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Automates Intelligents s'enrichit du logiciel Alexandria.
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02 Septembre 2002

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Réactions à votre dossier

Par Mathieu Ducourneau, lecteur d'Automates Intelligents

En attendant d'avoir un jour un système automatique de prise en compte directe des observations des lecteurs, tel que le crit http://crit.org/ (lequel, dit incidemment, parait bien lourd), nous sommes heureux de recevoir et publier vos réactions, si vous nous y autorisez, dans la suite de tel ou tel article. Voici celle de Mathieu Ducourneau, un des animateurs de la liste meme.fr memes-fr@smartgroups.com  que nous remercions vivement AI

J'ai lu avec grand intérêt votre Lettre Automates Intelligents n° 32 du mercredi 14 août 2002. Particulièrement le dossier Super Intelligences au sujet duquel j'ai quelques observations à vous soumettre.

Vous dites : "l'informatique moderne est loin de ressembler au modèle de la machine de Turing numérique à laquelle les esprits attardés veulent encore la comparer".
Ce avec quoi je suis à la fois d'accord et pas d'accord. Ce fameux argument de la machine de Turing est remarquable d'une part parce que les détracteurs de l'IA l'exhibent quasi systématiquement et d'autre part parce que les défenseurs de l'IA présentent souvent un malaise face à lui.

Je ne suis pas d'accord parce que le principe de la machine de Turing permet encore et toujours de simuler à la perfection n'importe quel ordinateur hi-tech d'aujourd'hui et très probablement de demain. Que le système soit massivement parallèle, muni de fonctions très complexes gérant des paquets de 64 ou 1024 bits d'un coup, qu'il intègre un réseau neuronal, un algorithme évolutionniste ou autre... bref quelles que soient ses fantastiques caractéristiques il sera toujours possible de les simuler parfaitement via une machine"bête", monoprocesseur et ancestrale. Les ordinateurs d'aujourd'hui correspondent encore et toujours au schéma de la machine de Turing ! Je vois difficilement comment on peut nier cet état de fait.

D'ailleurs je vois également assez mal comment on peut sérieusement refuser d'admettre, en l'état actuel de nos connaissances, qu'un cerveau humain puisse être parfaitement simulé par une machine de Turing.

Par contre je vous suis sur le fond lorsque vous combattez le décourageant "M'enfin allons, ce dont vous me parlez n'est qu'une machine de Turing, rien de plus !". Ce à quoi vous me semblez répondre "Mais non, c'est bien plus qu'une simple machine de Turing !". Ce à quoi moi je répondrais "Certes mais c'est déjà énorme. Votre propre cerveau en est une."

Il est important d'avoir un point de vue très carré sur cette question épineuse. Question que l'on risque probablement d'affronter de manière récurrente jusqu'à ce que les esprits aient évolué.

Ce que je voulais dire était que, de même que les responsables d'applications informatiques veulent éviter de se faire reprocher d'imposer  à une organisation, avec l'usage de l'ordinateur, des solutions bêtement mécanistes linéaires, en négligeant la complexité de cette organisation, de même évoquer sans précautions la machine de Turing donne des armes aux gens non informés pour accuser l'IA d'être réductionniste. Je crois d'ailleurs que, pour reprendre votre exemple, si on peut comparer un neurone, ou mieux une synapse, à une machine de Turing, les propriétés émergentes liées au fonctionnement de milliards de telles machines  neuronales relèvent d'une autre logique. On se trouve alors dans un monde analogue (à mon avis), aux automates cellulaires constitués de machines de Turing, décrits par Wolfram, qui font émerger des complexités intrinsèques qui n'étaient pas dans la machine élémentaire. Jean-Paul Baquiast

Ensuite, et c'est ce qui m'a le plus choqué dans l'ensemble, je pense que vous faites la part trop belle à la seule "puissance" calculatrice. Vous dites : "[les] premières difficultés et [les] échecs de l'intelligence artificielle [sont] dus essentiellement à la disproportion entre les ambitions et les moyens de calcul disponibles".

Cela me semble largement minimiser l'ampleur de l'échec de la première mission de découverte du merveilleux monde de l'IA. Je pense qu'il est plus juste de dire que cet échec est dû à une grave sous-estimation de la complexité du domaine abordé. Des algorithmes ont été 'grossièrement' élaborés, une grosse partie de l'intelligence du système étant supposée émerger in fine naturellement et forcément grâce à une fréquence d'horloge 'énorme'.

Il convient à mon sens de ne pas mélanger d'un côté l'intelligence propre à l'algorithme même et d'un autre la puissance de calcul brut. Même si l'un ne sert à rien sans l'autre et si l'intelligence du système correspondra forcément à la combinaison des deux.

