un alliage à
base d'arsénure de gallium et d'aluminium (AsGA/Al)
enserrant une tranche d'arsénure de gallium (AsGa)
qui confine les électrons.
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H. Kroemer
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Ces hétérostructures, à la base de notre monde technique, composent
les transistors rapides, les diodes lasers ou les circuits intégrés.
Les transistors rapides trouvent leur emploi de prédilections dans
les télécommunications : satellites et stations relais de téléphone
mobiles. Les diodes lasers recourant à cette technologie convoient
les flux de données dans les fibres optiques utilisées en
téléphonie, pour l'internet. Les hétérostructures
permettent aussi la fabrication de diodes électroluminescentes puissantes utilisées pour
les feux de signalisation des voitures ou des lecteurs de CD.
Chimie: le prix Nobel revient conjointement
aux américains Alan
Heagger (64 ans) et Alan
MacDiarmid (73 ans) et au japonais Hideki
Shirakawa (64 ans) pour la découverte et le développement des
polymères conducteurs.
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Alan Heagger
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Alan MacDiarmid
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Hideki Shirakawa
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Ces trois chercheurs ont en effet signé "Synthesis of Highly Conducting
Films of Derivatives of Polyacetylene", article écrit en 1977, faisant
date dans les annales de chimie puisqu'il explique comment transformer un isolant,
en l'occurrence le plastique (qu'on appelle de manière savante polymère),
en matériau conducteur comme du métal. Une véritable
gageure !
Quel est le secret ?
Un polymère est une macromolécule faite de la séquence
linéaire de modules tous semblables, assemblés comme un collier
de perles. Pour que ce genre de molécule (comme le polyacétylène*) puisse
conduire l'électricité, il faut qu'elle comporte alternativement
des liaisons simples et doubles entre ses atomes de carbone.
Il faut également la "doper", ce qui consiste à enlever des électrons
(par oxydation à la vapeur d'iode) ou en ajouter (par réduction).
Ces trous -ou électrons supplémentaires- ont la particularité
de pouvoir se déplacer tout au long de la molécule, qui devient
ainsi capable de conduire le courant.
Les polymères conducteurs (on en connaît maintenant
une dizaine : polyacétylène, polyaniline, polypyrole...) sont
aujourd'hui employés comme filtre antirayonnements sur les écrans
d'ordinateurs ou dans les cellules solaires. Ils sont également utilisés
pour des cadrans d'autoradio, de téléphone mobile ou de télévision
miniature. A plus ou moins long terme, ils devraient conduire à la fabrication
d'écrans vidéos souples géants que l'on pourra accrocher
au mur, ou encore de pare-brises conducteurs (donc chauffant)....
Un autre voie de recherche concerne aujourd'hui l'essor de l'électronique
moléculaire (cf. chronique du 26 avril 2000 : Nouvelle ère
de l'électronique plastique).
*L'acétylène est constituée de 2 atomes d'hydrogène
et de 2 atomes de carbone, ce dernir élément offrant 4 électrons
périphériques ( permettant l'attache d'une molécule semblable,
et ainsi de suite, composant ainsi le polyacétylène).