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16 Novembre 2001
Par Jean-Paul Baquiast et Alain Cardon
Dossier :
Projet de réalisation d'un PC de préfecture
pour la prévention des risques et la gestion des catastrophes
au niveau départemental
Avis important : cette note
n'engage que leurs auteurs. Elle n'émane d'aucune autorité
quelle qu'elle soit. La note est en cours de construction.
Ce projet repose sur les postulats suivants :
Au plan des principes politiques
- Le fatalisme consistant à penser que les situations
à risques (menaces technologiques) ne se traduiront pas par
des catastrophes, ou que celles-ci se produiront ailleurs et de
façon confinée, n'est plus de mise avec le développement
sans doute irrémédiable des menaces terroristes. Le
politique ne doit donc plus craindre d'évoquer ces perspectives.
Au contraire, c'est devenu son devoir de le faire.
- La prévention et la réaction nécessitent
donc des investissements humains et technologiques importants, qui
seront justifiés par les vies humaines et les dégâts
épargnées, mais aussi par l'élévation
du niveau de prise de conscience des exigences de sécurité
dans la société technologique, ainsi que du niveau
de citoyenneté.
Conclusion : il convient donc de réorganiser
la gestion publique et l'économie sur la base d'un passage
partielle à une forme nouvelle d'affrontement, sans craindre
les modifications des habitudes publiques et privées issues
du libéralisme et de l'individualisme pouvant en résulter.
Au plan de l'organisation
- Le préfet de département (sauf dans
l'hypothèse d'une délégation de responsabilité
à l'autorité militaire, en cas de crise de très
grande ampleur) ) est la seule autorité de l'Etat habilitée
pour coordonner les divers dispositifs de prévention et de
lutte, administratifs ou privé. Il est également la
seule autorité habilité à assurer la liaison
vers le niveau régional (préfet de région),
la zone de défense et plus généralement le
territoire national et européen. Le préfet dispose
d'outils réglementaires lui permettant de mobiliser les moyens
civils et militaires, prévus par la loi du 22 juillet 1987
: plan Orsec (organisation des secours) et plans d'urgence, adaptés
à la nature de celle-ci : plan d'opération interne
(POI), plan particulier d'intervention (PPI), plan de secours spécialisé
(PSS) et finalement plan rouge, déclenché au delà
d'un certain nombre de victimes.
- La prévention et la lutte incombent en premier
lieu aux entreprises gérant des sites ou activités
à risque. Le PC de préfecture ne doit pas se substituer
à ces entreprises, mais doit s'assurer qu'elles appliquent
bien les réglementations et consignes.
- La prévention et la lutte incombent en second
lieu à diverses administrations de l'Etat ou du secteur local
chargées du contrôle des sites et activités
à risques, ainsi que de l'intervention en cas de catastrophes,
Là encore le PC de préfecture ne doit pas se substituer
à elles, mais s'assurer qu'elles appliquent bien les réglementations
et consignes et le cas échéant qu'elles sont convenablement
coordonnées. Il lui appartient aussi de veiller (en attirant
l'attention des tutelles) à ce que ces services disposent
des moyens matériels et humains nécessaires pour faire
face à l'aggravation des risques - ce qui n'est apparemment
plus jamais le cas aujourd'hui.
En conclusion, le PC de préfecture doit prendre
la forme d'un réseau de compétences réparties
ou d'agents, permettant l'information du préfet en ce qui
concerne la bonne exécution des responsabilités des
agents, et son intervention coordonnatrice en tant que nécessaire.
Le réseau doit également permettre au préfet
d'assurer la liaison avec les autorités supérieures.
Au plan des modes d'organisation et des technologies
- Les agents (entreprises et administrations) comme
le préfet doivent disposer des technologies de premier niveau
les plus modernes, notamment en ce qui concerne les moyens d'observation
(capteurs), les moyens d'intervention, les moyens de visualisation,
les moyens de mise en réseau et communication.
- Le préfet, par l'intermédiaire de son
PC, doit disposer des technologies de second niveau les plus modernes,
en ce qui concerne notamment la mise en synthèse (et en mémoire)
des évènements, la tenue de bases de données
de référence, la simulation des évènements
et des décisions, la liaison avec les autorités supérieures.