C'est d'ailleurs particulièrement flagrant pour les programmes échiquéens. Kasparov a été battu (dans les conditions troubles qu'on connaît) il y a 5 ans. Pourtant aujourd'hui bien que les machines aient depuis multiplié leur puissance par 30 on constate que :
- Des maîtres loin d'être dans le top 10 mondial gagnent encore haut la main en parties longues (~3h).
- En parties en différé (chaque coup peut prendre plusieurs jours), l'ordinateur peut encore assez facilement être battu par des joueurs modestes ?

Dans ce domaine précis on attend davantage l'arrivée de logiciels 'comprenant' mieux le jeu plutôt que des processeurs ultra-puissants. En général les softs se débrouillent très bien mais pour peu qu'on s'y attarde un peu, il est assez facile de mettre la machine dans une position qui montre sa 'stupidité' (certains joueurs y dédient d'ailleurs beaucoup de leur temps, des sites y sont consacrés).

La puissance seule est donc très loin d'être suffisante pour l'exercice intellectuel très limité qu'est le jeu d'échecs. C'est certainement cruellement beaucoup plus vrai lorsque le périmètre est moins limité.

Il est certain que si on attend que les mémoires de demain développent des solutions hyper-intelligentes par auto-organisation spontanée sur le mode darwinien, on attendra longtemps. Il faut aussi des hypothèses intelligentes et des logiciels capables de les exprimer. On a bien connu l'ordinateur IBM 1401 avec 4K de mémoire, alors que dans le même temps on parlait de traduction automatique à Grenoble...JPB

"Comprendre" en profondeur le fonctionnement d'un cerveau n'est effectivement pas théoriquement indispensable à la constitution d'un algorithme offrant les mêmes aptitudes. En effet, on peut simplement recopier point à point. Réeffectuer dans un réseau neuronal virtuel tous les branchements logiques présents dans un cerveau, n'oblige pas à comprendre le pourquoi de chacun de ces branchements. Cependant cela me semble potentiellement impliquer de fortes limitations.

Par exemple j'ai lu : "De plus, elles [les machines] pourront transférer de l'une à l'autre leurs acquis intellectuels en quelques secondes". Comment effectuer ce transfert dans la mesure où l'information impacte potentiellement l'intégralité du système ? Où la prendre et où l'écrire ? Dans ce cadre, il me semble illusoire d'espérer pouvoir faire un transfert aussi simplement.

C'est peut-être discutable dans le cas où l'information échangée ne concerne que des définitions bêtes ou formules arrêtées et carrées. Par contre si l'objet du transfert est un point de vue, un sentiment, une impression, une philosophie ou la compréhension d'un phénomène, là pour le coup l'impact doit forcément être très lourd et le 'transfert' va prendre un aspect tout autrement plus trapu !

Super-Intelligence enfin : Toujours dans le cadre où une simple recopie d'un cerveau est utilisée pour créer une intelligence artificielle, il ne me semble pas du tout évident de pouvoir passer au cap suivant à savoir les "super-intelligences". Certes on peut accélérer la fréquence des cerveaux électroniques et obtenir des penseurs cogitant 10, 50 ou 100 fois plus vite qu'un humain classique mais le passage ne me semble pas du tout naturel vers une "génération [qui] sera devenue sans doute si intellectuellement habile qu'elle ne pourra plus être comprise par le commun des mortels. Il faudra qu'elle apprenne à rester dans les limites de l'intellect humain. Ces robots n'auront pas a priori besoin de se parler à eux-mêmes pour augmenter leurs aptitudes à la conscience. Leurs programmes de raisonnements seront suffisamment puissants pour se passer du langage."

Peut-être serait-il intéressant d'avoir une ébauche de la simulation réalisée par Hans Moravec pour ne serait-ce qu'avoir une idée de cheminement qui le conduit à cette conclusion ? Cela me semble très loin d'être évident. Le raccourci n'est-il pas un peu rapide ?

Nombreux sont ceux qui formulent des objections de ce type aux propos de Kurzweil et de Moravec, comme on le voit dans leurs forums en anglais. Je pense qu'elles ont au moins l'intérêt de stimuler les chercheurs dans le développement pratiques des solutions qu'ils envisagent. Les deux démarches iront vraisemblablement de pair: scanner et reproduire par rétro-ingénierie des tranches (sic) de cerveau, et faire émerger sur des automates des populations d'agents présentant des fonctions convergentes. L'intérêt de toutes ces hypothèses est qu'elles nous obligent à voir autrement ce qui est le quotidien de notre vie intellectuelle. Je termine la lecture actuellement des 2 livres de Lee Smolin, dont je donnerai un résumé dans le prochain numéro. Là encore il s'agit d'un chercheur qui a imposé une autre vision de l'univers, comme le remarque justement Jean-Claude Heudin (voir interview ). JPB

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