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04 Avril 2001
Par Jean-Paul Baquiast
Le Centre de Mathématiques Appliquées
(CMAP) de l'École Polytechnique et les algorithmes évolutionnaires
Qu'attend-on pour utiliser systématiquement
les algorithmes évolutionnaires?
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Le CMAP http://www.cmap.polytechnique.fr/
Le Centre de Mathématiques Appliquées de
l'Ecole Polytechnique (CMAP) a été créé
en 1974. Il a été dès l'origine orienté
vers la recherche en Analyse Numérique et en Calcul
Scientifique mais en liaison étroite avec les applications
à la Mécanique (mécanique des fluides,
mécanique des solides, propagation des ondes) puis
à la Physique (électromagnétisme, plasmas,
semi-conducteurs). En 1976 a été mis
en place un noyau de probabilistes également orienté
vers les applications.
L'arrivée de plusieurs professeurs à plein
temps a favorisé un développement rapide du
CMAP tant en chercheurs qu'en thèmes de recherche
(notamment en probabilités et en théorie du
signal). Parallèlement, la cohabilitation de l'École
Polytechnique à plusieurs DEA de Mathématiques
Appliquées de la région parisienne a permis
d'attirer vers la recherche un nombre important d'élèves
de l'X à leur sortie de l'École.
Les effectifs du CMAP (chercheurs, doctorants, ITA) se
montent à 75 personnes environ. L'École Polytechnique
ne comptant que peu de personnels enseignants ou chercheurs
permanents, cette situation se reflète au CMAP qui
ne compte que 3 professeurs et 1 DR pleins temps payés
par l'X. De plus, peu d'enseignants à mi-temps du
département de Mathématiques Appliquées
y effectuent leur recherche. C'est le CNRS qui fournit la
plus grande partie des chercheurs permanents (2 DR, 11 CR)
et qui apparaît ainsi comme un partenaire essentiel
de la politique scientifique du CMAP. Par ailleurs, le CMAP
compte 7 professeurs et 5 maîtres de conférences
des universités qui y effectuent tout ou partie (le
plus souvent) de leur recherche. Il accueille 32 doctorants
bénéficiant de bourses de thèse ou
industrielles ou appartenant à un corps de l'État
(Mines, Ponts, Armement recherche, Aviation civile). Enfin
4 ingénieurs de recherche (dont 1 à mi-temps)
assurent l'assistance informatique, l'encadrement des doctorants
au niveau logiciel, le développement des logiciels
et la gestion des contrats.
En moyenne le CMAP forme une équipe jeune marquée
par un renouvellement rapide : les jeunes docteurs partent
majoritairement dans l'industrie tandis que les chercheurs,
leur habilitation soutenue, quittent normalement le CMAP
pour prendre un poste de professeur des universités
en province. Ceci se traduit par une pénurie en chercheurs
permanents "senior" de niveau DR. Pour mener à bien
une politique scientifique ambitieuse, le CMAP se doit donc
de "séduire" en permanence des chercheurs confirmés
du CNRS ou des professeurs des universités pour qu'ils
y effectuent tout ou partie de leur recherche.
A côté de thèmes classiquement étudiés
au CMAP pour lesquels ses chercheurs ont acquis une expertise
reconnue, on a cherché à favoriser des thèmes
de recherche initialisés récemment - voire
très récemment - au CMAP et qui se révèlent
particulièrement importants tant d'un point de vue
``fondamental" que celui des applications potentielles.
Ont ainsi été distingués dix grands
thèmes de recherche :
- Méthodes intégrales et propagation d'onde
(responsable : J.C. Nédélec)
- Ecoulements diphasiques et combustion (resp. V. Giovangigli)
- Modélisation probabiliste et milieux aléatoires
(resp. P. Cattiaux )
- Théorie du signal (resp. S. Mallat)
- Modélisation et simulation en transport de particules
chargées (resp. P.A. Raviart)
- Optimisation de forme et matériaux (resp. E.
Bonnetier et F. Jouve)
- Algorithmes génétiques (resp. M. Schoenauer)
- Équations aux dérivées partielles
et contrôle (resp. J.P. Puel)
- Génie logiciel et visualisation scientifique
(resp. J.F. Colonna)
- Mathématiques financière (resp N. El
Karoui)
(extraits source CMAP)
Le Thème de recherche Algorithmes génétiques
- algorithmes évolutionnaires http://www.cmap.polytechnique.fr/Activite/temp8.html

Marc Shoenauer
Les algorithmes génétiques, ou plus généralement
les algorithmes évolutionnaires, sont au centre des
activités de cette équipe. Ces algorithmes
utilisent une métaphore - grossière - de l'évolution
darwinienne des espèces (les individus les plus adaptés
survivent) pour rechercher des optima de la fonction d'adaptation
considérée à l'aide de transformations
aléatoires : ce sont des méthodes d'optimisation
stochastiques.