- La formation des personnels et des populations à
l'utilisation des processus et des technologies, ainsi plus généralement
qu'à l'alerte, doit être assurée en parallèle
au déploiement de ces processus et technologies.
- L'Intelligence artificielle distribuée fournit
désormais des outils précieux pour gérer la
difficulté des situations de risque modernes. Mais il s'agit
de systèmes complexes au sens organisationnel (modélisation
complexe, mise en oeuvre et fonctionnement complexes). Ce
ne sont pas des systèmes simplement techniques, que l'on
développe dans un laboratoire et que l'on ajoute à
des systèmes anciens pour les piloter. De plus, ils modifient
la façon dont le réel est appréhendé
par les acteurs, ils modifient les pratiques usuelles des professionnels
(la façon dont on opère dans les sites dits à
risque et dans leur proximité) et la liberté de manuvre
de chacun (la prétendue liberté fondamentale qui impose
de ne rien savoir des mouvements des gens par exemple). Ces systèmes
permettent la gestion des situations d'urgence et de crise, ils
permettent aussi l'aide à la décision en matière
d'aménagement et de préservation de l'environnement.
Mais ce sont, et définitivement, des systèmes de contrôle.
Si la société ne veut pas être contrôlée,
alors, il n'y a pas non plus de sûreté. Ceci dit, l'autorité
politique doit les rendre compatible avec les exigences de la démocratie
selon des modalités devant faire l'objet d'un large dialogue.
En conclusion, le réseau et le PC de préfecture
qui en assure la coordination et le commandement doivent constituer
un système technologique et humain à haute performance,
sans doute inspiré de ce qui se fait le mieux dans le domaine
de l'état-major civil et militaire, susceptible de faire
face au plus grand nombre d'éventualités prévues
ou non prévues. Des dispositions empiétant sur certaines
libertés individuelles formelles seront nécessaires.
Elles devront faire l'objet d'une négociation sociale importante,
pour ne pas entraîner d'atteintes aux vrais fondements de
la démocratie (sans doute un peu sur le mode de ce qu'ont
accepté les Israéliens).
Description schématique du système
Le système départemental global comportera
plusieurs couches indépendantes mais intégrées,
à développer sur des zones géographiques plus
ou moins étendues. En fait, la bonne solution consistera
à mettre en place de tels systèmes dans les zones
à risques, en assurant les coordinations nationales et européennes
nécessaires en cas de débordement du risque ou de
la catastrophe. Ces couches sont les suivantes :
- une couche cartographique. On déploiera un
système d'information géographique (SIG) complet,
du type de celui existant à Rotterdam. Rappelons qu'il s'agit,
sur une trame cartographique numérique, de mettre en place
et maintenir, chaque fois que possible en temps réel, les
différentes échelles et les différents objets
nécessaires à la gestion de la situation. Un SIG est
un instrument de gestion et d'aide à la décision mutualisé.
Les différents acteurs (entreprises, services publics
)
sont identifiés et apportent leurs éléments
aux autres, sans pour autant se dessaisir de leur responsabilités.
- une couche de moyens d'observation (capteurs) et
systèmes d'information. Le SIG est alimenté par des
données fournies par les acteurs, ou résultant de
calculs de synthèse assurés au niveau central. D'innombrables
capteurs existent aujourd'hui, par exemple en matière de
surveillance électronique, suivi de pollution, etc. Mais
leur technologie est encore trop rustique. Il faut pouvoir observer
les situations avec différents moyens de type militaire (tous
temps, jour/nuit, aéro-satellitaires, etc. Il faut aussi
que ces moyens d'observations soient intégrés, en
vue de fournir des états de situation globaux, représentant
l'immédiat et simulant le futur. Ainsi, le déplacement
d'un nuage toxique sera modélisé par des observations
au sol et aériennes mais aussi par des simulations météorologiques.
