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Panorama actuel de l'Intelligence
Artificielle
L'Intelligence Artificielle (IA) est aujourd'hui
éclatée en de nombreux thèmes et écoles
bien différents. Elle n'a plus vraiment d'unité
réelle et regroupe des chercheurs travaillant sur
les systèmes à base de connaissances, les
logiques non standards ou encore les robots autonomes et
coopératifs.
Certaines écoles, comme celle des Sciences Cognitives,
partagent systématiquement leurs recherches avec
celles d'autres disciplines scientifiques et ont un caractère
pluridisciplinaire. La compétition est forte et les
dotations financières faibles.
La position de l'IA en France est fragile. Les domaines
d'applications sont très variables : simulations,
aide à la décision, reconnaissance, contrôle,
aide à l'apprentissage
L'IA s'appuie aujourd'hui
sur des langages de programmation qui ne lui sont plus propres
(Lisp était un langage propre à l'IA et les
machines Lisp étaient dédiées aux problèmes
d'IA) et permettant la distribution des traitements sur
réseaux de machines sous Unix ou Linux.
Rappelons qu'une Nouvelle Intelligence
Artificielle est née au début des années
90. L'ouvrage de M.A Rodrigues et M.H. Lee (New AI and
Perceptual Control Theory, IOS Press,1993) qui en présente
un large aspect, en pose les principes en critiquant les
limitations de l'Intelligence Artificielle Traditionnelle
(IAT) et montre ses échecs relatifs. Il s'agit de
considérer des systèmes autonomes et communicants
capables de prendre de bonnes décisions comportementales
dans des environnements très complexes. Ces systèmes,
qui se positionnent clairement comme la suite et le dépassement
des travaux d'A. Newell sur le niveau connaissance (1980),
se nomment des agents. Mais le terme agent va recouvrir
de nombreuses réalités dans le monde de la
nouvelle IA(1).
L'IAT considère, sous forme de postulat,
qu'un système symbolique, clos, utilisant des règles
logiques et des systèmes d'inférences, est
nécessaire et suffisant pour traiter tous les problèmes
faisant intervenir du raisonnement, pour traiter tous ceux
faisant intervenir des connaissances et même pour
faire produire des comportements intelligents à des
systèmes physiques dédiés. Il s'agit
d'une approche strictement computationnelle de la cognition.
Le système assurant le comportement de l'entité
intelligente est fondé sur des règles logiques
validables à l'avance. Des langages de programmation
bien adaptés ont été développés
pour permettent la représentation de ces règles
(dialectes de Lisp, SBC...). Des travaux compliqués
sur les logiques (logiques temporelles, floues
) ont
permis d'étendre un peu le domaine de l'IAT en obtenant
des résultats en reconnaissance des formes, en génération
de plans et en systèmes d'aide à la décision.
Une réaction face à la non adaptativité
des systèmes de l'IAT et de l'impossibilité
de représenter du sens commun dans un système
a été de distribuer l'intelligence en la considérant
comme fondamentalement communiquante et sociale (Ferber,
Bond, Gasser, Durfee, Demazeau, fin des années 80).
Ainsi, l'Intelligence Artificielle Distribuée (IAD)
a été créée sous le paradigne
de la distribution des connaissances. On y traite des questions
de communication entre agents, d'émergence et d'auto-adaptativité.
Cette école est active mais non unifiée.
L'Intelligence Artificielle Située (IAS),
proche de l'IAD, se fonde sur le postulat qu'un système
intelligent ne doit pas fonder son comportement sur les
raisonnements strictement abstraits effectués dans
un système clos, mais doit agir et se comporter de
façon à assurer sa survie dans son monde environnant.
Son comportement est strictement en adaptation continue
avec la représentation qu'il se fait de cet environnement
considéré comme complexe (voir l'Umwelt de
Jakob Von Uexküll, 1956(2)).
L'accent est mis sur une relation organique entre l'agent
(le système) et son monde.
Il s'agit dont à la fois d'un tournant vers l'adaptativité
et aussi ver la corporéité des systèmes.
Dans cette approche, on retrouve la plupart
des tenants des Systèmes Multi-Agents (SMA), en allant
du traitement de la sélection de l'action à
envisager (P. Maes(3),1990),
à la génération de sous-buts pertinents
(S. Franklin, Artificial Mind(4),
MIT Press, 1997). On retrouve aussi certains tenants de
la Vie Artificielle et de l'approche connexionniste qui
se démarquent radicalement de la prépondérance
du symbolique en privilégiant les interactions sensori-motrices
pour la production des connaissances (Jean-Arcady
Meyer(5)).
