| Des
chercheurs français et Russes viennent
de montrer que la molécule d'ADN pouvait
conduire l'électricité. Les applications
potentielles pourraient concerner à long
terme la mise au point de nanocircuits intégrés
à base de fils moléculaires d'ADN. |
L'ADN est-t-il résistant ou conducteur ?
Jusqu'à présent certains le considéraient
comme un très bon isolant, d'autres comme doté
de propriétés conductrices... Des résultats
contradictoires pouvant s'expliquer par la difficulté
de réaliser de bons contacts électriques
entre la molécule d'ADN et les électrodes
de mesures. Très souvent, les connexions entre
la molécule et les contacts métalliques
constituent des jonctions tunnel, dont la résistance
varie énormément d'un échantillon
à l'autre. Rappelons en effet que lorsqu'une fine
barrière isolante est placée entre deux
métaux, un mécanisme quantique permet aux
électrons de franchir cette
barrière(1)
et donne lieu à une résistance électrique
entre les deux métaux. D'où l'importance
du choix du matériau qui constitue les contacts
lors de la mesure...
Les scientifiques du laboratoire de physique
des solides d'Orsay (unité CNRS/université
de Paris XI) et de l'Académie des Sciences de Moscou
semblent avoir réglé la question : au lieu
d'utiliser de l'or comme à l'habitude, ils ont
eu l'idée ici d'utiliser deux contacts composés
d'une bicouche constituée de rhénium
supraconducteur et de carbone (Re/C). Choix judicieux
puisqu'il a montré qu'il conduisait à un
bien meilleur accrochage entre les électrodes et
les fils moléculaires d'ADN, ceci permettant au
courant électrique de circuler.
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Représentation schématique
des échantillons étudiés, constitués
de molécules d'ADN étalées
entre deux contacts RE/C supraconducteurs
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Les mesures ont été réalisées
sur des molécules d'ADN d'une épaisseur
de l'ordre du milliardième de mètre
(ou nanomètre) étendues entre des
électrodes distantes de 0,5 microns (la moitié
d'un millionième de mètre). Elles
ont montré que l'ADN était aussi bon
conducteur qu'un fil de cuivre de diamètre
comparable. A température ambiante, la résistance
électrique des échantillons n'est
que de 20 kilo-Ohms, ce qui correspond à
la meilleure conduction électrique observée
à ce jour pour l'ADN.
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Les chercheurs ont par ailleurs montré
que cette résistance augmentait très peu
avec une baisse de la température : 30% d'augmentation
lorsqu'on passe de 20°C (soit 293 K) à 1 K.
Diminuant toujours la température, et donc en dessous
de la température critique de 1 K, les scientifiques
ont eu la surprise d'observer de la supraconductivité(2) de proximité
induite par les électrodes Rhénium, qui
elles-mêmes deviennent supraconductrices.
Image
réalisée en microscopie à force
atomique des molécules
étalées sur la couche de Re/C.
La flèche verticale indique la direction de
l'écoulement du tampon contenant l'ADN.
Les flèches obliques indiquent les molécules
d'ADN
©
CNRS
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Forts de ces résultats, les chercheurs peuvent
affirmer que le transport d'électricité
est quantiquement cohérent sur une échelle
de longueur de l'ordre de quelques centaines de nanomètres.
Le mécanisme de conduction est cependant encore
mal compris. Il ne peut exclure en effet un effet de dopage
de la molécule par les contacts. Si dans le cas
d'un matériau semi-conducteur, l'apport d'électrons
par des impuretés chimiques permet de rendre le
matériau ainsi "dopé" conducteur, on pense
qu'un tel dopage pourrait très bien survenir, pour
le le cas de l'ADN (conducteur unidimensionnel), au niveau
des contacts.
La façon dont ont été réalisés
les échantillons ne permet pas d'affirmer qu'une
seule molécule est impliquée dans la conduction
mais les scientifiques ont pu vérifier, une fois
les mesures de transports réalisées, que
c'est bien l'ADN qui conduit car l'échantillon
devient isolant après son exposition à une
enzyme, la DNAse I, coupant spécifiquement l'ADN
Les applications potentielles, même si elles sont
lointaines, semblent des plus prometteuses. Des chercheurs
Israéliens ont par exemple proposé que des
molécules conductrices, préparées
d'une façon adéquate, pourraient s'auto-assembler
pour réaliser un circuit électronique de
taille nanométrique. Dans ce cadre, la double hélice
présente des propriétés très
intéressantes d'auto-assemblage : une simple enzyme
permet par exemple de réaliser la soudure spontanée
et spécifique de deux molécules d'ADN. Les propriétés
conductrices de la molécule d'ADN viennent
dès lors ici en faire un candidat de choix.
(1) La probabilité
pour les électrons de franchir la barrière
décroît exponentiellement avec l'épaisseur
de cette barrière.
(2) Dans un matériau
supraconducteur, les électrons s'organisent par
paires, et la résistance au passage du courant
électrique s'annule, au dessous d'une certaine
température dite "critique". Notons que de la supraconductivité
peut être induite dans un matériau qui ne
l'est pas naturellement en le connectant à un matériau
supraconducteur.
Contact :
Hélène Bouchiat bouchiat@lps.u-psud.fr