- un réseau de communication, coordination et
commandement sécurisé à haut débit (radio-satellitaire
crypté) permettant aux acteurs de s'informer réciproquement
de façon aussi normalisée que possible, ainsi que
de se coordonner pour agir, le cas échéant sous la
responsabilité d'une autorité supérieure.
- Une salle de commandement ou salle-opération,
à la fois réelle (sécurisée), distribuée
et virtuelle, permettant aux différentes autorités
d'assurer le rôle d'Etat-Major, sous le commandement final
du préfet ou de son représentant habilité.
Des logiciels adéquats permettent au commandement d'échapper
à la complexité des situations réelles en disposant
d'interfaces à taille humaine, un peu comme le pilote d'un
Airbus peut en général faire confiance à un
joy-stick et quelques visuels intégrant tous les paramètres
indispensables au vol. Cette fonction est évidemment indispensable,
au service de responsables humains même dotés des qualités
techniques et de commandement adéquates. Elle permet aux
différents acteurs de se déployer au meilleur moment
et lieux possible, sans se gêner les uns les autres et en
entrant si nécessaire en synergie. La préfecture,
dans le domaine des risques civils, est évidemment le lieu
auquel rattacher cette salle, dans l'état actuel de la législation.
Sur cette base, qui comporte on l'a vu de nombreuses
technologies mais qui repose pour l'essentiel sur l'action des hommes,
viendront s'ajouter des aides à la décisions intelligente
faisant appel à l'Intelligence Artificielle (IA). On trouvera
d'abord les nombreux systèmes experts ou méthodes
d'interprétation des connaissances (data-mining) relevant
d'une approche traditionnelle de l'IA, qui ont toujours un rôle
à jouer dans les situations bien expertisées. Mais
s'ajouteront les assistances offertes par l'IA distribuée,
sur le modèle proposé par la note
jointe. On sait que le renseignement en général
et l'action de terrain en particulier se heurtent à l'afflux
d'informations floues, contradictoires, parfois malveillantes. Il
ne s'agit pas de désarmer l' "intelligence" humaine (la fameuse
Human intelligence ou Humint), mais d'y ajouter des interprétations
suggérées par des systèmes artificiels capables
de se représenter eux-mêmes, avec leurs objectifs et
leurs cultures. Parallèlement aux simulations classiques,
qui ne peuvent s'extraire des données et des hypothèses
de départ, des agents artificiels capables de produire des
hypothèses, rechercher des solutions optimales par compétition
interne, se remettre en cause en fonction des résultats et
finalement, apprendre par apprentissage, apporteront des modes de
raisonnements proches de celui de l'homme, avec une puissance et
une régularité très appréciable dans
des circonstances où précisément, les hommes
seront très occupés par des urgences plus immédiates.
Ceci peut paraître inutilement sophistiqué. Mais il
faut bien comprendre les situations auxquelles le commandement aura
à faire : des ennemis potentiels eux-mêmes très
sophistiqués, bénéficiant de l'effet de surprise
susceptible de provoquer des enchaînements de grande ampleur
rigoureusement imprévisibles (effet " battement d'aile de
papillon " bien connu dans la modélisation des systèmes
dynamiques). Des outils adéquats à la menace ne seront
pas inutiles. Lorsqu'ils n'existeront pas - ce qui est en général
le cas actuellement - il faudra les inventer.
Ultérieurement, dans de nombreux cas, les mêmes
techniques d'IAD pourront être implantées sur des robots
autonomes véritables, capables d'intervenir isolément
ou en groupe dans des théâtres interdits à l'homme,
contaminés ou virtuellement explosifs. On voit donc que les
applications de ces technologies seraient donc très actuelles
et très utiles.
Malheureusement, de tels systèmes, associant
matériels, intelligence artificielle et humains sont, on
le devine, loin d'être encore des réalités,
tout au moins en France. Il serait donc urgent que des projets d'ampleur
permettent leur développement, en associant les scientifiques,
les techniciens et les équipes d'intervention.
Suite à donner
A ce stade, nous préférons ne faire aucune
hypothèse consistant à évaluer les coûts
et délais d'implémentation de tels systèmes,
à partir de circonscriptions territoriales jugées
les plus favorables au développement.
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