Ces chercheurs utilisent des réseaux récurrents
et des systèmes dynamiques (Kelso, 1995) et se démarquent
ainsi des connexionnistes traditionnels (école de
Rumelhart et McClelland,1986(6),
toujours bien active aujourd'hui). Les résultats
obtenus sont des architectures de contrôle neuronales
capables de générer des comportements adaptatifs
simples (approche Animat). Cette approche est pluridisciplinaire,
prenant ses modèles comportementaux en éthologie,
biologie et psychologie, pour produire des résultats
en robotique (principalement aux USA, au Japon, mais aussi en
France ), en IA avec des modèles neuronaux correspondants
à des processus cognitifs, et en Vie Artificielle.
La Vie Artificielle, qui est une école
tumultueuse car regroupant des informaticiens, des mathématiciens,
des biologistes, des automaticiens
, présente
trois principaux axes d'études :
- auto-reproduction avec les automates cellulaires (ancien
mais non abandonné),
- processus de développement avec morphogenèse
et biomorphs
- évolution avec les algorithmes génétiques
(adaptation d'un système à une classe de situations
caractéristiques de l'état de son environnement).
Les recherches et surtout les résultats produits
par les algorithmes génétiques (John
Holland,1962(7),
et une école aujourd'hui très active, avec
des congrès nombreux) sont spectaculaires. Cette
méthode -dont le principe est celui d'une recherche
combinatoire dans un vaste espace d'états- nécessite
cependant des calculs très lourds. De plus,
les systèmes obtenus ne sont pas dynamiques.
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L'IA se pose aujourd'hui des questions dites
"philosophiques".
Elle dispose d'outils nombreux et relativement bien maîtrisés
qui viennent de ses travaux : algorithmes génétiques,
logiques non standards, réseaux de neurones, systèmes
à règles de production, systèmes multi-agents
et de langages de programmation puissants avec de bons environnements
de développement, les langages à objets (Java
par exemple).
Si la discussion sur le test de Turing intéresse
encore de nombreux chercheurs et permet de parler d'IA
forte et d'IA faible, avec des variantes, elle ne semble
hélas pas vouloir aller suffisamment au fond
des choses : comment faisons-nous, nous les humains, pour
interpréter une chose du monde pour qu'elle devienne
une connaissance manipulable conceptuellement sous forme
symbolique ?
Finalement, l'investigation philosophique reste très
pauvre en IA, alors que la phénoménologie
et l'herméneutique permettent de poser des hypothèses
puissantes.
Il reste alors les applications, l'investigation
d'autres disciplines avec la construction de simulateurs
paramétrables et auto-adaptatifs leur permettant,
à eux, de progresser. Et il reste la voie prometteuse
de la robotique si la pluridisciplinarité s'y développe.
Mais il nous semble qu'il sera difficile de conserver
à l'IA un rôle moteur dans une informatique
considérée comme science des modèles
et systèmes calculables :
- l'informatique se technologise de plus en plus et n'a
pas vraiment l'ambition de se faire science,
- les spécialistes de l'IA semblent manquer
de projets comme en posaient les pères fondateurs
de la discipline,
- la fréquentation d'autres disciplines demande
une culture à la fois très vaste et très
profonde, ce qui quelquefois décourage les jeunes
chercheurs.
(1)
Nouvelle IA trop souvent passée sous silence dans les ouvrages
grand public publiés en français. 
(2) Jakob
von Uexküll :"Streifzüge durch die Umwelten
von Tieren und Menschen: Ein Bilderbuch unsichtbarer Welten",
1956.
En savoir plus sur Jacob von Uexküll : http://www.zbi.ee/~uexkull/cv.htm

(3) Page d'accueil
du site de Pattie Maes : http://pattie.www.media.mit.edu/people/pattie/

(4)Voir http://www-mitpress.mit.edu/catalog/item/...

(5) Voir notre interview
: http://www.automatesintelligents.com/interviews/2000/nov/mayer.html

(6)
Voir notamment : "Parallel Distributed
Processing: Explorations in the Microstructure of Cognition",
D.E. Rumelhart and J.L. McClelland., volume 1 et 2.
MIT Press, 1986 et 1987 : http://www-mitpress.mit.edu/catalog/item/...

(7)
"Outline for adaptative systems with programs roving
cellular computer", 1962.John Holland a modélisé
des systèmes adaptatifs avec ce qui allait devenir
les "algorithmes génétiques", et qui a débouché
sur la publication du livre fondateur "Adaptation in Natural
and Artificial Systems", Ann Arbor, Univ. of Michigan Press,
1975.
- Concernant les algorithmes évolutionnaires,
voir
notre interview de Pierre Collet 
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