En tant qu'algorithmes d'optimisation, ce sont de méthodes
pouvant travailler sans hypothèses fortes de régularité.
En particulier, l'espace de recherche peut être quelconque
(espace de paramètres continus, discrets, espaces
fonctionnels, graphes, ...), et ce sont des méthodes
d'ordre 0 (ne nécessitant que la connaissance des
valeurs de la fonction à optimiser). Le prix à
payer est un temps-calcul important. Par contre, ces algorithmes
permettent d'attaquer - avec succès - des problèmes
jusqu'alors non résolus.
Les domaines suivis au CMAP sont les suivants:
- Optimum Design. L'optimisation topologique des formes
est un domaine où les algorithmes évolutionnaires
ont été la source d'un grand pas en avant,
permettant de résoudre des problèmes sur lesquels
les méthodes traditionnelles n'ont pas de prises.
Ainsi, des résultats originaux en optimisation topologique
de formes ont été obtenus dans le cadre de
la thèse de C. Kane sur l'optimisation de structures
en élasticité non-linéaire, ou pour
des cas de chargements de multiples.
- Identification et problèmes inverses. Les problèmes
inverses sont un domaine de prédilection des méthodes
évolutionnaires : en effet, il suffit de maîtriser
le problème direct (i.e., de disposer d'un modèle
numérique robuste et précis) pour pouvoir
aborder le problème inverse. Ainsi, lorsqu'un modèle
de processus (physique, chimique, mécanique), utilise
une loi interne pour sa résolution numérique
(e.g., loi d'état, loi de comportement, commande),
l'identification de cette loi est un problème inverse
: on recherche la loi donnant des résultats simulés
en accord avec l'expérience, ou le résultat
cherché.
- Autres problèmes d'optimisation.
- Optimisations ... des techniques évolutionnaires.
L'utilisation d'outils sur des problèmes nouveaux
entraîne souvent des améliorations techniques
des outils en question. C'est ainsi qu'une méthode
de prise en compte successive des contraintes a été
imaginée, calquée sur la méthode des
approximations successives bien connue des numériciens.
Une méthode de contrôle des algorithmes génétiques
utilisant les techniques d'apprentissage inductif, a été
mise au point. (extraits source CMAP)
On trouvera sur la page personnelle de Marc Schoenauer
http://www.cmap.polytechnique.fr/~marc/
de nombreuses autres informations sur les Algorithmes Evolutionnaires.
EA'01
Marc Schoenauer, conjointement avec Pierre Collet
Ecole Polytechnique, Evelyne Lutton INRIA Rocquencourt,
Cyril Fonlupt Université de Calais, Jin-Kao
HAO Université dAngers, organisent par
ailleurs la 5e conférence internationale sur l'Evolution
Artificielle http://www.cmap.polytechnique.fr/~ea01/
Voir aussi :
http://www.automatesintelligents.com/manif/2001/mar/evolartif.html
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Qu'attend-on pour utiliser systématiquement
les algorithmes évolutionnaires?
"Les algorithmes évolutionnaires
(AE) sont des méthodes d'optimisation stochastiques inspirées
-- grossièrement -- de l'évolution naturelle des populations.
Méthodes globales d'ordre 0, leur robustesse et leur souplesse
leur permettent d'attaquer la résolution numérique
de problèmes difficiles à résoudre autrement.
Mais c'est leur capacité à travailler sur des espaces
de recherche non standards qui leur offre les perspectives les plus
originales".
Il ne faudrait pas croire que les AE sont réservés
à des applications intéressant les mathématiques,
la physique des matériaux et structures, ou plus généralement
les sciences de l'ingénieur. Elles trouvent déjà,
et trouveront de plus en plus, de nombreux utilisateurs dans tous
les domaines manipulant des populations nombreuses d'objets, en
mouvements fréquents, non modélisables par les algorithmes
linéaires et les systèmes informatiques classiques:
gestion de stocks et d'expéditions, gestions financières,
gestions internes d'entreprises et d'administrations relèvent,
ou relèveront bientôt de cette approche.
Lors de la 6ème Journée Evolutionnaire
Trimestrielle (30 mars 2001 - Université de Paris 5 - http://www-lil.univ-littoral.fr/~fonlupt/JET6/
) (voir aussi http://www.automatesintelligents.com/manif/2001/mar/jet.html)
ont été présentées plusieurs applications
de ce dernier type. Malheureusement, en France, la démarche
reste encore principalement du domaine de la recherche. Les chercheurs
formés à ces techniques, notamment au sein du Centre
de Mathématiques Appliquées de l'école polytechnique
trouvent difficilement des débouchés dans le secteur
privé, et moins encore dans le secteur public, sauf à
entrer dans des sociétés étrangères
ayant déjà bien compris les enjeux économiques
et de société impliqués. On citera à
cet égard l'exemple de Biosgroup Inc, http://www.biosgroup.com/
qui travaille sur le marché européen par l'intermédiaire
de sa filiale Eurobios http://www.eurobios.com/.
Le slogan de Biosgroup est "Rendre simple la complexité
- complexité made simple". Ce pourrait être aussi le
slogan des AE en général, appliqués à
tous les problèmes de gestion affrontant la complexité
et les changements rapides des acteurs et des données. Les
AE peuvent être considérés comme les successeurs
de l'informatique lourde, qui pendant 30 à 40 ans s'est employée,
non d'ailleurs sans succès, à la manipulation des
grandes masses et des grands systèmes. Mais, même avec
les progrès récents de la programmation, amenant à
découper dans les applications des "objets" plus réduits
et mieux mobilisables, cette informatique achoppe dorénavant
sur le coût de la prise en compte de nouveaux acteurs, de
nouveaux délais de réponse, d'une exigence pour un
service moins hiérarchisé et plus près de l'utilisateur
ou du client final. Le choc avec Internet est frontal, et peu d'entreprises
ou d'administrations, notamment en France, ont réussi à
fusionner deux approches radicalement différentes.
L'informatique traditionnelle reste encore campée
sur la défensive, expliquant que certaines exigences de l'utilisateurs,
certaines réécritures de programme, pour tenir de
nécessaires réformes de structures ou de procédures,
sont impossibles, pour des raisons de coûts et de délais.
Les décideurs, confrontés à des devis inacceptables,
en concluent que ces réformes sont à différer
- ce qui est la meilleure façon de se condamner à
terme. Dans le même temps cependant, ils sont amenés
à supporter les dépenses provoquées par le
crash de plus en plus menaçant de leurs systèmes informatiques
(on citera l'arrêt complet du dédouanement survenu
en février dernier dans l'administration en charge).
Cette ignorance des décideurs tient en grande
partie au fait que la culture gestionnaire française, notamment
dans les administrations et les collectivités locales, ignore
encore tout des AE. Les rares informaticiens de ces administrations
connaissant un peu la question n'en parlent pas, faute qu'existent
des stimulants aux efforts de productivité des individus.
Bref, nous sommes en train de passer à côté
d'une modernisation qui pourrait être aussi importante que
celle de l'Internet, et dont il conviendrait que les Pouvoirs Publics
fassent une priorité, au même titre que la conversion
à ce dernier.
Nous ne développerons pas ici les secrets d'utilisation
des AE. Il s'agit de matières encore difficiles, supposant
une grande aptitude à manipuler les systèmes et leur
complexité, ainsi que des outils mathématiques peu
attirants pour le profane. De plus, il n'existe pas encore de normes
d'usage ni de langages de programmation consacrées par le
marché. Les développeurs sont un peu laissés
à eux-mêmes, sauf à s'en remettre entièrement
à des sociétés de service extérieures,
ce qui n'est jamais souhaitable. On peut cependant retenir sans
grands risques d'erreur quatre principes de base:
-
tout système informatique de gestion
aujourd'hui en service devrait pouvoir être remplacé
à terme, en tout ou en partie, par des applications stochastiques
de type des AE -notamment lorsque se pose la question de sa
réécriture afin d'adaptation. On citera par exemple
certains aspects de la gestion des personnels ou des flux-matière.
-
tout problème encore considéré
comme non-informatisable, parce que survenant dans un univers
fonctionnel ou géographique trop complexe pour être
modélisé et informatisé, devrait être
revu sous l'angle de l'utilisation des AE .
-
les coûts de la programmation et de la gestion
informatique d'applications utilisent les AE devraient être
sensiblement inférieurs à ceux obtenus avec des
solutions informatiques traditionnelles.
-
l'accueil du personnel de base, personnel de guichet,
par exemple, ou gestionnaire d'expéditions ou de stocks,
devrait être très favorable. Les AE donnent en
effet la possibilité de prendre en compte les contraintes
d'un agent particulier, sans l'obliger à passer sous
le carcan d'une application centralisée intouchable,
et sans compromettre pour autant les résultats d'ensemble.
Un agent humain souhaitant introduire des horaires ou vacations
répondant à ses exigences personnelles devrait
ainsi pouvoir le faire, sans perturber les autres flux, les
modifications se répercutant tout au long d'une chaîne
de production rendue flexible avec de très courts délais
de réponse.
Tout ceci mériterait évidemment d'être
testé par de grands donneurs d'ordre, travaillant avec nos
universitaires les plus compétents. Des expériences-pilotes
s'imposent, précédées elles-mêmes d'un
minimum de formation des décideurs à la veille technologique
Le problème est que, lorsque des ingénieurs évoquent
de telles perspectives avec ces derniers, ils se font répondre
que tout est déjà très difficile, et que le
moment n'est ni à l'innovation, ni à de nouveaux investissements.
© Automates Intelligents 2001
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